« Majorité opprimée », un court-métrage percutant

Et si c’étaient les femmes qui faisaient leur jogging torse-nu dans la rue, et les hommes qui se faisaient harceler pour porter des shorts trop courts ? Ça peut paraître un peu simpliste, mais dans le court-métrage « Majorité opprimée », le résultat est assez poignant.

« Majorité opprimée », un court-métrage percutant

Il date de 2010, mais ce court-métrage dégoté chez Lidd.fr, réalisé par Éléonore Pourriat est toujours pertinent aujourd’hui. Certes, c’est de l’inversion des rôles pure et simple : dans ce petit film d’une dizaine de minutes, on suit la journée (de merde, disons-le franchement) d’un jeune père au foyer qui a commis l’erreur de sortir en short et petite chemisette pendant que sa femme est au travail.

Pourtant, comme vous pourrez le constater par vous-même, c’est vraiment efficace. La preuve, peut-être, que le message qu’on veut faire passer n’est pas si compliqué que ça.

On va droit au but en enchaînant les clichés et les attaques sexistes. Dans une même journée. Pour un seul homme (c’est ce que j’appelais une journée de merde). Mais la vidéo, postée en 2012 sur YouTube, a tout juste (re)commencé à tourner sur Internet ces derniers jours, et a déjà provoqué des réactions. Et c’est bon de voir comme SOUDAIN, se faire rappeler de sourire ou dire comment on est trop bon-ne par un-e inconnu-e dans la rue, c’est socialement inacceptable.

Inverser les rôles pour provoquer l’empathie

Non parce que, pas que je veuille faire ma victime (puisque c’est généralement ce qu’on me rétorque), mais en ce qui me concerne, la dernière fois qu’un type dans la rue m’a dit qu’il fallait sourire dans la vie, c’était hier. Ce matin, c’était celui qui voulait me faire savoir ce qu’il pensait de la partie la plus charnue de mon corps, sans se soucier du fait que je ne m’arrêtais pas pour l’écouter avec intérêt.

Ce court-métrage, c’est la progression dramatique — et pourtant réaliste — de ces petits harcèlements quotidiens et banalisés aux humiliations courantes, jusqu’à l’agression minimisée par ceux qui sont pourtant censés apporter leur aide et soutien.

Ce que vit le protagoniste est inacceptable, horrible ; il subit une véritable violence au quotidien, de sa concierge/voisine au groupe de filles qui l’attaque verbalement et physiquement. Le comportement de toutes ces femmes est choquant, déplacé.

Mais est-ce que ce n’est pas un peu fou de se dire que c’est en inversant crument les rôles sans plus d’explications qu’Éléonore Pourriat réussit à sensibiliser les foules sur un sujet, hélas, toujours autant d’actualité ?

Arrêter de minimiser les effets du harcèlement et surtout les agressions

Et elle retourne la situation jusqu’au bout : passée la concierge qui constate que c’est « à [sa] femme qu’il faut [qu’elle] s’adresse », nous avons Nissar, l’aide paternelle, un homme voilé et assez effacé qui a dû raser sa moustache sous on ne sait quelle pression, la SDF un peu éméchée et provoquée par on ne sait trop quoi qui ne se prive pas pour insulter le protagoniste (et lui faire remarquer la manière provocante dont il s’habille), et enfin le clan qui a tous les droits, des remarques crues et désobligeantes à l’humiliation et la violence.

L’homme, le protagoniste, qui pourtant avait l’air assez sûr de lui et de son droit au respect, est, à la fin du court-métrage, complètement anéanti. Détruit. Parce qu’il a vécu un épisode traumatisant, mais aussi parce que ni la loi, ni sa compagne, ne semblent vouloir comprendre que, oui, c’était traumatisant. Et surtout que, non, ce n’était pas sa faute et il n’exagère pas.

Ce film met ainsi en évidence une chose : que l’on soit une femme ou un homme, personne ne devrait avoir à subir la moindre des situations décrites ici. Que c’est juste invraisemblable de se retrouver blessé-e, violé-e, grelottant-e et seul-e dans un poste de police pour porter plainte, et de se faire dire de manière à peine subtile qu’on fabule. Qu’on en fait trois tonnes et qu’on est pathétique.

Le respect pour tous et toutes

Sans vouloir victimiser, être larmoyant ou naïf, difficile de s’empêcher d’être à la fois indignée et lassée en regardant Majorité opprimée. Si ce court-métrage est, à mon sens, très réussi, il est aussi la preuve que notre société actuelle a encore du mal avec le concept d’égalité, puisqu’on a besoin de ce genre de procédé pour rappeler qu’une partie de la population n’a pas droit au même respect que les autres. (Genre, ho, t’aimes pas qu’un inconnu te tape sur les fesses ? Ahaha, c’est marrant, moi non plus !)

C’est pour toutes ces raisons que je me réjouis des réactions scandalisées et choquées des gens, hommes comme femmes, qui sont parfois mal à l’aise à la suite du visionnage de ce court-métrage. C’est scandaleux. C’est choquant. Je voudrais simplement que l’on s’indigne de cette manière chaque jour qu’une toute jeune fille ou une femme subit ce genre de traitement.

Alors la prochaine fois que vous voyez un type se pencher sur une fille dans la rue pour lui dire de sourire, prenez le temps de lui faire savoir que ce comportement est « socialement inacceptable ». J’sais pas, ce sera toujours ça de pris, quoi.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Coronille
    Coronille, Le 18 septembre 2014 à 22h43

    Outre le fait qu'on nous montre des stéréotypes (visant à illustrer le profond malaise qu'ils créent dans la rue) du sexe masculin chez le sexe féminin, j'ai tiqué sur un truc : le protagoniste s'insurge en sortant de l'hôpital "y en a marre de ce féminisme". N'aurait-il pas plutôt mieux fait de dire : "Y en a marre de toute cette mysandrie" ?

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