La Manic Pixie Dream Girl, ce rôle épuisant au quotidien

La Manic Pixie Dream Girl est un de ces personnages féminins totalement stéréotypés dont le cinéma a le secret. Elle fait parfois rêver... Mais si elle existait en vrai, sa vie serait un calvaire.

La Manic Pixie Dream Girl, ce rôle épuisant au quotidien

Le terme Manic Pixie Dream Girl a été utilisé pour la première fois par le critique Nathan Rabin dans sa revue du film Elizabethtown, avec Kirsten Dunst. Vu les termes « manic » pour « manique » ou « hystérique » ou « folichonne », et « pixie » pour lutin ou elfe, tu t’attends pas vraiment à ce que les personnages visés soient positifs…

Ils le sont, pourtant : la manic pixie dream girl, c’est le personnage secondaire féminin qui sauve le héros en pleine phase de dépression. C’est celle qui, à force d’être décomplexée, équilibrée et plutôt du style à profiter de la vie, redonne des couleurs aux joues de son ouin-ouin de mec pour qu’il puisse enfin commencer à mener son existence sans pleurer en regardant son nombril DE TROUDBAL. Pardon, je m’emporte. Vraiment, j’ai rien contre les Manic Pixie Dream Girls (en revanche, j’ai beaucoup de griefs contre les mecs qu’elles se tapent dans les films) (t’as pas l’air surprise, c’est étonnant).

En plus, bon, je peux pas vraiment la détester, la MPDG, parce que je réponds aux trois quarts des critères qui la définissent (ma personnalité n’a été écrite ni par Woody Allen ni par je ne sais trop quel cinéaste qu’on entendrait dire « je ne suis pas sexiste, j’adore La Fâme, je la trouve bien mieux que les hommes » parce que ce serait dommage d’arrêter avec les clichés du genre), et ma vie est de toute façon beaucoup moins photogénique que celles qu’on nous présente sur écran. Je ne m’apparente (sur certains points) aux Manic Pixie Dream Girls qu’en surface, parce qu’elles ne sont qu’une surface : elles n’existent que dans les films.

Pourquoi ? Parce que la nature humaine est bien plus imaginative, bien moins redondante que les oeuvres qui ont pour personnage secondaire une fille de la sorte. Ça aurait pu me convenir, de me considérer comme une Manic Pixie Dream Girl : après tout, j’ai suffisamment grandi en lisant des livres et regardant des films pour avoir ENVIE de pouvoir m’identifier à un cliché récurrent.

Au début, quand on me comparait à ces clichés, j’étais presque flattée, du coup… alors qu’on ne me le disait pas pour me faire un compliment, mais pour me montrer à quel point je m’étais fait vampiriser par quelques ex qui, malgré eux, avaient réduit ma joie de vivre le temps de la relation pour mieux retrouver la leur. Soulagée un peu, aussi, de pouvoir me dire « pfffrt évidemment, je suis pareille moi, on se met en couple avec moi parce qu’on en a besoin et pas parce qu’on en a envie, c’est normal que mes histoires se terminent une fois que mes partenaires vont bien ».

Et puis j’ai réalisé que j’avais absolument pas envie d’être mise en parallèle avec ce stéréotype vachement réducteur. Et que se reposer sur les films pour comprendre sa propre vie, de toute façon, c’était un peu flemmard.

Surtout que les Manic Pixie Dream Girls, si elles existaient pour de vrai, elles auraient vraiment une vie de merde.

La première explication à ça se repère dès le générique, voire sur l’affiche du film : la MPDG est l’éternel personnage secondaire, qui va mettre en avant le héros en restant en arrière. Parce que le truc important du film, c’est le chemin que lui fait vers la sérénité et l’estime de soi, pas son histoire à elle.

Son histoire à elle, on s’en fout un peu, surtout dans (500) jours ensemble où une petite phrase au début du film nous apprend que le film est inspiré du chagrin d’amour du co-auteur, Scott Neustadteur :

« Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé n’est que pure coïncidence. Surtout toi, Jenny Beckman. Salope. »

Belle ambiance.

