« Il ne faut pas hésiter à se lancer » : Marion, co-fondatrice des bières artisanales The Eye’s Hunter

Léa a rencontré Marion, 25 ans, qui a fondé sa propre entreprise de bières artisanales avec un ami ! Elle nous parle de son métier d'entrepreneuse, des recettes de bière et de son parcours.

« Il ne faut pas hésiter à se lancer » : Marion, co-fondatrice des bières artisanales The Eye’s Hunter

À 25 ans seulement, Marion est la co-fondatrice de The Eye’s Hunter, une marque de bières artisanales qui existe depuis trois ans déjà ! Marion vient de la région de Montpellier, et après des études à Reims, elle est retournée dans le Sud pour booster sa petite entreprise avec Arnaud, son associé.

À l’occasion de la Journée de la bière le 1er août, j’ai voulu en savoir un peu plus sur les secrets de la bière artisanale (je vous vois venir), mais surtout lui demander comment on monte une telle entreprise quand on est jeune et qu’on est une nana. Marion vous raconte tout, dans une interview de cheffe d’entreprise passionnée et qui en veut !

Petite entrepreneuse deviendra grande

LÉA : Salut Marion ! Alors pour commencer, pourquoi t’es-tu lancée dans la bière artisanale ?

MARION : On buvait beaucoup de bières artisanales, c’est comme ça qu’on est devenus amis avec Arnaud, qui est maintenant mon associé ! On s’est rencontré en terminale. Quand on était étudiants, on allait dégotter des bières particulières qu’on buvait ensemble.

LÉA : Monter une boîte avec un ami, c’est risqué, non ?

MARION : C’est ce qui fait, je pense, aussi, la beauté de la relation. C’est très délicat, il faut faire attention à l’équilibre. Être associés, je m’en rends compte aujourd’hui, c’est plus qu’être mariés (rires). Le plus important, c’est d’avoir confiance en son associé, et que ça dure. L’une des raisons pour laquelle beaucoup de boîtes capotent, c’est un désaccord entre associés. L’avantage avec un ami, c’est qu’on se fait confiance, et on est tranquilles à ce niveau-là. En tout cas, pour l’instant !

LÉA : Comment avez-vous fondé The Eye’s Hunter ?

MARION : Au départ, on n’était pas forcément partis pour en faire une entreprise. On a commencé pendant qu’on était étudiants, pour le plaisir. On a rencontré un brasseur qui nous a proposé d’utiliser son matériel pour faire des tests produits. On s’est amusé pendant un petit moment. Ensuite, on a proposé notre produit à des professionnels, avec lesquels on a amélioré la recette petit à petit. Ils ont voulu la vendre, et c’est parti comme ça. On a vu qu’il y avait du potentiel et un intérêt, donc on s’est dit qu’on allait essayer de transformer ça en quelque chose de plus professionnel.

LÉA : Comment as-tu fait pour concilier tes études avec cette création d’entreprise ?

MARION : On ne dormait pas beaucoup ! Après, dans les études supérieures, on est quand même à un rythme plutôt raisonnable. Ce qui est surtout compliqué, c’est que l’entreprise est installée à Montpellier, d’où je viens, alors que je faisais mes études à Reims, en école de commerce. La distance, ne pas être sur place… C’est difficile. À la fin de nos études, la boîte avait déjà pris un petit peu d’ampleur, donc on s’est dit que c’était le moment de s’y consacrer pleinement pour la faire avancer. On était bien, dans ce domaine-là. Je me voyais pas aller chez KPMG derrière ! (rires)

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LÉA : Monter ta boîte, c’était quelque chose que tu avais envisagé ?

MARION : Pas du tout ! Je ne m’étais jamais projetée dans ce modèle-là. Là où on en est aujourd’hui, ce n’est pas venu de l’idée de monter une entreprise. C’est plutôt la bière qui nous a amenés là.

LÉA : Quel cursus as-tu suivi ?

