Ces « mauvaises fréquentations » qui m’ont fait sortir de ma zone de confort

Que sont les mauvaises fréquentations et pourquoi sont-elles jugées négativement ? Pour Clémence, elles ont surtout été des opportunités d'ouverture...

Ces « mauvaises fréquentations » qui m’ont fait sortir de ma zone de confort

Cet article a été rédigé dans le cadre d’un partenariat avec Sony.
Conformément à notre manifeste, on y a raconté ce qu’on voulait.

Article initialement publié le 15 juin 2016

Mauvaises fréquentations, c’est le titre du nouvel album de Tom Odell, et c’est aussi le thème du single Wrong Crowd :

« Je ne peux pas m’en empêcher, je ne sais pas comment,
Je crois que je finirai toujours avec des mauvaises fréquentations »

Même si je comprends parfaitement le sentiment de la chanson, qui lui donne ce côté bad boy / rock’n’roll mis en scène dans le clip de Magnetised, je me suis quand même demandé ce que pouvaient bien être en réalité ces « mauvaises fréquentations ».

Le compositeur apporte une piste de réponse dans le couplet suivant :

« J’aimerais trouver quelqu’un
Que ma mère apprécie
Je voudrais trouver quelqu’un
Qui me traiterait bien »

Mes mauvaises fréquentations sont les gens qui me bousculent dans la vie.

Ah, ça devient plus clair. Effectivement, de mon point de vue, les mauvaises fréquentations le sont surtout… aux yeux des parents ! La deuxième « catégorie », ce serait donc les gens qui ne me traitent pas bien, qui ne respectent pas qui je suis. Bref, qui me bousculent dans la vie.

Avec ces deux définitions, je me suis posé la question : qui sont, ou ont été, les mauvaises fréquentations dans ma vie ? Ont-elles été si « mauvaises » que ça ?

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Excluons d’emblée les personnes toxiques, ces gens qui, volontairement ou non, nous tirent vers le bas. D’ailleurs, si on les qualifie plus de « toxiques » que de « mauvaises fréquentations », c’est pas innocent. Rien à voir, donc. Ces relations nocives, je les fuis, je les évite, et lorsqu’elles me happent, je m’en dégage le plus rapidement possible.

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Mais des mauvaises fréquentations aux yeux de mes parents, des gens qui m’ont sérieusement secouée et précipitée hors de ma zone de confort, j’en ai eu quelques unes, en effet. Elles m’auront fait grandir et mûrir plus vite, explorer plus loin, prendre plus de risques. À leur contact, je me suis considérablement enrichie et épanouie.

wrong-crowd-tom-odell-ecoute Ceci est la bande son de cet article, je la recommande chaudement.
Mais tu fais comme tu veux tu chois’ comme disait l’autre.

Ces mauvaises fréquentations qui m’ont ouvert l’esprit

En 2003, je m’envole pour une année d’échange en Ontario. J’ai seize ans à mon départ, je suis méconnaissable à mon retour. Et surtout : je ne mange plus rien. Mon entourage s’inquiète de ce régime étrange que j’ai adopté pendant mon séjour.

« Vé-gane, qu’est-ce que c’est que ces histoires ? »

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C’est en 2003 que je rencontre des véganes pour la première fois. Je n’avais jamais entendu le mot, et en bonne française bien franchouillarde que j’étais, je les ai évidemment tout de suite sévèrement jugés pour les extrémistes radicaux qu’ils étaient. Ne pas consommer de produits laitiers ? Et le fromage ? Bande de barbares !

À leur contact, je suis allée de découvertes en surprises sur la réalité de l’industrie agroalimentaire, mais aussi sur les bases de la nutrition, sur l’éthique sociale, économique, la souffrance animale.

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Je suis allée à contre-courant du reste du monde, attirée par le discours et les valeurs de ces gens qui, en 2003-2004, étaient clairement marginaux. Mais quinze ans plus tard, le terme « véganisme » entre dans le dictionnaire, et sa philosophie fait doucement son chemin dans le paysage culturel et gastronomique français.

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Les mauvaises fréquentations sont celles qui te façonnent sans en avoir la prétention.

De retour en France, j’ai passé des déjeuners de famille douloureux, bien des débats houleux, des explications difficiles, et même quelques disputes. Nul doute que dans mon entourage proche, on impute toujours mon véganisme à ces mauvaises fréquentations du lycée canadien.

Mais merci à elles de m’avoir ouvert l’esprit, de m’avoir poussée à changer mes habitudes et mon mode de vie sans essayer de le faire ! Les mauvaises fréquentations sont celles qui te façonnent sans en avoir la prétention.

Ces mauvaises fréquentations qui m’ont ouverte aux autres

Malgré ces pérégrinations canadiennes — et une fois revenue à un régime « normal » en Terminale, car entre cantine scolaire et maison familiale, les conditions n’étaient vraiment pas favorables au véganisme — il faut bien préciser ceci : j’ai toujours été ce qu’on appelle une élève modèle, en tous points.

Bulletin scolaire remarquable, comportement irréprochable, je négociais le couvre-feu à la baisse les soirs de fête ! La permission de minuit ? Je demandais à ce qu’on vienne me chercher à 23h. Sortir trop tard à six mois du bac, c’est pas raisonnable, vous comprenez.

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Je sais. Je me fatigue moi-même

C’est vous dire le choc culturel que j’ai subi en arrivant à Sciences Po Lille, lorsque le Bureau des étudiants nous a accueilli•es en chantant « Vive la bière, la baston et vive le cul ! ». J’avais plutôt en tête « Vive le droit, la bibliothèque et les partiels ! ».

