« Le Fou et l’Assassin », ou le retour de « L’Assassin Royal » — 50 exemplaires à gagner !

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« Le Fou et l’Assassin », ou le retour de « L’Assassin Royal » — 50 exemplaires à gagner !

Aujourd’hui, madmoiZelle offre la possibilité à 50 lectrices de remporter le dernier livre de Robin Hobb, le très attendu Le Fou et l’Assassin. Et comme on aime bien nos lectrices (sisi), on vous propose d’en lire les cinq premières pages ci-dessous… Alors, heureuses ?

Le fou et l'assassin_affiche

PROLOGUE

Ma chère dame Fennis,

Nous sommes amies depuis trop longtemps pour que j’use de circonlocutions. Comme vous l’avez supposé avec tant de délicatesse, j’ai en effet reçu une nouvelle qui m’accable ; mon beau-fils, le prince Chevalerie, est un rustre, je le sais bien, et la confirmation publique vient d’en être donnée par la révélation de l’existence d’un petit bâtard qu’il a eu d’une putain des Montagnes.

Le scandale aurait pu être étouffé si son frère, le prince Vérité, doué de l’intelligence d’une pierre, avait pris des mesures rapides et fermes pour éliminer l’objet de la honte ; au lieu de cela, il a annoncé la chose sans aucune discrétion par un message expédié à mon époux.

Et que fait mon seigneur face à cette ignominie ? Eh bien, non seulement il exige qu’on amène le bâtard à Castelcerf, mais il accorde à Chevalerie le titre de Flétrybois et l’envoie là-bas se faire oublier en compagnie de son épouse stérile et malgracieuse. Flétrybois ! Une magnifique propriété que tous mes amis seraient ravis d’occuper, et il en fait cadeau à son fils pour avoir engendré un champi avec une roturière de l’étranger ! Et le roi Subtil ne voit rien de révoltant à ce que le petit Montagnard sauvage en question s’en vienne ici, au château de Castelcerf, au vu et au su de tous les membres de ma cour !

Enfin, ultime insulte faite à moi et à mon fils, il a décrété que le prince Vérité porterait désormais le titre de roi-servant et d’héritier présumé du trône. Quand Chevalerie a eu la décence, devant le scandale, de renoncer à ses prétentions à la couronne, je me suis secrètement réjouie, croyant que Royal serait aussitôt reconnu comme le prochain souverain ; certes, il est plus jeune que ses demi-frères, mais on ne peut contester qu’il est de meilleure lignée qu’eux et que son maintien est aussi noble que son nom.

En vérité, je suis anéantie, tout comme mon fils Royal. Quand j’ai sacrifié mon propre règne et tous mes titres pour devenir la reine de Subtil, il était évident pour moi que les enfants que je porterais seraient considérés comme d’un lignage bien supérieur à celui des deux gamins étourdis que sa précédente épouse lui avait donnés, et qu’ils monteraient sur le trône à sa suite. Mais reconnaît-il avoir commis une erreur en désignant Chevalerie comme son successeur ? Non : il se contente de l’écarter pour instaurer son balourd de cadet comme roi-servant. Vérité ! Vérité, avec la massivité, le mufle carré et la grâce d’un bœuf !

C’en est trop, ma chère ; je ne puis le supporter. Si ce n’était que de moi, je quitterais la cour, mais alors Royal se retrouverait sans personne pour le défendre.

Lettre de la reine Désir à dame Fennis de Labour

Enfant, je la détestais. Je me rappelle le jour où je découvris cette missive, inachevée et jamais envoyée ; à sa lecture, j’eus la confirmation que la reine, à laquelle je n’avais jamais été officiellement présenté, m’avait honni dès l’instant où elle avait appris mon existence. Je lui rendis aussitôt la pareille. Je ne demandai jamais à Umbre où il avait déniché cette lettre ; bâtard lui-même et demi-frère du roi Subtil, il avait toujours agi au mieux des intérêts du trône Loinvoyant, et ce sans la moindre hésitation. Peut-être avait-il volé ce brouillon dans le bureau de la reine Désir; peut-être voulait-il donner l’impression que la reine refusait de répondre à dame Fennis et la dédaignait ? Est-ce important aujourd’hui ? Je l’ignore, car je ne sais pas quel résultat mon vieux mentor obtint par ce vol. Umbre servait son roi de façon implacable par l’assassinat, l’espionnage et la manipulation au château de Castelcerf, et il m’enseigna à l’imiter ; il me dit un jour qu’un bâtard royal n’est en sécurité dans une cour que tant qu’il reste utile – et, dans le cas d’Umbre, quasiment invisible. Des années, il passa le plus clair de son temps dans le dédale de couloirs et de passages secrets dissimulé dans les murs du château de Castelcerf. D’apparence, j’étais simplement un enfant né du mauvais côté des draps, à qui l’on tournait le dos ou que l’on insultait, et qui naviguait sur les eaux dangereuses de la politique du château ; mais le roi Subtil et moi-même savions que j’étais protégé par la main du souverain et de son assassin. Tant que je leur obéissais, je n’avais rien à craindre.

Pourtant, je me demande parfois si c’est par accident que j’ai trouvé la lettre de la reine Désir à dame Fennis ou si la révélation qu’elle m’a value avait été voulue par Umbre. C’était mon mentor à l’époque, et il m’enseignait les arts du métier d’assassin ; toutefois, il ne m’inculquait pas seulement la science des poisons, de la dague et du subterfuge, mais aussi ce que doit savoir un bâtard d’ascendance royale pour assurer sa survie. Cherchait-il à me mettre en garde, ou bien voulait-il m’apprendre à haïr afin d’assurer son emprise sur moi ? Même ces questions me viennent trop tard.

