Ces livres qui méritent une meilleure adaptation au cinéma

Adapter un livre au cinéma, c'est forcément un exercice délicat. Mais parfois, on dirait que c'est volontairement tout foiré. Voici quelques bouquins qui mériteraient grandement une meilleure adaptation !

Ces livres qui méritent une meilleure adaptation au cinéma

Je suis une grande lectrice, mais j’adore aussi regarder des films (comme beaucoup de gens me direz-vous). Et quand je vois un livre être adapté avec succès au cinéma, ça me fait des frissons de joie partout, parce que je peux apprécier ce que j’ai imaginé ET ce que je vois, ce qui n’est pas pour me déplaire. Mais parfois, ça rate. Parfois, les gens en charge de l’adaptation semblent avoir saisi le livre, l’avoir émietté et s’en être servi pour allumer leur barbecue, avant de se dire « Oups, les gars, de quoi on parle du coup ? Boh, Maurice a quelques souvenirs du bouquin, on va se baser là-dessus ». C’est comme ça qu’on finit avec des fans pleurant des larmes de sang au cinéma, et ça, c’est grave.

Alors pour motiver un peu les studios de cinéma (dont les dirigeants lisent tous madmoiZelle, au cas où vous en douteriez), voici quelques livres qui méritent vraiment mieux que ce que le cinéma leur a offert.

À la Croisée des Mondes

À la Croisée des Mondes est une géniale trilogie de romans par Philip Pullman, qui suit l’aventure de Lyra Belacqua, une préadolescente vivant dans une version un peu steampunk de notre monde. Dans sa dimension, chaque humain est accompagné d’un daemon, un animal parlant qui le suit partout et représente – grosso modo – son âme. Lyra, au fil de ses aventures, va passer entre différents mondes, dont le nôtre, et lutter contre une Église qui ressemble bien fort à celle que nous connaissons.

Les livres ayant connu un succès mondial, il était à peu près logique que le premier tome, intitulé en français Les Royaumes du Nord, soit adapté au cinéma : ça a donné La Boussole d’Or, avec des acteurs aussi prestigieux que Daniel Craig et Nicole Kidman. Et c’était désespérément raté. Vous imaginez sortir, aux États-Unis, un film pour enfants où l’enjeu principal est de tuer Dieu et de se libérer du joug de l’Église ? Non ? Eh bien les producteurs non plus. Ils ont transformé la saga subtile et complexe en une bouillasse bien digeste, mais insipide, surfant sur le succès de Narnia et se concentrant sur l’intrépidité de Lyra et de son daemon en occultant les messages plus profonds.

Résultat, le succès ne fut pas au rendez-vous et la suite ne vit jamais le jour. Pas grave, vu ce qu’ils en ont fait, mais dommage qu’une histoire avec un tel potentiel (notamment au niveau visuel) soit condamnée à ne jamais être adaptée en film – ou en tout cas, pas tout de suite. Moi, je veux suivre les aventures épiques de Lyra, je veux la voir embarquer dans un zeppelin et lutter contre les méchants, je veux aller de dimension en dimension pour découvrir des mondes inconnus, je veux rencontrer Will Parry, le nouvel ami de l’héroïne, bref, je voudrais voir une VRAIE adaptation filmique d’À la Croisée des Mondes. Tape des mains si t’es d’accord.

Les Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire

Les Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire, c’est une saga jeunesse pas vraiment comme les autres. Au fil des treize romans, on suit le parcours, semé de mille embûches, de Klaus, Violette et Prunille, orphelins après que leurs parents ont péri dans l’incendie de leur maison. Ils sont confiés à leur oncle, le lugubre comte Olaf, comprennent bien vite qu’il n’est intéressé que par leur héritage – qu’il peut acquérir à la petite condition qu’ils soient morts – et s’enfuient. Le comte les traquera au fil des treize tomes, alors qu’ils iront de tuteur en tuteur dans l’espoir de lui échapper, mais aussi et surtout de trouver enfin une vie agréable. En filigrane, on se rend compte que l’incendie ayant tué leurs parents n’était peut-être pas si accidentel que ça, et que l’auteur de la saga, le mystérieux Lemony Snicket, pourrait bien avoir un rôle à jouer dans l’histoire qu’il rédige…

