Introduction à la littérature grecque

Aujourd'hui, mes canaris, j'ai décidé de causer un brin littérature grecque avec vous. Vous voulez briller dans les cocktails autant qu'une veste Paco Rabanne ? Comprendre l'histoire la société la politique l'amour la vie la mort et la blague du poulet qui traverse la route? Vous plonger dans des délices vertigineuses de masturbation intellectuelle ? Rien ne vaut la littérature grecque.

Introduction à la littérature grecque

Toutefois, mes lapins, avant de se (ré)attaquer aux délices masturbatoires suscités, causons un peu traduction. Si il y a ici des lapins parfaitement hellénistes qui lisent le grec ancien avec autant de facilité que l’édito de Closer, je m’incline profondément et respectueusement devant vous. Pour les autres que j’aime quand même, voici deux conseils repères pour une traduction agréable à lire.

– Les collections. On trouve souvent les classiques grecs chez Les Belles Lettres ou la Pléiade, ouvrages ô combien décoratifs si il en est, mais pas vraiment faciles d’accès. Sachez que les éditeurs type Poche proposent souvent des traductions de qualité, avec des notes de bas de page en bas de la page (et pas 354 pages après la note) pour moins de dix euros. Jetez vous dessus.
– Les références du traducteur (et ce qui va avec, la date de la traduction). Traduire les textes anciens était plus ou moins l’équivalent de Farmville pour les Humanistes et certains Romantiques. Vous risquez donc de tomber sur des versions assez anciennes qui ne facilitent pas l’accès aux textes. Souvent, les traductions établies par des enseignants contemporains sont les plus agréables à lire (visée pédagogique, plaisir de lire toussa quoi).

 Aux origines du monde

«Voulant traiter de l’art poétique en lui-même, de ses genres divers et des effets de chacun d’eux,(…) on suivra le mouvement de la nature en commençant par le commencement. » disait Aristote qui n’était pas la moitié d’une nouille.

Au commencement donc, on peut trouver chez les grecs pas mal de récits cosmogoniques qui expliquent le pourquoi du monde et des Dieux. Haut en couleurs, riches en rebondissements, en détails scabreux et en coups de p***, les récits mythologiques grecs c’est du fun en barre ou pas loin.

Le premier des mythographes fut Hésiode (VIIIème av JC). Mais sa Théogonie, aussi fascinante soit-elle, consiste surtout en une looongue liste de descendances divines et d’épisodes de batailles à la chronologie espiègle. Je conseille donc plutôt la Bibliothèque du pseudo-Apollodore (IIème av JV). Organisée autour des aventures de personnages précis, cette vaste compilation permet de se familiariser avec la bande à Zeus sans prise de notes ni de tête. Dans un coffret de trois livres + un épitomé gratuit, l’intégrale de toutes les saisons de la mythologie grecque.

Disponible en ligne entièrement et pour peanuts ici: la traduction d’Ugo Bratelli

Homère, l’Iliade vs l’Odyssée

Et maintenant mes chatons, on s’attaque à la superstar des superstars, l’incontournable et indémodable scénariste de Troie, Homère. On attribue à Homère les deux best-sellers que sont l’Iliade et l’Odyssée. Sachez d’ailleurs qu’on demandait aux petits grecs du IVème siècle de connaître les deux poèmes. Par cœur. Environ 24 000 vers. Alors contemporains, on dit merci Jacques Prévert.

L’Iliade est le premier poème de la paire, et narre un épisode de la guerre de Troie pas vraiment rigolo, « du Pèlèiade Akhilleus la colère désastreuse, qui de maux infinis accabla les Akhaiens, et précipita chez Aidès tant de fortes âmes de héros, livrés eux-mêmes en pâture aux chiens et à tous les oiseaux carnassiers ». (Chant I, v1, trad Leconte de Lisle). Longue succession de noms de héros, d’adjectifs exaltés, de descriptions de boucliers et de duels sauvages, l’Iliade est un texte difficile.

L’avantage : un tas de bons plans lèche-bottes. Grâce à l’Iliade, passez de «Hey Martin, cool tes cheveux» à « Salut à toi, divin Martin aimé de Zeus aux cheveux noirs comme une rivière la nuit ». Un exemple différent toutes les deux lignes garanti.
Plus court, plus varié, avec plus d’action et de morceaux de fruits dedans, l’Odyssée raconte les voyages d’Ulysse et de son fils Télémaque. Ulysse cherche à rentrer chez lui, Télémaque cherche son papa. Épopée initiatique et merveilleuse Harry Potter tu peux pas test, l’Odyssée est le Coup de cœur des 27 derniers siècles.
A lire ici dans une bonne traduction et un concept de lecture innovant.