MARION : Après un bac S, j’ai fait une première année de classe prépa scientifique, pour rentrer en école d’ingénieur. Au moment de passer en deuxième année, ça me gonflait. Les maths et la physique, j’en pouvais plus, et je ne voyais pas ce que j’allais faire là-bas. J’ai rencontré plusieurs personnes d’école de commerce, et entre temps, j’ai fait un stage en logistique qui m’a bien plu. Pour faire ça, il fallait aller en école. J’ai donc quitté ma prépa pour une autre orientée vers mes écoles de commerce, et je suis rentrée sur concours à Sup de Co à Reims. J’avais pas franchement d’objectif particulier, c’est hyper large, on peut faire beaucoup de métiers avec ça.

« Monter un projet en même temps que l’école m’a permis de trouver un intérêt aux cours. »

LÉA : En quoi cette formation t’a-t-elle servi pour monter The Eye’s Hunter ?

MARION : En école de commerce, j’ai fait une double spécialité marketing et finance d’entreprise. Je pense que monter un projet en même temps que l’école m’a permis de trouver un intérêt aux cours, parce qu’il y avait une application directe derrière : il fallait que je fasse des prévisionnels, que je calcule les charges, les recettes etc. On ne peut pas comparer parce qu’on apprend sur des modèles d’entreprise beaucoup plus larges, mais la base est là. Arnaud, lui a étudié l’Administration Économique et Sociale (AES) à la fac. Je suis diplômée depuis juin de cette année, mais j’ai fait surtout des stages la dernière année.

LÉA : Est-ce que tu arrives à vivre de ta petite entreprise ?

MARION : Ça y est ! C’était aussi l’objectif en lançant la boîte pendant nos études, on n’avait pas à se dire qu’à la fin du mois il fallait qu’on paye. C’était un peu le deal avec les parents. Ça m’a permis de vivre les premières étapes de l’entreprise plus sereinement. C’était compliqué de gérer tout à la fois, et en même temps c’était un super avantage parce qu’on ne condamnait pas le début de notre carrière professionnelle si ça foirait. Maintenant qu’on a fini nos études, on arrive à dégager des salaires, même si on se paye à coups de lance-pierres.

La bière artisanale, entre tradition et modernité

LÉA : Comment ça se passe, la fabrication d’une bière artisanale ?

MARION : On a un modèle un peu particulier pour la production : on travaille en coopération de brasserie à Sens, à côté de Troyes. On est plusieurs à brasseurs à travailler sur le même outil de production, chacun à son tour. Ça permet d’avoir un matériel plus performant, plus volumineux, qui fait des produits plus stables, et surtout de limiter les investissements au départ. Je passais beaucoup de temps à la brasserie quand j’étais à Reims. Maintenant, on partage un maître-brasseur, qui produit nos bières et celles d’autres. Mais on y va régulièrement pour faire des prototypes pour les nouveaux produits.

LÉA : Qu’est-ce qui vous différencie des autres brasseurs, en fait ?

MARION : Nos bières sont un peu particulières parce qu’on essaye d’être des chasseurs de saveurs, dans les matières premières qu’on utilise. On emploie du malt, du houblon, de l’eau et des levures comme une bière normale. Après on ajoute des ingrédients un petit peu « extraordinaires » au moment de la fermentation, pour apporter des saveurs différentes. L’idée, c’est de prendre un ingrédient sur chaque continent, un genre de tour du monde, pour les intégrer dans la bière. D’où le nom de notre marque, en anglais, pour cette idée de voyage !

En fait, on travaille sur des bières en double fermentation : elles fermentent une première fois dans une grosse cuve, et après, juste avant d’embouteiller, on ajoute une solution de levure, nos épices, notre ingrédient. La bière est passée en chambre close pendant une semaine à dix jours, et une deuxième fermentation se produit.

« L’idée de nos bières, c’est de prendre un ingrédient sur chaque continent. »

LÉA : Comment tu fais pour imaginer une nouvelle bière ?

MARION : On part d’une recette de base qu’on travaille dans un premier temps. Ensuite, on rajoute nos ingrédients, et on va faire plein de tests. Parfois on abandonne l’ingrédient, parfois les dosages ne sont pas bons, parfois il faut changer les méthodes… Par exemple, nous, on fait infuser des fleurs d’hibiscus qu’on rajoute dans la blanche.