J’avais un plan de vie soigneusement tracé en tête : surtout ne pas perdre de temps avec les futilités de la vie étudiante, et bosser, bosser, bosser, bosser pour coiffer tout le monde au concours d’entrée à l’ENA. En gros.

Je me suis tout de même prêtée au jeu de la journée d’intégration, parce qu’il n’y avait pas encore de cours. Allez, j’y reste deux heures, le temps de démontrer que je ne suis pas complètement asociale, et j’irai me coucher avec les poules pour me lever avec le coq (je viens de la campagne, ne me jugez pas).

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Égarement sur fond de soirée étudiante, Sciences Po Lille, 2008.

Sauf que je ne sais plus à quelle heure de la nuit j’ai fini par regagner mon studio. J’ai rencontré des gens brillants, impertinents, drôles, engagés, des gens qui avaient déjà voyagé plus loin et plus longtemps que moi, vécu ailleurs, qui parlaient plusieurs langues, avaient plusieurs cultures, avaient des ambitions plus grandes encore que les miennes, plus diversifiées…

À partir de là, je n’ai pas manqué une soirée étudiante de toute l’année. Les heures que je n’investissais pas à avaler des ouvrages à la bibliothèque, je les passais en soirée à débattre de politique, de société, de tout, avec des gens aussi différents qu’inspirants.

Ces « mauvaises fréquentations » m’ont détournée du pieux chemin des révisions qui commencent à l’aube. Elles m’ont entraînée dans les soirées sans fin, la fumée des cigarettes qui ruine les fringues, les vapeurs d’alcool qui sentent la fête au début et la douleur au petit matin.

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La déchéance, une allégorie. Toute ressemblance avec une personne auteure de cet article ne serait que pure coïncidence, fortuite et non vérifiée.

Mes mauvaises fréquentations ne m’ont pas écartée du droit chemin, elles m’ont aidée à trouver le mien.

Bilan de ces cinq ans de débauche et de dépravation ? Je suis passée de la bonne élève angoissée par la vie à une jeune femme ambitieuse et motivée. J’ai pas préparé l’ENA, parce que j’avais changé d’avis en cours de route. Alors, de mon point de vue, mes « mauvaises fréquentations » étudiantes ne m’ont pas écartée « du droit chemin », elles m’ont aidée à trouver le mien.

Ces mauvaises fréquentations qui m’ont épanouie

Autre temps, autre épreuve : j’étais devenue un autre « modèle » de réussite pré-fabriqué, la « jeune cadre dynamique » qu’on croise sur le parvis de La Défense, en tailleur-talons, une sacoche d’ordinateur en bandoulière et le teint unifié.

Pour mon entourage, j’avais tout pour être heureuse, et j’avais les clés d’une brillante carrière dans un secteur honorable. Mais il me manquait quelque chose. Je m’interrogeais : à même pas 25 ans, ça y est ? J’ai fini le game de la vie ? J’ai plus qu’à me marier, avoir trois enfants et acheter une maison en banlieue ?

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J’écrivais dans mon coin pour moi, pour m’évader, pour exorciser l’ennui et l’angoisse qui revenaient. J’ai fini par envoyer l’un de mes textes via le formulaire de contact de madmoiZelle.com. Quelques jours plus tard, je rencontrais Fabrice Florent, et quelques mois plus tard, c’était « bobye La Défense », adieu les costards-cravate, salut les jean-Converse et les tongs en été.

Et surtout, bonjour nouvelles collègues, nouvel environnement professionnel. Et devinez quoi ? Ça n’a pas raté. Mes nouvelles « mauvaises fréquentations » étaient devenues cette bande de féministes rigolotes et décomplexées, qui niquent leurs complexes, teignent leurs cheveux si elles veulent, et surtout ne se laissent plus dicter comment vivre leur vie dans cette société.

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Oui c’est un autographe de Bérengère Krief sur mon front. Vous êtes jaloux•ses ? Vous pouvez. Décembre 2011.

Une source proche du dossier (ma mère AHEM) est allée jusqu’à nommer le mal qui me frappait, dans une correspondance confidentielle que je me suis procurée pour vous (c’était un mail) :

« Est-ce qu’on ne ferait pas mieux de la soustraire à ce milieu « parisien » qui est en train de nous l’azimuter ? »

Mes mauvaises fréquentations m’ont libérée des contraintes que je m’imposais, et que je subissais.

« Azimutée », le mot (farfelu) était lâché. Au contact de cette bande de saltimbanques du Net, voilà que je me prends au jeu de l’écriture, du changement de carrière, de voie, de vie. N’en déplaise à mes parents : je ne suis pas devenue la fille qu’ils auraient aimé que je sois, et c’est pas grave, vraiment.

La bande de joyeux lurons de madmoiZelle.com, dans l’instabilité permanente, la folie et l’audace de l’innovation constante, m’a apporté une richesse infinie : à son contact, je me suis épanouie comme jamais auparavant dans ma vie.

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Moi quand on juge mon mode de vie

Mes « mauvaises fréquentations » m’ont bousculée, m’ont tirée hors de ma zone de confort, souvent sans ménagement. Elles m’ont brusquée sans doute davantage qu’elles ont surpris et déstabilisé mon entourage. Mais au final, elles m’ont aidée à devenir la personne que je suis aujourd’hui, indépendante, forte, et épanouie.

Et si les « mauvaises fréquentations » de Tom Odell lui ont inspiré tout cet album, qu’il les fréquente encore, vraiment. Je ne m’en lasse pas !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Gabelote
    Gabelote, Le 27 juin 2016 à 22h32

    @Princess Disease c'set toujours un grand plaisir d'être une mauvaise fréquentation :boire:
    Blague à part, au collège la maman d'une amie lui a quand même défendu de traîner avec moi, ça fait vraiment mal sur le coup.

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