Comment M6 m’a sauvé la vie

L'arrivée de M6 dans la vie d'Almira Gulsh a bouleversé son existence. Voici un bilan à peu près exhaustif.

Comment M6 m’a sauvé la vie

Avant, j’avais pas la télé. Et vraiment, ma vie n’était que désordre, tristesse et obscurité. Et puis un jour, le petit écran est arrivé chez moi. Et quand j’ai appuyé sur le sixième bouton de la télécommande, ce fut la révélation. Ma vie a enfin pris tout son sens, et j’ai enfin pu sortir la tête de la fange dans laquelle je me vautrais sans même m’en rendre compte depuis des années. La preuve:

Avant je trouvais que ma mère était naze

Avant je trouvais ma mère nulle. Elle n’a jamais voulu que j’aie des dreads. Elle me forçait à regarder Dirty Dancing en cachette. Elle m’obligeait à faire mon lit. Elle m’interdisait d’aller au Macumba les veilles de bac blanc. Elle m’achetait des cyclistes. Elle me coupait la frange elle-même. Elle m’a contraint à manger des choux de Bruxelles. Nulle je vous dis.

Et bien, quand j’ai eu la télé, M6 m’a proposé de l’échanger. J’ai pris une fan d’ultimate fighting et de manucures extrêmes, pour rigoler. Et ben croyez-le ou pas, finalement, j’ai repris ma mère originelle, qui a gagné en coolitude depuis qu’elle a appris quelques clefs de bras dans la famille où elle a fait son stage.

Avant je ne voulais pas d’enfants

Avant, je voulais pas d’enfants parce que je trouvais ça démoniaque. Perpétuer ma lignée m’angoissait. Les enfants ça hurle, ça fait des scènes dans les supermarchés, ça mange ses crottes de nez, ça écrit sur les murs, ça casse des trucs (de valeur de préférence), ça n’obéit absolument jamais, ça pue, ça vomit sur les gens, ça se tire les cheveux et ça se met les doigts dans les yeux. Autant vous dire que je préférais encore laisser l’espèce humaine s’éteindre plutôt que de m’infliger ça. Je n’avais alors aucune compétence en dressage de fauves, et quand je faisais du baby-sitting, la seule solution que j’avais trouvé pour survivre, c’était un bidon de chloroforme et un paquet de coton.

Puis M6 m’a présenté Super Nanny. Désormais, je n’ai plus peur. Je sais qu’il suffit de me mettre à genoux pour être à la bonne hauteur, de pointer mon index, de regarder l’ennemi droit dans les yeux et de dire d’une voix ferme et calme NON-JE-NE-SUIS-PAS-D’ACCORD. Hyper efficace. Je suis d’ailleurs persuadée que c’est la méthode que devrait employer BHL pour sauver la Lybie. Du coup je n’ai plus du tout peur de me reproduire, j’envisage même de mettre bas toute une équipe de foot. L’humanité est sauve.

Avant ma maison était un capharnaüm

Avant, ma maison était un véritable taudis. Je ne faisais la vaisselle qu’après avoir mangé une semaine directement dans la casserole. Je faisais une culture de toiles d’araignées en prévision d’Halloween. Je rangeais mes sous-vêtements dans le frigo, et je mettais mon gruyère râpé dans ma trousse à maquillage. Je croyais que mon bureau avait disparu, alors qu’en fait, il était caché sous des tonnes de papiers (mais que des papiers inutiles, puisque ma déclaration d’impôts et mes quittances de loyer, c’est directement dans la poubelle que je les range).

Quant à mes vêtements, ils étaient entreposés selon les principes très précis dits de “la pyramide”. Avantage 1 : je trouve jamais rien, donc je n’ai jamais rien à me mettre, donc j’ai toujours une bonne raison d’aller acheter des nouveaux habits. Avantage 2 : Quand je retourne la pyramide, une fois tous les deux ans, c’est Noël. Je retrouve plein de choses dont j’avais totalement oublié l’existence.

