Isabeau de Bavière, reine calomniée — Raconte moi l’histoire…

Isabeau de Bavière, reine de France, était quelque peu poissarde. Calomnies, rumeurs, folie, consanguinité... La totale, quoi.

Isabeau de Bavière, reine calomniée — Raconte moi l’histoire…

Isabeau de Bavière, jolie petite Allemande (brune, de petite taille, au teint mat) (c’est pas une blague, sa mère est une Visconti, une Italienne), épouse en 1385, à 14 ans, le futur Charles VI et devient Reine de France. Le couple aura douze enfants (ça chôme pas dans le lit royal) mais seulement quatre atteindront l’âge adulte. Malheureusement pour Isabeau, le roi Charles VI a petit à petit perdu toute sa tête.

Le début de règne et de la folie

Le 22 août 1389, Isabeau est présentée aux Parisien-ne-s. Elle traverse la ville dans un somptueux carrosse, elle est acclamée par la foule.Porte de Saint Denis, deux enfants lui déposent une couronne sur la tête et chantent :

 « Dame éclose entre fleurs de lys, Reine, estes-vous de paradis ? De France et de tout le païs, Nous allons en paradis »

Le lendemain elle est sacrée Reine. Telle une miss France, elle aurait dit « snif, c’est le snif, plus beau, snif, jour de ma vie hihihi », mais on a aucune source sûre.

En 1392 naît le premier enfant du couple, et en plus c’est un garçon. Tout est beau, tout est rose. Le gosse est en bonne santé, pourvu que ça dure : c’est le Dauphin. Malheureusement, Charles VI n’est pas en excellente santé, lui. C’est sa première crise de folie, dans la forêt du Mans.

Alors qu’il somnolait dans un cortège, il est réveillé en sursaut et tue quatre personnes en hurlant au complot. Il en aurait abattu bien plus si on ne l’avait pas maîtrisé et attaché. Il tombe dans les pommes, on croit sa mort imminente, mais il se réveille au bout de deux jours. Son règne va être une succession de ce genre de crises.

Un jour, en écoutant Franck Ferrand sur Europe 1, sur l’autoroute entre Bordeaux et Toulouse, j’ai appris que c’était à cause de la consanguinité. Son père était le petit cousin de sa mère. Certain-e-s de ses frères et sœurs ont également connu des troubles conséquents de la personnalité ; d’autres avaient une santé fragile qui les a conduit-e-s à la mort en bas âge. La mortalité infantile était très importante à cette époque, et des parents cousins, ça n’arrange rien.

NB : le marquis de Sade, trois siècles plus tard, dans son ouvrage Histoire Secrète d’Isabelle de Bavière, Reine de France, prétend que la maladie du Roi progresse différemment, selon que sa femme ait quelques envies ou non de diriger le pays et de détourner de l’argent. Sade dit aussi qu’aucun des enfants de la Reine n’a pour père le Roi. Sade a beaucoup contribué à la réputation sulfureuse posthume d’Isabeau. Sade n’aimait pas beaucoup la Reine.

Le complot des régents

Le roi alterne entre lucidité et grosses crises de folie. Pendant ces dernières, c’est sa femme Isabeau qui assure la Régence avec le frère du Roi, Louis d’Orléans, et le duc de Bourgogne, Jean sans Peur. Il se trouve que les deux hommes se détestent. Genre pas qu’un peu : vous allez voir, à la fin de l’histoire il y en a un qui meurt et tout.

Louis d’Orléans est particulièrement haï car il crée souvent des impôts. Et les impôts, le peuple n’aime pas ça (les footballeurs non plus). Jean sans Peur en profite un peu pour faire en sorte que le peuple le déteste encore plus, lui et ses partisans font circuler des rumeurs.

« Bon les gars, plan A : on balance qu’il se sert du fric de la populace pour manger de la volaille à chaque repas. De temps en temps vous pouvez dire qu’il gaspille quelques légumes. Ils ont la dalle, ça va les rendre fous. »

Ça se répand comme de l’huile sur le feu ; la Reine est obligée de s’interposer. Gravissime erreur. Ça ne plaît pas à Jean sans Peur, qui va en rajouter. Encore.