L’avantage avec la bière, par rapport au vin ou au champagne, c’est que les possibilités sont infinies au niveau des goûts. Comme on travaille sur le voyage, les ingrédients qu’on trouve ont souvent une histoire, il faut la faire ressentir au travers du produit. C’est la partie la plus jolie de notre travail, de créer. Il faut imaginer le produit, et après, tout l’univers qui va avec.  C’est vraiment une période extraordinaire.

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LÉA : Combien de temps prend la création d’une bière ?

MARION : Nous, on est un peu lents à sortir des bières. Ça fait trois ans qu’on existe, et on a trois produits. On en a sorti deux cette année, et on espère un troisième. L’idée, c’était surtout d’implanter le produit pour qu’il soit connu avant de travailler la gamme. Maintenant qu’on connaît le client, c’est plus facile.

LÉA : Comment faites-vous pour ne pas vous faire piquer les recettes ? Est-ce que vous les protégez ?

MARION : C’est comme le Nutella, on ne dépose pas de brevet. Si on le faisait, on serait obligés de communiquer la recette, sachant que si quelqu’un veut mettre un ou deux milligrammes de plus ou de moins, ce n’est plus la même… Mais on garde les recettes secrètes : il n’y a que nous et le maître-brasseur qui les connaissons.

LÉA : Comment trouves-tu les ingrédients de ces recettes secrètes ?

MARION : Aujourd’hui, on utilise du guarana d’Amazonie, du gingembre et des fleurs d’hibiscus qui viennent du Sri Lanka. Malheureusement, on ne peut pas être partout ! (rires) On travaille avec une entreprise française, Guayapi, qui veut « mettre en valeur les produits des terres d’origine ». Ils essayent de garder les techniques ancestrales de culture.

LÉA : J’en déduis qu’il y a un certain aspect éthique dans votre projet, peux-tu m’en parler plus précisément ?

MARION : Par exemple, le guarana s’est vraiment démocratisé depuis 5-6 ans en Europe, il est utilisé dans l’industrie alimentaire et la parapharmacie, et il pousse uniquement en Amazonie. Sur place, la culture du produit s’est complètement transformée : avant c’était de la cueillette, maintenant il y a des champs, des plantes modifiées, de la monoculture, de la déforestation.

Il y avait tout un pan de la société en Amazonie qui vivait de ça, ils n’étaient plus du tout concurrentiels au niveau tarif. Leur indépendance et leur survie étaient menacées, parce que leur économie est basée principalement là-dessus. On s’est rendus compte qu’il y avait cette problématique qui était de plus en plus importante, on a décidé de travailler avec une tribu, qui cueille et gère le processus de transformation. On s’est dit qu’on allait appliquer ça à tous nos produits.

Pour le Sri Lanka, on soutient une initiative qui consiste à remettre en place une biodiversité des cultures. Pour les fleurs d’hibiscus, c’est un regroupement de femmes qui s’en occupent et qui les font sécher. Ça leur permet d’avoir un travail et un petit peu plus d’indépendance financière. On prétend pas changer le monde, mais on essaye de faire ce qu’on peut à notre échelle !

L’éthique et The Eye’s Hunter : « On prétend pas changer le monde, mais on essaye de faire ce qu’on peut. »

LÉA : Y a-t-il un aspect tradition dans la fabrication de la bière, ou est-ce qu’on peut vraiment tout se permettre ?

MARION : Dans le Nord de l’Europe, il y a vraiment une méthode particulière. Les États-Unis ont fait un renouveau des saveurs, notamment avec les utilisations du houblon. Nous, on est sur des bières type belges, mais on essaye d’allier les deux styles, parce que les deux ont des intérêts gustatifs.

Pour moi, dans la bière, il n’y a pas le terroir qui rentre en compte comme dans le vin. Ça se passe dans des cuves, il y a plein d’ingrédients qui viennent du nord de la France. La région n’a pas vraiment d’impact, à part l’eau, par exemple quand on utilise l’eau du Mont-Blanc. Mais 90% des brasseurs artisanaux emploient de l’eau courante.