Les Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire réussit à combiner une histoire passionnante et un vrai plaisir à la lecture. Si on peut parfois déplorer que les livres « jeunesse » n’aillent pas beaucoup plus loin que sujet-verbe-complément, Lemony Snicket s’amuse avec la langue, et la traduction respecte autant que possible ses figures de style, ses jeux de mots… Pour mieux exprimer la sensation de déjà-vu qui frappe un des personnages, l’auteur n’hésite pas à copier la même page trois ou quatre fois, par exemple. On a vraiment une saga littéraire complexe, qui se lit sur plusieurs niveaux et n’est pas du tout réservée aux 10-15 ans.

Là encore, succès oblige, l’adaptation ciné est sortie en 2004 (ça nous rajeunit pas), avec Jim Carrey en tête d’affiche, dans la peau du comte Olaf. Le scénario mêlait plusieurs tomes de la saga, mais c’était bien trop brouillon, le tragique laissait la place aux blagues potaches et les trois orphelins semblaient parfois être de simples figurants tant l’accent était mis sur Jim Carrey. Résultat, une adaptation pas vraiment réussie, et comme pour À la Croisée des Mondes, pas de suite en vue. Personnellement, j’exige une série télé histoire d’avoir le temps de se pencher sur chaque tuteur et de dérouler proprement l’intrigue jusqu’au dénouement. Je veux et j’ordonne.

Wanted

Wanted est un génial comics par le célèbre Mark Millar (le petit génie à l’origine de Kick-Ass, notamment). On y découvre Wesley Gibson, employé de bureau, hypocondriaque, cocu, lassé, victime de la vie, de sa boss et de son meilleur pote (qui se tape sa copine), un loser aigri qui n’attend plus rien de son existence. Jusqu’au jour où il apprend que son père, récemment décédé, était à la tête d’une société de super-vilains et qu’il est temps pour lui de reprendre le flambeau. Adieu, quotidien médiocre et brimades incessantes : Wesley fait un gros bras d’honneur à sa vie pourrie et devient un super-méchant.

Wanted est un comics violent, mais où le sang et le gore sont un moyen de faire passer un message. Wesley, en brisant le « quatrième mur », alpague le lecteur, le prend à parti, le provoque – lecteur probablement coincé dans un quotidien aussi monotone que celui du héros avant qu’il ne devienne « The Killer ». C’est une vraie réflexion sur la société du spectacle, sur la paresse intellectuelle et physique, ainsi qu’une oeuvre « méta » puisqu’elle fourmille de clins d’oeils à d’autres univers de super-héros, comme s’ils existaient réellement, mais qu’ils étaient invisibles à nos yeux engourdis.

Vous avez probablement vu passer le film Wanted : choisis ton destin, sorti en 2008, avec James McAvoy et Angelina Jolie en têtes d’affiches. Le héros porte le même nom, la trame de départ est la même, mais ensuite, euh… quel est le fuck ? Les super-vilains deviennent une confrérie de tueurs à gage (et perdent donc mille points de coolitude) qui peuvent faire prendre des virages à leurs balles (oui, oui), se plongent dans de la cire pour guérir leurs blessures (…non, rien) et décident qui ils vont tuer grâce à un métier à tisser millénaire qui leur désigne les prochaines victimes. On passe d’un comics coup de poing à un film kitschissime avec du bullet-time à foison, la moue d’Angelina Jolie et Morgan Freeman en chef des méchants. Bon.

Ça

Vous remarquez que j’ai pas mis le clown. Je suis gentille, hein ?

Faut-il encore présenter Ça ? Dans ce best-seller absolument terrifiant, Stephen King met en scène une bande de gamins vivant à Derry, terrorisés par une entité maléfique apparaissant le plus souvent sous la forme d’un clown appelé Grippe-Sou. Il capture les enfants et se nourrit ensuite de leur peur. Devenus adultes, les sept compagnons reviennent à Derry, malgré leur traumatisme, pour lutter contre Grippe-Sou et tenter de le vaincre définitivement.

