« Journal d’un Syrien » raconte, en animation, la vie quotidienne sous Daesh

La BBC 4 vient de mettre sur YouTube, une série animée : le journal intime d'un Syrien vivant sous Daesh.

« Journal d’un Syrien » raconte, en animation, la vie quotidienne sous Daesh

Le 15 mars dernier, la chaîne YouTube de la BBC 4 a posté une vidéo intitulée Life Inside ‘Islamic State’: Diary 1.

Plutôt que de décrire ce qu’est le quotidien des Syrien•es de Raqqa, la capitale du groupe terroriste État Islamique, la BBC a pris le parti de diffuser cette vidéo de 3 minutes sous la forme d’un dessin animé retraçant la vie d’un habitant de la ville, dont le parcours a été modifié (et qui est narré par un acteur) afin de le protéger des représailles.

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La traduction de la vidéo :

C’est vendredi, le jour où on avait l’habitude de se rassembler dans les rues pour discuter après les prières. Mais plus maintenant. Maintenant, quiconque se rassemble en public sans autorisation risque d’être accusé de comploter contre Daesh.

Alors que je passe près d’une foule dans un parc, je ne veux pas m’y joindre parce qu’ils sont peut-être forcés à regarder une décapitation. Mais Dieu merci, c’est seulement une flagellation cette fois. L’agresseur est l’un des leurs, on me dit que son crime est d’avoir pratiqué un acte homosexuel.

Demain, je retourne au travail. Une nouvelle semaine, avec un nouvel espoir d’être libéré. Mais je veux vous raconter comment l’État Islamique est entré pour la première fois dans ma ville bien-aimée.

Le jour de la Fête des Mères, un matin froid d’hiver, j’ai entendu la guerre arriver. J’ai immédiatement pris la route de la maison. Mes soeurs et moi avions prévu une petite fête. Alors que mon taxi s’en rapprochait, des nuages de fumée ont empli le ciel.

La guerre avait frappé notre ville. Il y avait des ambulances partout. Les gens couraient dans tous les sens, portant les morts et les blessé•es. Un de mes voisins m’a dit que l’un de mes parents était blessé et avait été emmené à l’hôpital.

Quand nous sommes arrivés là-bas, l’odeur de sang et de mort emplissait l’endroit. Ils nous ont demandé de regarder les corps allongés devant nous pour voir si mes parents étaient parmi eux. Il y avait mon père. Son corps était couvert d’éclats d’obus.

« Votre mère est à l’intérieur, on la soigne », m’a-t-on dit doucement, « mais n’entre pas pour l’instant ». Deux heures ont passé avant qu’un docteur ne sorte enfin. Je lui ai dit que j’étais son fils aîné.

— J’ai réussi à sauver sa vie, mais elle est très malade.

L’un de nos voisins, qui tient une boutique de fruits et légumes, a proposé d’aider. « À partir de maintenant », m’a-t-il dit, « tu peux travailler pour moi ». J’ai accepté sans conditions.

Quelques semaines plus tard, j’étais au magasin, quand j’ai entendu des coups de feu et des tirs d’armes lourdes dehors. Dans la rue, tout le monde courait. Mon ami a attrapé ma main et dit :

— Daesh a pris la ville ! 

Peu de temps après, un homme que je n’avais jamais vu avant m’a apostrophé : « Eh toi, fumer est interdit ». Un autre a crié : « Eh toi, pourquoi ta femme ne porte pas de burqa ? C’est interdit ! ».

J’ai entendu des mégaphones dans la rue, des voix disant qu’il y allait avoir des exécutions. Un groupe d’hommes, les yeux bandés et les mains menottées, se tenait devant un homme masqué.

Il commença à lire. Hassan, combattant avec les troupes du régime. Sa sentence : la décapitation. Aïssa, activiste dans les médias, accusée de parler avec des puissances étrangères. Sa sentence : la décapitation. Un homme avec une épée exécuta la sentence.

Alors que je marchais dans la rue en jurant à voix haute, un groupe de miliciens religieux de Daesh s’est précipité vers moi et m’a attrapé le bras. Ils m’ont emmené à leur QG. J’ai essayé de plaider ma cause, mais ça ne servait à rien.

— Vous étiez en train de jurer à voix haute, votre sentence : 40 coups de fouets.

D’autres épisodes de Journal d’un Syrien sont disponibles ici.

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