Peut-on « laver » ses mauvaises actions pour se donner meilleure conscience ?

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Après une mauvaise action, laver ses mains pourrait permettre de « laver » sa conscience. Des chercheurs ont appelé ce phénomène l’effet Lady Macbeth.

Peut-on « laver » ses mauvaises actions pour se donner meilleure conscience ?

L’autre jour, après une épopée dans les tréfonds de YouTube (qui avait commencé par une recherche scientifique intitulée « coiffures estivales pour éviter les frisottis »), j’ai fini par enchaîner des vidéos de Christiane Taubira déclamant des poèmes.

Ciao mes préoccupations capillaires, la culture de notre ex-ministre de la Justice m’a convaincue : cet été, je lis des classiques et je me cultive.

Le rapport avec les articles psycho est un peu flou pour l’instant — mais tout s’enchaîne de manière logique, promis.

Pour commencer mon petit défi estival, donc, j’ai dégainé du Shakespeare et je me suis collée à Macbeth.

Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas l’intrigue, disons que c’est est une sorte de Game of Thrones shakespearien : un mec (le général Macbeth), bien poussé par sa dulcinée (Lady Macbeth), zigouille un roi pour prendre sa place.

Je vous passe les péripéties, mais le personnage de Lady Macbeth a une petite particularité : rongée par la culpabilité (elle fait des trucs peu bienveillants), elle enchaîne les crises de somnambulisme au cours desquelles elle se lave compulsivement les mains (elle est persuadée d’avoir les mains pleines de sang).

La symbolique est forte : on comprend qu’elle « lave » sa conscience.

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Se laver les mains pour laver sa conscience

Et vous savez quoi ? La psychologie s’est inspirée de la tragédie de Shakespeare : certain•es chercheur•ses suggèrent qu’en lavant nos mains (ou d’autres parties de nos corps), nous pourrions laver nos consciences.

Autrement dit, après un acte moralement répréhensible, ou une transgression, nous pourrions nous sentir sales… et le savon pourrait nous aider à retrouver notre « pureté morale » — c’est ce que ces scientifiques appellent l’effet Lady Macbeth !

Il y a une dizaine d’années, le chercheur Chen-Bo Zhong et la chercheuse Katie Liljenquist ont demandé à 170 volontaires de lire un texte :

  • Pour certain•es, le texte décrivait une action éthique (aider un ami),
  • Pour d’autres, le texte détaillait une action contraire à l’éthique (dire du mal d’un ami).

Le but réel de l’expérience était caché aux volontaires — à la fin de l’exercice, pour les remercier de leur participation, les chercheur•ses leur proposait de repartir avec un petit cadeau : au choix, une lingette ou un stylo.

Bonjour les mauvaises consciences : les volontaires qui avaient lu le texte détaillant l’action contraire à l’éthique ont opté plus souvent pour la lingette… Comme s’ils se sentaient un peu plus sales que les autres !

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La culpabilité peut pousser à faire de bonnes actions

L’effet ne s’arrête pas là – dans une autre expérience, la même équipe invite plusieurs volontaires à raconter un évènement de leur vie où ils ont commis une « mauvaise action ».

Après cet exercice de confession, on propose à certain•es de se laver les mains (à d’autres, on ne propose rien).

Ensuite, les scientifiques demandent aux volontaires s’ils seraient partants pour participer à une bonne action (en l’occurrence, donner un coup de pouce à un étudiant) : 41% de celles et ceux qui se sont lavés les mains acceptent d’aider l’étudiant… contre plus de deux tiers chez celles et ceux qui n’ont pas pu se laver les mains.

Autrement dit, le sentiment de culpabilité pourrait contribuer à la décision d’aider, ou non, l’étudiant — et le lavage de main pourrait permettre de diminuer notre sentiment de culpabilité…

Dans cette expérience, se savonner les mains pourrait nous aider à retrouver une conscience tranquille !

Pour les chercheur•ses, ces expériences suggèrent une association psychologique entre la propreté, l’hygiène physique et la « pureté » morale. Comme Lady Macbeth pendant ses crises de somnambulisme, nous aurions tendance à vouloir « laver nos péchés » !

Pour aller plus loin :

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Commentaires
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  • Gabelote
    Gabelote, Le 27 juin 2017 à 20h16

    @Justine_ : la forme ? je ne pensais pas être particulièrement brutale dans mes propos. Désolée si c'est le cas.
    Pour moi, quand on lit cet article on en retient "t'as vu, y'a un truc qui s'appelle le syndrome de MacBeth qui fait qu'on se sent moins coupable si on se lave les mains, c'est fort dis donc ! on arrive à transposer l'idée de propreté physique à la propreté morale !!" Alors que ce que les études disent c'est "certains chercheurs ont fait des expériences qui corroborent cette intuition d'un syndrome MacBeth, d'autre n'ont pas obtenu les mêmes résultats, et les expériences menées sont différentes les unes des autres, donc il est difficile d'affirmer que ce syndrome existe ou n'existe pas".
    Sans être plus technique et sans rentrer dans des détails complexes pour des non spécialistes, on peut dire : voilà l'étude initiale qui dit ceci, voici les difficultés qu'ont rencontré les autres études menées sans trouver de résultats semblables, et voici les différents types d'expériences qui ont été faites, voila en quoi elles sont ou non sont pas comparables. En conclusion : ce syndrome est intéressant, il existe, ou peut être pas, mais dans tous les cas, la réflexion sur ce sujet existe.

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