Ça est un chef-d’oeuvre de l’horreur, qui a traumatisé des générations entières de lecteurs et est probablement responsable de la moitié des cas de coulrophobie (non, ne clique pas sur ce lien si tu es coulrophobe) recensés dans le monde. Il a été adapté en un double téléfilm en 1990 ; un bel effort pour un résultat très kitsch, qui a mal vieilli, et dont le seul point fort (mais il est de taille) est le clown, absolument terrifiant, et interprété par le talentueux Tim Curry. En dehors de ça, le manque de budget et l’édulcoration volontaire de certains aspects « choquants » du livre (concernant notamment la sexualité) en font une oeuvre périssable et périmée.

Je sais, je sais, je me tiens au courant : en effet, la Warner a annoncé un remake de Ça, alors pourquoi je râle puisque ça va être fait ? Parce que je ne suis pas sûre de ce que ça va donner. Le réalisateur, Cary Fukunaga, n’a que deux longs-métrages à son actif : Sin Nombre, un thriller, et Jane Eyre. Pas vraiment un habitué du genre, quoi. Saura-t-il trouver un Grippe-Sou aussi bon que Tim Curry ? Adapter la fin, très ésotérique, du livre sans la dénaturer ni ennuyer le public ? Faire un premier film assez bon pour que le second ne soit pas annulé, puisqu’il a été annoncé que l’adaptation serait un diptyque ? Je vous l’avoue, je doute. Je veux y croire, mais je doute.

Je suis une légende

Je suis une légende est un roman de science-fiction écrit par Richard Matheson en 1954. Il conte l’histoire de Robert Neville, le dernier homme sur Terre, après que le reste de l’humanité a été contaminée par une bactérie (contre laquelle lui-même est immunisé) transformant les humains en être décharnés, assez proches des vampires (ils ne supportent pas la lumière du soleil, notamment). Robert vit retranché dans sa maison, qu’il a fortifiée avec des planches, ne sort que le jour et n’a pas vraiment de raison de vivre ; il passe ses journées à se soûler et à ressasser la mort de ses proches. S’il est « une légende », c’est parce que dans un monde où l’humanité a radicalement changé, le dernier humain « normal » est aussi fantastique et inimaginable que le sont les vampires de nos jours, et ce sont les monstres qui finissent par le voir comme une abomination contre-nature.

Dans le blockbuster Je suis une légende, des changements plus ou moins importants ont été appliqués. La personnalité du héros a été grandement modifiée : Robert Neville est un scientifique de génie, a un chien (a priori on s’en fout, mais c’est un arc émotif important dans le film), est en bien meilleure condition physique et psychologique que le personnage du livre et essaie chaque jour de rentrer en contact avec d’hypothétiques survivants. Mais surtout, la fin a été totalement changée et le message originel du livre, ainsi que la signification de son titre, a été perdu pour un dénouement plus hollywoodien qui ne fait pas du tout le même effet au spectateur.

Je sais bien que les producteurs font la loi à Hollywood et qu’il n’est pas facile d’échapper à la sacro-sainte happy end, mais c’est quand même dérangeant de voir un roman aussi culte, avec un vrai message, aussi dénaturé dans un film visionné par des millions de personnes à travers le monde. Lançons ensemble la pétition pour la fin des dénouements changés qui ne servent à rien et acceptons que parfois, ça ne se finit pas bien. Parce que la vie, c’est comme ça, voilà. (Remarquez l’argumentaire développé.)

Et vous, quels adaptations de livres vous ont piqué les yeux, tellement elles s’éloignaient de l’oeuvre d’origine ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Blade Swimmer
    Blade Swimmer, Le 13 septembre 2015 à 12h56

    PERCY JACKSON bordel de zboub :scream:
    Comment on peut faire ça à un auteur ? Ils ont tout massacré :crying:
    Meme le truc le plus basique du style les tshirts orange de la colonie (ça aurait couté moins cher pour le budget costume au passage) ont pas été gardés :crying:

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