En fait, dans la bière, on est moins dans la tradition que dans le vin. Il n’y a qu’à voir les étiquettes de vin, c’est très conservateur. Alors que sur les bières, il y a des couleurs, des dessins, des fois c’est complètement farfelu… On est moins catégorisé en « bien » et « moins bien », en tout cas dans le domaine de la bière artisanale.

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Vendre de la bière, tout un savoir-faire

LÉA : Ces fameuses bières, à qui les vends-tu ?

MARION : On travaille principalement avec le réseau CHR : cafés, hôtels, restaurants, beaucoup de cavistes aussi. On est en train d’ouvrir un nouveau réseau, la grande distribution, on y va doucement. On vend aussi directement aux particuliers dans notre local.

LÉA : Comment arrives-tu à faire connaître The Eye’s Hunter ? Rencontres-tu les gens qui boivent vos bières ?

MARION : On travaille avec les barmans, on fait beaucoup d’événementiel. C’est beaucoup de terrain, ça va être des dégustations chez des clients, l’organisation d’un dîner à base de bières… On a aussi un relais par les réseaux sociaux — NDLR : la page Facebook de The Eye’s Hunter, mais on ne peut pas dire qu’avec les moyens qu’on ait, ça permette d’acquérir de nouveaux consommateurs. C’est plus pour maintenir et animer le réseau déjà actif. L’entreprise commence à grandir un peu, donc on a un peu plus de budget en communication. On a le retour des clients professionnels et ce qu’ils entendent de leurs consommateurs. Soit on va chez eux, soit on organise des événements en propre, pour avoir un lien avec le consommateur.

LÉA : À quoi ça te sert de connaître les consommateurs ?

MARION : On a fait appel à eux pour lancer de nouveaux produits. On a fait goûter les prototypes, parce que ce qui nous plaît, c’est une chose, mais il faut que ça plaise à d’autres ! Ça influe aussi sur les bières qu’on lance. Des gens exprimaient le besoin d’avoir une bière plus légère, c’est pour ça qu’on a sorti une blanche. Ces retours nous font vraiment progresser en permanence. Par exemple, le packaging et l’univers de marque n’étaient pas du tout ce qu’ils sont actuellement. On a redéfini complètement la marque, parce qu’on avait pas prévu que ça devienne notre boulot, une gamme de bières etc.

« On a redéfini complètement la marque, parce qu’on avait pas prévu que ça devienne notre boulot. »

LÉA : J’ai vu que vous aviez aussi une partie magazine sur le site de la marque, peux-tu m’en dire plus ?

MARION : Tout le monde écrit un peu. Il y a une partie vraiment axée bière, sur nos produits ou d’autres. Il y a aussi nos découvertes sympas : tous les mois, on se fait une dégustation produit entre nous. Ça peut être aussi autour des ingrédients utilisés, des cultures. Ou alors des choses qu’on a aimé : une expo, un livre, un•e photographe qui nous a marqués. L’idée c’est que ça reste cohérent par rapport à la marque, la notion de voyage, de saveur. C’est aussi de fournir du contenu à nos consommateurs, pour qu’ils comprennent pourquoi on a fait ces choix. Et bien sûr, le but est de se faire plaisir en écrivant, que ça ne devienne pas une corvée. C’est pas grave s’il n’y a pas beaucoup d’articles.

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LÉA : S’implanter dans le marché de la bière artisanale, est-ce que c’est compliqué ?

MARION : Aujourd’hui, c’est un marché qui est en plein essor en France. Il avait beaucoup reculé. Il y a plein de brasseries qui se montent, mais plein qui ferment aussi. On fait une toute petite marge. La concurrence, pour l’instant, je la trouve bénéfique. Plus il y a d’acteurs, plus les gens seront sensibilisés et plus on boira de la bière artisanale. On voit vraiment une différence, par exemple auprès des restaurateurs. Il y a trois ans, quand on allait leur proposer nos produits, surtout dans le Sud où on est axé vins, boire de la bière en mangeant, c’était n’importe quoi… Maintenant, c’est eux qui nous appellent, ils sont beaucoup plus ouverts et sensibilisés.

