Sept auteurs pour découvrir la littérature russe

La littérature russe, très vaste, très riche, peut ressembler à une nébuleuse un peu aride. Par où commencer ? LadyDandy vous présente sept auteurs pour vous initier à ces oeuvres si particulières !

Sept auteurs pour découvrir la littérature russe

La seule et unique raison pour laquelle je m’agrippe les poings serrés à cette langue ardue qu’est le russe et que je peux à peine baragouiner (en patois), c’est la culture… Et dans la culture, mieux encore : la littérature !

Car les Russes ont eu — et ont toujours — d’excellents (voire génialissimes) écrivains. Petite sélection pour basculer doucement (mais sûrement) du côté russe de la force en se focalisant sur la prose ! Oooh da !

Tourgueniev : ambiance champêtre et choc des cultures

Pour commencer, un brin de Tourgueniev, qui est vraiment facile à lire… quand il ne se disperse pas en de loooongues digressions sur la verdure et la lumière qui perce la voûte des feuillages et les vaches qui meuglent et les chiens qui sourient et oh ! Un grillon sur ce brin d’herbe ! Certes, certain-e-s aiment le bucolique… mais quand ça prend 20 pages de nouvelle sur 21, je dis non.

Je recommande donc avant tout Premier Amour et Pères et Fils : les deux traitent d’un choc générationnel, dans le premier cas autour d’une fascination amoureuse, dans le second, qui est mon préféré, à partir du choc des valeurs entre des hommes de trop, dandy inutiles et romantiques, et les jeunes nihilistes à l’énergie débordante et à la foi positiviste.

Bazarov, le héros de Pères et Fils, est un personnage extraordinaire et fascinant, un nihiliste convaincu qui finit comme un héros de roman. À lire !

Tolstoï : grandeur et spiritualité

On enchaîne avec Tolstoï qu’on ne présente plus. J’ai commencé avec quelques nouvelles plutôt déprimantes mais ce qui m’a véritablement soulevée, ce sont évidemment ses gros romans et en particulier Anna Karénine.

Ce qu’on en retient : des histoires de bals et d’adultères, de belles robes et de longs regards… Merci le cinéma ! Mais ce qu’on trouve surtout dans Anna Karénine, c’est une recherche spirituelle fascinante qui peut encore questionner et le portrait terriblement humain d’une femme en mal d’absolu et qui finit dévorée par sa propre insatisfaction. C’est long mais c’est beau !

Tchekhov : théâtre et nouvelles

Continuons avec Tchekhov dont les pièces sont excellentes et beaucoup jouées mais qui a surtout eu une intense productivité en matière de nouvelles. Je pourrai vous conseiller de toutes les lire (tout est bon dans le Tchekhov) mais on peut peut-être essayer de se limiter à mes préférées : Le Duel, Ma vie et La fiancée (ou La promise).

Le premier est une novella (donc plus long qu’une nouvelle) et traite de l’opposition entre un nihiliste (devenu dépassé) et un zoologue darwiniste, précurseur des valeurs absolutistes des régimes à venir. À noter qu’il existe deux très belles adaptations de cette nouvelle, une russe et une américaine (c’est marrant de comparer les différences de vision).

http://www.youtube.com/watch?v=JtxSetlsABE

http://www.youtube.com/watch?v=8pbVbaMgDOk

Ma vie est le récit à la première personne d’un jeune homme de noble origine qui désire un travail physique au lieu de la place au bureau qui lui serait plus appropriée. Il rompt alors avec sa famille et commence une vie d’ouvrier. À la fois absurde et admirable, sa vie monotone mais néanmoins peu ordinaire s’avère véritablement fascinante.

Enfin, ma nouvelle préférée, La fiancée, est la dernière que Tchekhov ait écrit. Cette nouvelle relate l’émancipation d’une jeune fille qui abandonne son parcours tout tracé d’épouse campagnarde pour aller étudier. Très court, ce texte demeure néanmoins marquant.

Nadejda Dourova, guerrière exceptionnelle

Parlons de la très méconnue dans nos contrées mais non moins extraordinaire Nadejda Dourova qui a rédigé (sur le conseil de Pouchkine, excusez du peu) ses mémoires traduites en français sous le titre Cavalière du Tsar.

Au début du XIXème siècle, cette véritable Jeanne d’Arc à la Russe s’est travestie et a entamé une carrière héroïque dans l’armée. Extraordinaire cavalière et plusieurs fois décorée, elle a combattu dans l’armée russe contre Napoléon et avec l’approbation du tsar en personne.

Dans ses mémoires, elle dévoile un portrait pudique (elle n’évoque jamais son mariage ni son enfant) mais très enthousiasmant. Regrettant l’enfermement réservé à son sexe, elle fait l’éloge de la vie militaire, des voyages et des paysages traversés sans nous en épargner les duretés. C’est facile à lire et extrêmement intéressant et distrayant !

Sophie Kovalevskaïa, mathématicienne et romancière

Sophie Kovalevskaïa, soeur de la féministe révolutionnaire Anne Jaclard (a participé à la Commune de Paris, amie de Karl Marx, fiancée momentanément à Dostoïevski…) est une grande mathématicienne reconnue (première femme docteur en Allemagne, professeur à l’Université de Stokholm, le théorème de Cauchy-Kovalevskaïa…), mais également l’auteur du roman inachevé Une Nihiliste.

Elle y fait le récit de la vie d’une aristocrate dont la famille s’est vue ruinée à l’abolition du servage et qui cherche désespérément à se rendre utile à « la cause nihiliste », sans savoir comment. Ce roman fait le portrait sans concessions d’une jeune femme désorientée, secouée par les troubles de l’histoire et en quête d’idéal. Ce genre de thème ne vieillit pas !

Dostoïevski : la beauté du désespoir

Dostoïevski est peut-être le plus dur à aborder de cette sélection, il a vraiment une écriture particulière et un univers assez glauque où le tragique et le grotesque se mêlent en un ballet grimaçant.

Néanmoins, je ne peux pas ne pas recommander L’Idiot, l’histoire d’un prince bon et généreux dont la candeur et la franchise sont prises pour de la bêtise dans la société vaniteuse de l’aristocratie russe. C’est fin, angoissant, haletant… À ne pas manquer.

Andreï Kourkov, le soviétisme croqué sans concessions

Je termine avec un auteur contemporain ukrainien (mais qui écrit en Russe) : Andreï Kourkov. Aujourd’hui établi à Londres, il longtemps vécu à Kiev et a été le témoin direct des absurdités du régime soviétique qu’il dépeint avec un humour noir féroce sans jamais perdre de sa douceur et de sa tendresse pour les personnages principaux.

Parmi ses romans, je recommande chaudement Le pingouin et Les pingouins n’ont jamais froid, véritables épopées absurdes, entre hommes d’affaires véreux, rescapés de guerre, nécrologie à rédiger en avance et au milieu de tout ça, un homme et son pingouin qui peinent à trouver leur place dans ce monde dégénéré.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Illusions
    Illusions, Le 16 novembre 2013 à 13h26

    Je suis fan de littérature russe <3.
    J'aime beaucoup Nina Berberova,Gogol en plus des auteurs cités.
    Sinon il y a aussi Ludmila Outliskaïa  que je dois lire !

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