Puis d’un coup, la 6 est entrée dans ma vie, en emmenant avec elle “C’est du propre”. Ça a changé ma vie. Maintenant, je ne culpabilise plus. Je sais qu’il y a bien pire que moi, surtout depuis que je fais mon ménage avec le bicarbonate que j’utilisais pour soigner mes gueules de bois.

Avant ma maison était moche

En plus d’être un véritable taudis, ma maison a aussi été carrément moche. Du genre avec de la sobriété (pour compenser avec le foutoir), des souvenirs, et des vieilleries de brocantes et marchés au puces, et des trucs aussi ringards que de la personnalité et de l’âme. Mais faut dire que j’y comprenais rien aussi. Le tout dans deux toutes petites pièces. Clairement, il me fallait déménager. Avant d’avoir la télé, je ne savais pas comment faire. Pour trouver un logement, j’étais du genre à déambuler dans les rues avec une pancarte “recherche desespérément T5 avec vue sur la mer et piscine à débordement, centre ville, 200 euros CC max”. Je trouvais ma technique super au point et hyper réaliste. Va savoir pourquoi je trouvais pas d’appart.

Puis un jour, Stéphane Plaza et sa tête de gentil panda sont arrivés. Et là j’ai compris. Depuis que j’ai la télé, je sais aussi louer un appartement à hauteur de mes moyens et du marché: je vis désormais dans une cage à poule sans électricité. Du coup, il a fallu que je me débarasse de plein de choses, pour gagner en espace et aussi pour faire fortune.

Parce que d’après M6, il y a un trésor dans ma maison : j’ai pu vendre mon vieux rabbit 34 cts aux enchères ! Avec tout ça, je me retrouve donc dans un nouvel appart, vierge comme un agnelet (l’appart, pas moi), et aucune idée pour l’emménager.

Heureusement, Valérie Damidot est arrivée. Et depuis, tout va mieux. J’ai repeint ma cuisine en fushia, j’ai collé des paillettes sur la commode héritée de ma grand-mère, j’ai jetté mes bouquins (depuis quand c’est déco la lecture ?), mis des bougies jusque sur la lunette des toilettes, j’ai investi dans le miroir néo-baroque doré, et j’ai appliqué un effet Warhol sur une photo de mon chat mort l’an dernier et moi que j’ai fait imprimer sur une bâche de camion et qui me sert désormais de rideau de douche, et j’ai évidemment foutu des stickers partout. Maintenant, chez moi, ça fait mal aux yeux, mais c’est top tendance-design-urbain-punchy.

Avant j’osais pas inviter mes amis

Du coup, assumant ma maison qui pique la rétine, j’ai décidé de réinviter mes amis. Avant d’avoir la télé, j’osais pas. De toute façons, j’en avais pas, tellement j’étais pas en phase avec les canaux hertziens. Et si j’en avais eu, j’aurais eu  trop peur qu’ils me jugent mal parce que je ne sais cuisiner que les raviolis en boite (c’est facile, tu mets directement la boite dans le micro-ondes). J’angoissais grave à l’idée de passer la soirée à discuter et à rigoler.

Une soirée sans activité carrée et conçue avec amour est forcément une mauvaise soirée, j’en suis convaincue. Tout ça, c’est mon côté perfectionniste. Certes, il est petit et enfoui sous un amas de chaussures, mais il existe, et des fois, je le laisse s’exprimer. Bref. Je n’osais pas recevoir, parce que j’avais peur de pas savoir m’y prendre, et de me ridiculiser.

HEUREUSEMENT M6 est entré dans ma vie. Sinon j’aurais été perdue. Je sais maintenant qu’organiser une soirée ayant pour thématique “culturisme et coquillettes” est certes ridicule, mais que le ridicule ne tue pas. Au pire, tu récolteras un 4,2 de moyenne et tu seras jamais qualifiée au combat des régions. Et ça on s’en remet en général. Reste plus qu’à me trouver des gens qui accepteraient de venir dîner presque parfaitement chez moi.