Au cours des années, j’ai vu la reine Désir sous bien des aspects. Elle a tout d’abord été l’horrible marâtre qui détestait mon père et me détestait plus encore, celle qui avait eu le pouvoir d’arracher la couronne à l’héritier désigné et de me condamner à une existence où même mon nom affichait ma bâtardise. Je me rappelle une époque où la seule éventualité qu’elle me vît m’emplissait de crainte.

Longtemps après mon arrivée à Castelcerf, mon père fut assassiné à Flétrybois, et elle fut sans doute l’instigatrice de ce meurtre, sans qu’Umbre ni moi pussions rien y faire ni réclamer justice. Je me souviens de m’être demandé alors si le roi Subtil ne savait rien ou bien s’il se désintéressait de la question ; en tout cas, je compris avec une absolue certitude que, si la reine Désir souhaitait ma mort, elle pourrait l’obtenir ; dans ce cas, Umbre me protégerait-il ou bien s’inclinerait-il devant son devoir et laisserait-il le forfait s’accomplir ? Quelles questions pour un enfant !

Pour moi, Flétrybois était une idée, un lieu âpre de bannissement et d’humiliation. Quand, enfant, je vivais à Castelcerf, on m’avait dit que c’était là que mon père était parti se cacher de la honte que j’incarnais ; il avait renoncé au trône et à la couronne, il s’était incliné devant la douleur et la colère de sa légitime épouse, Patience, il avait présenté ses excuses au roi et à la cour pour son manquement à la vertu et au discernement, et il avait fui le bâtard qu’il avait engendré.

Du coup, d’après les seules résidences que j’eusse connues jusque-là, j’imaginais la propriété comme une construction fortifiée au sommet d’une hauteur, semblable à la forteresse ceinte de palissades d’Œil-de-Lune, dans le royaume des Montagnes, ou aux murailles à pic du château de Castelcerf, perché sur ses falaises noires et sinistres qui dominaient la mer. Je voyais mon père, sombre et seul dans une salle de pierre glacée aux murs ornés d’oriflammes et d’armes anciennes ; je me représentais des champs pierreux qui donnaient sur des marais gris de brume.

Je devais découvrir plus tard que Flétrybois était alors une demeure majestueuse, vaste et confortable, bâtie dans une large vallée fertile. Ses murs étaient, non de pierre, mais de chêne doré et d’érable aux teintes profondes, et, si le sol des salles était pavé de dalles plates tirées des rivières, les cloisons étaient en chaleureux panneaux de bois. Le doux soleil de la vallée agricole tombait en longues bandes sur le dallage par les hautes fenêtres étroites. L’allée qui menait à la porte d’entrée était large et bordée de grands bouleaux gracieux ; en automne, ils étendaient un tapis d’or sur la route, et, en hiver, chargés de neige, ils s’inclinaient sur elle pour former une tonnelle blanche lambrissée de trouées de ciel bleu.

Flétrybois n’était pas une forteresse de bannissement ni d’exil, mais une retraite indulgente pour mon père et son épouse stérile. Je pense que mon grand-père aimait son fils autant que sa belle-mère l’abhorrait, et le roi Subtil l’avait envoyé dans cette lointaine propriété pour le protéger ; il avait échoué, mais ce n’était pas son intention. Flétrybois devait être un refuge pour mon père.

Et, quand l’heure sonna pour moi de m’y rendre à mon tour avec celle que j’aimais, ses enfants pleins de vie et la femme qui avait toujours voulu être ma mère, la demeure devint pour nous pendant une période un havre de paix et de repos.

Le temps est un professeur cruel qui donne des leçons que nous apprenons beaucoup trop tard pour en avoir l’utilité ; je comprends certaines choses des années après qu’elles auraient pu me servir. Je repense aujourd’hui au « vieux » roi Subtil, et je le vois comme un homme aux prises avec une longue maladie débilitante qui le privait de son bien-être physique et de son acuité mentale ; pire encore, je vois la reine Désir telle qu’elle était : non comme une mégère acharnée à faire mon malheur, mais comme une mère pétrie d’un amour implacable pour son fils unique, résolue à n’accepter aucune offense à son encontre et prête à tout pour le mettre sur le trône.

Que n’aurais-je pas fait pour protéger ma petite fille ? Quel acte aurais-je jugé trop extrême ? Si je dis : « Je les aurais tous tués sans le moindre regret », cela fait-il de moi un monstre ?

Ou seulement un père ?

Mais ces questions, c’est rétrospectivement que je me les pose ; toutes ces leçons, je les ai apprises trop tard. Alors que j’étais encore jeune, je me sentais perclus de douleurs et de soupirs comme un vieux matelot tordu à force de manier la gaffe ; ah, quelle pitié je m’inspirais ! Comme je savais justifier les décisions irréfléchies que j’avais prises ! Et, quand vint le temps pour moi d’assumer le rôle du sage doyen de ma maisonnée, j’avais encore l’énergie d’un homme à peine mûr, j’étais encore soumis aux passions et aux instincts de mon corps, et je me reposais encore sur la vigueur de mon bras droit quand il eût été plus avisé de prendre le temps de la réflexion.

Des leçons apprises trop tard, des situations comprises avec des dizaines d’années de retard.

Et tant de choses perdues à cause de cela.

Jeu Concours

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Fin du jeu-concours le Mardi 18 Novembre à 23h59 !

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  • ThePooh
    ThePooh, Le 27 novembre 2014 à 14h31

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