Quelques mots de philo (pas trop)

Mes souris vertes, peut être comme moi vous avez tendance à dégainer votre intégrale de SouthPark sitôt que vous entendez le mot philosophie. Mais vous aimeriez quand même comprendre quelques uns des grands principes qui ont modelé notre société ? Attaquez vous maintenant au Platon de résistance. Pourquoi Tonton Platon alors qu’il y a plus de philosophes et de doctrines en Grèce Classique que de mégalos sur Twitter? Parce que Platon a transcrit la pensée de Socrate, qui a été sans aucun doute le plus influent de la bande. Parce que Platon a bidouillé le tout dans des dialogues et des mythes, avec des vannes et des métaphores, ce qui le rend plus facile à lire. Pour une idée globale, je vous conseille Les Mythes de Platon, sélection de Jean-François Pradeau, chez Flammarion, qui vous propose les grands thèmes de la philosophie grecque en forme «un soir une histoire». Pour faire passer la pilule maïeutique (POUARF).

Et pour se remettre, un coup d’art du bonheur avec Épicure, dont la philosophie physique et morale a été compilée dans le très accessible Lettres, Maximes, Sentences, traduit par Jean François Balaudé, chez Le livre de poche.

Au théâtre il y a 4000 ans

Passons maintenant, mes hérissons, à la tragédie grecque, ou on trouve de l’honneur de l’amour de la fatalité des larmes du sang des cris des hurlements de la vengeance de la guerre du sacrifice de la famille. Pour les plus simples. Le principe est clair, c’est triste et horrible, à mi chemin entre Braindead et la Liste de Schindler. Et comme on n’avait pas de filtre sépia ni de ketchup à l’époque, dans les tragédies grecques, ça chante et ça déclame. L’action est donc souvent interrompue par le choeur (ou le chef du choeur, le Coryphée) afin d’en rajouter dans le terrifiant et le lacrymal. A la lecture, c’est évidemment moins efficace.

Dans les ultra classiques, le cycle de l’Orestie d’Eschyle (VI ème av JC) est un must-read. Après la guerre de Troie, le roi Agamemnon est assassiné par sa femme et son amant. Ils sont ensuite eux même assassinés par le fils d’Agamemnon Oreste. Qui, puisqu’il a tué sa mère (sur le conseil de sa sœur), est poursuivi par les dieux de la vengeance. Qu’est-ce qu’on rigole.

L’Orestie est organisé en trois pièces (Agamemnon, Les Choéphores, Les Euménides) qui se lisent assez facilement malgré de longs passages déclamatoires.
L’Orestie, traduite et présentée par Daniel Loayza, chez Garnier Flammarion.

Autre saga, autre famille, autre dramaturge, découvrez l’épouvantable épopée d’Oedipe et de sa descendance. Sophocle, ce boute-en-train, nous présente en trois pièces (Oedipe Roi, Oedipe à Colonne et Antigone) comment Oedipe découvre qu’il a couché avec sa mère, laquelle se suicide, déclenche la guerre civile au beau milieu d’une crise de peste, ce qui conduit sa fille et son frère à s’entretuer. Joie et primevères.

Les trois (plus quelques bonus), chez Folio Classique, traduites par Pierre Vidal-Naquet.

Et maintenant, mes ornithorynques, rigolons. Parce que sous la toge se cachait une sacrée bandes de joyeux lurons, et qu’on l’oublie trop souvent. Il faut dire aussi que peu de comédies sont parvenues jusqu’à nous. Les plus fameuses sont celles d’Aristophane, sorte de Christophe Alévêque en toge qui prend un malin plaisir à dézinguer ses contemporains à coup de satires sociales et de pamphlets politiques. Malheureusement, les jeux de mots du sémillant Totophe sont assez intraduisibles. De plus le contexte politique joue une grande part dans le comique de ses pièces. Mais, si vous tenez à découvrir l’essence même du LOL à la grec, je vous recommande les très savoureuses traductions de Victor Henry Debidour dont déjà le nom est rigolo:

« Vaut-il pas mieux, dis, bon drille, bon drille, mille fois mieux surprendre en sa maraude quelque tendron son fagot sur l’épaule à son retour de la garrigue ? – et puis la ceinturer, soulever, culbuter, hop ! et la dénoyauter ! Bois avec nous, bon drille, dis, bon drille ! Le bouclier, on va le pendre au clou ! » (Les Acharniens)
La Paix, Les Oiseaux, Les Grenouilles, ou encore l’Assemblée des femmes sont des perles de satires grivoises et sociales dignes de Rabelais ou Desproges. Difficiles à trouver une par une, Folio Classiques propose toutefois une édition poche traduite et commentée par Debidour de l’intégrale du théâtre d’Aristophane (en deux tomes).

Tout en vous embrassant bien fort, je ne résiste pas au plaisir de vous laisser en compagnie de l’ébouriffant Jacques Offenbach qui réécrit en musique l’histoire d’Hélène de Troie. Interprété par le génial Max Emmanuel Cencic, tzing la la.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Balkis
    Balkis, Le 4 août 2014 à 16h19

    Je remonte cet article, mais c'est parce que je l'adore! <3
    Il est super inspirant. Du coup j'ai acheté le tome 1 du théâtre complet d'Aristophane et les pièces d'Eschyle. :free:

    Je suis dans une période éminemment antique, plutôt hellénique. J'ai hâte de commencer tout ça.
    (J'ai aussi des pièces d'Euripide, les Bacchantes me tente particulièrement.)

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