LÉA : Et pourquoi ça plaît, à ton avis, la bière artisanale ?

MARION : Pour moi, la première raison, c’est le goût ! Les gens aiment bien boire des bonnes choses. Le marché s’effondre en volume mais continue à progresser en valeur. Les gens achètent des choses plus qualitatives. C’est un mouvement qui est conduit par les Etats-Unis et le Canada. Là-bas, la bière artisanale commence à faire peur aux industriels !

Être cheffe d’entreprise, un boulot à plein temps

LÉA : Tu es donc à la tête d’une boîte. Qu’est-ce qui te plaît dans ton travail ?

MARION : Aujourd’hui, c’est quelque chose qui est hyper plaisant parce que c’est tous les jours une nouvelle aventure ! J’ai beaucoup de bons souvenirs, et même les mauvais deviennent bons. Le meilleur, je pense que c’est la première fois qu’on a reçu notre premier produit à déguster, notre panel d’échantillons, au moment de découvrir le résultat des tests. C’était hyper excitant. L’autre, c’est quand on a élargi l’équipe. C’est avec eux qu’on a fait le changement de packaging, et ils s’étaient complètement approprié le truc, notre vision était partagée par l’équipe. C’était une sacrée récompense.

« Créer son entreprise, c’est tous les jours une nouvelle aventure ! »

LÉA : Comment as-tu recruté tes employés ?

MARION : Ça a toujours été des gens qu’on connaissait, ou qui nous étaient recommandés. Le recrutement, c’est vraiment quelque chose de très compliqué, surtout pour quelqu’un que tu recrutes dans ton équipe, pas juste un stagiaire qui s’en va au bout de trois mois. C’est quelqu’un que tu intègres, et l’idée c’est de voir loin avec, qu’il prenne une place importante dans la boîte pour que tu puisses faire autre chose. Quand tu es deux et que tu intègres deux autres personnes, ça chamboule tout. C’est pour ça qu’on a travaillé comme ça, en faisant des petits tests, et pas juste en recevant des CV.

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LÉA : Pour toi, qu’est-ce que ça apporte de diriger une entreprise ?

MARION : L’avantage, quand on crée sa boîte, c’est que si on ne veut pas transiger sur certaines choses, comme nous avec la provenance des ingrédients, on ne transige pas. Après, on est toujours obligés de transiger à un moment donné, on ne fait pas ce qu’on veut pour autant !

LÉA : Comment gères-tu le fait d’être jeune et cheffe d’entreprise ?

MARION : Les premières fois qu’on va à un rendez-vous client, c’est compliqué. Mais c’est en forgeant qu’on devient forgeron… On s’est pris quelques portes, forcément. Parce qu’on ne vendait pas forcément bien le produit, on ne comprenait pas suffisamment bien les besoins des clients, le service qu’il faut fournir à côté. Ce sont des choses qu’on a découvertes au fur et à mesure. Ça peut être compliqué d’être pris•e au sérieux au départ, surtout quand tu es une fille.

LÉA : Justement, quelles sont les problématiques qui s’ajoutent avec le fait d’être une femme ?

MARION : Dans le milieu de la bière et celui de la nuit, et notamment quand on travaille avec des bars, jeune et femme, c’est le « combo gagnant »… C’est un milieu très masculin, donc être une fille a ses avantages et ses inconvénients. Il faut réussir à bien comprendre les deux pour pouvoir jouer avec.

« Être une fille dans un milieu très masculin comme la bière a ses avantages et ses inconvénients. »

LÉA : J’imagine aussi qu’être à la tête d’une entreprise, c’est un travail à plein temps. Comment arrives-tu à concilier ça avec ta vie personnelle ?