Contrairement aux MPDG créées par des réalisateurs et/ou scénaristes qui semblent avoir voulu mettre sur écran leur fantasme amoureux, le personnage de Zooey Deschanel ne semble pas totalement fait pour être aimé. Le public en a décidé autrement (rappelons [SPOILER : ne lis pas la phrase qui suit si tu n’as pas vu le film] qu’il s’agit d’une fille dont le ««« crime »»»» est de quitter un homme qu’elle n’aime pas).

Comme l’explique la talentueuse Anita Sarkeesian, elle est la muse, à la fois du scénariste et de l’acteur principal, et existe en tant que personnage uniquement comme telle. C’est l’inspiratrice, pas l’inspirée, encore moins la créatrice, comme si on la privait du droit de faire ses propres trucs pour elle-même, parce que de toute façon elle est bien trop occupée à faire des blagues, à écouter de la musique indé et à se contenter de peu pour réaliser qu’elle sait faire des trucs.

En gros, elle inspire, elle guérit telle une infirmière du coeur, elle fait rire et… C’est tout. Tu parles d’un plan de carrière.

Tu connais pas la dernière ? Alors c’est Toto qui…

Son humour, tiens, parlons-en. À part pendant les moments où elles sont habitées d’une mélancolie durant trente secondes (de quoi s’attarder un peu sur leur regard triste et ingénu), les MPDG ont toujours un bon mot à partager, une petite remarque cynique ou une vanne un peu concon, voire un truc carrément fou-dingue-je-mange-des-guêpes à faire, comme éclater des ballons dans un lieu clos ou crier au-dessus d’un bus.

Bon, faut dire aussi qu’elles sont indépendantes et ne semblent pas avoir besoin d’être épaulées à chaque poil incarné, mais tout de même. Leurs problèmes, on s’en fout, apparemment.

Dans la vie, j’imagine parfaitement que cette fille réduite à divertir se prendrait des reproches de son mec (celui dont elle serait la gardienne du coeur, donc) chaque fois qu’elle aurait l’audace d’avoir un coup de mou durant quelques jours. De type « tu m’as pas habitué à ton côté geignarde, j’suis pas sûr de te connaître ».

Comment je le sais ? À l’époque pas si lointaine où je commençais chaque relation en consolant l’autre à coups de vannes sans oser parler vraiment de moi (quand tu t’enfermes dans une surface faite de pets d’aisselle et de remontages de l’estime de lui-même du partenaire, tu te dis que si tu sors de ça, t’auras l’air ennuyeuse d’un coup) c’est pile ce qui arrivait.

Et en plus ça joue avec la nourriture ah bah brav – attendez, rassurez-moi : c’est bien de la nourriture, hein ?

Et puis, par-dessus tout, rappelons que dans 50% des cas, le personnage de la Manic Pixie Dream Girl disparaît, poupouf, dès que sa mission sous-jacente de réparation du personnage mâle est remplie.

Un peu comme si on t’embauchait dans une entreprise pour une mission, une seule, et qu’on t’en virait une fois qu’elle est remplie parce qu’aux yeux des employeurs, tu ne sais faire que ça. Ou un peu comme si tes parents te mettent dehors parce que t’as fini la vaisselle.

Ça n’aurait pas de sens, tu en conviendras. Être intérimaire dans la vie des autres, ça a pas l’air fort cool.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Not the Queen. just Helen
    Not the Queen. just Helen, Le 18 août 2016 à 0h25

    ce sujet est vieux,mais est-ce qu'il y a des madz qui étaient des manic pixie dream girls?? et comment vous vivez maintenant? (je demande, parce que moi j'étais un peu (beaucoup) une mpdg. Et depuis que j'ai arrêté, je sais plus trop comment me comporter et j'ai l'impression de "détester tout le monde" à force d'avoir trop été le clown qui cheer up les gens :/)

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