Et pour cela, il nous faut être à l’aise dans son body et porter des habits à la pointe de la mode. C’est pas parce que je fais de merveilleux roulés jambon-boursin et que je me rappelle d’au moins quatre blagues de Toto que les gens se retourneront sur moi dans la rue en disant « WAO DEVIENS MON AMIE JE T’EN CONJURE ».

Avant j’étais pas à l’aise dans mon corps

Encore une chose que j’ignorais à l’époque où je préférais aller au musée plutôt que de regarder dans la petite lucarne. Parce qu’il ne faut pas se leurrer. Cristina Cordula, grande prêtresse du style télégénique nous l’affirme: “l’habit fait le moine”. Non, en vrai elle dit des trucs comme “ma chérrrrrriiiiiiiiiiiiiiiiiie, mais tou réssemble à oune poale à frire ! C’est oune véritable CA-TA-STRO-PHE ! Ca va pas dou tout dou tout ! On dirait un C cédille !!!!”. Mais on a tous compris où elle voulait en venir.

M6 va même plus loin : ce n’est pas uniquement l’habit qui fait le moine, c’est aussi la circonférence du  cuisseau. Merde. Il semblerait donc qu’avec ma silhouette en Téfal et mon pull en lurex je ne sois pas prête à me faire une place dans la société. En même temps, je ne vois pas pourquoi je m’inquiète, puisque la chaîne qui a fini par monter très très haut va sauver la donne.

Et ce notamment grâce à la finesse de la psychologie : tu n’aimes pas ton cul ? Et bien viens le montrer à des milliers d’autres gens qui n’aiment pas le leur non plus mais qui se sentiront rassurés de ne pas être les seuls à avoir le fessier charnu, et qui se moqueront de ta peau d’orange et de tes bourrelets en mangeant du maïs grillé. Et une fois qu’il auront bien rigolé sur ton gras, on te mettra des habits ridicules qu’on te laissera pas choisir, puis comme finalement on rigole mieux quand t’es à poil, on te les enlèvera, et pour terminer la thérapie, on te fera poser devant l’objectif d’un ancien photographe de La Redoute avant d’afficher le cliché sur la façade du bâtiment où tu bosses. Je me demande pourquoi on y a pas pensé plus tôt : la guérison par l’humiliation et la honte. Mais Daria Marx parle de tout ça bien mieux que moi.

Avant j’avais pas l’amour

Du coup, assumant à mort mon corps spongieux, je me suis enfin décidée à trouver l’amour. Parce qu’évidemment, avant la 6, l’amour je l’avais pas. Tout simplement parce que je savais pas où le chercher. C’est M6 qui m’a donné la solution : l’Amour, il est dans le Pré. Tu m’étonnes que je le trouvais pas. Forcément, je le cherchais dans les bars, au fond des pintes de bières.

Aujourd’hui, quand je fais le bilan de ma vie, je vois bien qu’il y a un avant et un après M6. Avant, j’avais une mère qui pitait que dalle au catch, je savais pas ce qu’était l’autorité, j’étais bordélique, j’avais une maison qui collait à ma personnalité, un gode usé jusqu’à la corde dont je ne savais que faire, j’avais jamais envisagé de défiler dans un supermarché à poil, et j’avais des habits que j’avais choisi.

Aujourd’hui, je me sens mieux : ma mère est trop fun, je pense mettre bas une équipe de foot, mon appartement a desquamé mes pupilles, je sais que mon corps est alphabétique, et j’adore poser nue dans la rue avec mon homme qui élève des porcelets afin d’en faire des cosmétiques. Vraiment, merci la 6…

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Poe
    Poe, Le 7 juin 2013 à 0h20

    Que ferait-on sans m6 ????
    Très chouette en tout cas cet article!!

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