MARION : Quand on se voit avec Arnaud, c’est vrai qu’on parle beaucoup boulot. Mais il faut garder des moments de break, sinon on devient cinglé. C’est quelque chose que je commence à réussir à bien gérer. Ca n’a pas été facile, pendant quelque temps, de vraiment partitionner vie pro et vie perso. Sachant qu’on travaille la journée, le soir… Vu l’activité de notre entreprise, on n’a pas vraiment de rythme du lundi au vendredi etc. Ça n’aide pas ! Mais à un moment donné, il faut dire stop. Dans dix jours, je pars en vacances une semaine complète, pour la première fois depuis trois ans ! Je pense que je suis davantage capable de prendre du recul. Il y a des moments, on y pense tout le temps, même après avoir pris l’apéro !

Créer son entreprise, une idée à suivre

LÉA : As-tu rencontré des difficultés dans la création de ta boîte ?

MARION : Il y a toujours des obstacles, ça fait partie du quotidien ! Malheureusement et heureusement, c’est aussi ce qui te fait avancer. Avec la première bière, on a eu des problèmes avec la stabilité de la pression. Au niveau de la fermentation, ça réagit de manière particulière, et le produit pouvait faire un geyser dans la bouteille ! On a eu des problèmes autant au niveau de la création que dans la distribution. Il nous est arrivé de nous faire planter par des clients… Il y a des périodes difficiles, des périodes où on remet tout en question, où on n’a pas le moral.

LÉA : Comment avez-vous monté ce projet financièrement ? Avez-vous eu des aides ?

MARION : On est partis avec 50 000 euros, on en a mis 25 000 chacun. J’ai fait un prêt étudiant : c’est confortable parce que les taux proposés sont imbattables.

On a eu la chance d’être suivis par une pépinière d’entreprises. Le directeur de cette pépinière était intervenant dans un des cours de Vincent. Il a vu le projet commencer à mûrir, et nous a proposé de rentrer chez eux pour avoir un suivi. C’est hyper important au moment de la création. Tu as des aides anté et post-création, et même pendant. Tu es suivi•e, conseillé•e, dirigé•e, vers un expert-comptable, un juriste, un avocat…

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LÉA : Quel est le statut de The Eye’s Hunter ?

MARION : C’est une SAS. Quand on l’a créée il y a trois ans, c’était fiscalement plus intéressant qu’une SARL. L’avantage, c’est que c’est hyper flexible, on peut rajouter autant de clauses qu’on veut.

LÉA : Et enfin, quels conseils donnerais-tu aux filles qui veulent se lancer dans l’entreprenariat ?

MARION : Il ne faut pas hésiter, parce qu’on n’est pas tant de nanas ! C’est un peu triste quand on fait des événements liés à la pépinière, ça manque de filles, même si ça s’améliore. Après je ne pense pas qu’il faille faire une différence filles/garçons, même si elles sont peut-être un peu moins sûres d’elles et que passer le cap peut être un peu plus délicat.

« Ça manque de filles dans notre pépinière d’entreprises, même si ça s’améliore. »

Mon premier conseil, ce serait de ne pas se lancer tout•e seul•e. Je pense que c’est important de partager le projet avec une ou plusieurs personnes. C’est important d’être deux qui se comprennent, parce que même si des gens s’intéressent à vous, ils n’ont pas mis autant sur la table. Partager ça avec quelqu’un, aussi bien dans les bons que les mauvais moments, ça change tout.

Le deuxième conseil, c’est que quand on prévoit une somme, il faut toujours plus. Maintenant, à chaque fois je mets +20%, on oublie toujours des trucs. On peut se lancer avec pas grand-chose, mais avec rien, ça me paraît compliqué. Surtout quand on fait un produit comme nous, il faut des stocks, un peu de trésorerie — NDLR : de l’argent disponible sur votre compte en banque.

Merci à Marion pour cette interview ! Vous pouvez retrouver The Eye’s Hunter sur le site de la marque !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Roanne
    Roanne, Le 3 août 2015 à 23h02

    Extra cet article, le parcourt de Marion est très intéressant et même passionnant (elle fait passer sa fibre).
    Par contre, maintenant, j'ai soif, c'est bizarre... ^^

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