« Bon les gars, on passe au plan B, Isa nous bloque le passage. On va raconter qu’elle couche avec Louis. Ça peut être que ça pour qu’elle prenne sans cesse sa défense. »

Ça ne sent pas bon pour la Reine.

« Tant qu’à faire, vous n’avez qu’à dire qu’ils dépensent l’argent ensemble, bijoux, robes, bals et autres sauteries, ils pourront pas vérifier t’façon »

Désormais, Isabeau est accusée par le peuple de délaisser enfants et mari pour se taper le frère de celui-ci. En quelques mois les Parisiens lui ont trouvé un p’tit surnom : « Isabeau la grande Gaure », autrement dit « Isabeau la grosse truie ». C’est pas joli-joli.

Une Reine désavouée

Le Roi, par ses crises incessantes, n’aide pas à donner un peu de crédibilité au couple royal. En 1393, lors d’un bal costumé, lui et quelques seigneurs sont déguisé en bêtes hirsutes ; pour cela, ils se sont enduits le corps de poix (c’est HAUTEMENT inflammable, on s’en servait pour faire des torches humaines chez les Romains). Et puis le duc d’Orléans s’approche avec une torche, pour mieux voir les costumes…

Le tout s’enflamme. Le Roi court partout dans la pièce, le feu au cul (mais pas seulement). Une dame l’enveloppe dans sa robe, pour éteindre les flammes. Plusieurs seigneurs sont morts. La Reine, pour éviter de devoir vivre ce moment, a préféré tomber dans les pommes. C’est le bal des ardents. Le Roi devient définitivement fou à ce moment-là.

En 1405, un prête ose interrompre la Reine pendant le sermon de l’ascension. C’est un peu comme huer un président le 11 novembre. C’est pas gentil. Deux ans plus tard, Louis d’Orléans est assassiné par les tueurs à gages du Duc de Bourgogne ; Isabeau veut faire poursuivre le coupable, ce qui sera mal vu. Pendant des années, elle ne fera qu’accroître son impopularité.

Enfin, en 1420 le Dauphin Charles (futur Charles VII)  est accusé de ne pas être le fils légitime du Roi. Ce qui remet en cause sa future couronne. 

« Plan C les mecs, c’est comme le plan B, mais on rajoute que le dauphin Charles est en fait le fils de son oncle. Enfin, le fils de Louis d’Orléans quoi, vous suivez ? »

Le couple signe le traité de Troyes qui déshérite leur fils au profit du Roi d’Angleterre (ne vous inquiétez pas, il récupérera le pouvoir le petit Charles). Si le Roi a pu signer sous le coup de la folie, la Reine Isabeau, elle, était bien consciente… Ensuite c’est plein d’embrouilles de la Guerre de Cent Ans, des Bourguignons et des Armagnacs que je vous raconterai peut-être une autre fois !

Finalement, Isabeau de Bavière connaît une très mauvaise réputation, accusée tantôt de détourner de l’argent, tantôt de coucher avec son beau-frère. Les historiens affirment, après avoir épluché les comptes de la Reine, qu’elle était « soucieuse de ses intérêts » voire même un peu grippe-sou. Mais aucune source probante n’indique qu’elle a piqué dans la caisse. Quant à sa relation avec Louis d’Orléans, seuls les textes bourguignons l’affirment.

Mauvaises intentions ou réalité ? D’aucuns disent qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Isabeau mourra dans l’indifférence la plus totale, en 1435, alors qu’elle n’est plus Reine depuis 1422.

Et c’est un peu triste.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • LovelyLexy
    LovelyLexy, Le 12 janvier 2014 à 17h51

    @ Lady Stardust: c'était pas si con que ça car le roi d'Angleterre Henry V venait d'épouser Catherine, la fille du roi et d'Isabeau, donc lui filer le trône de France c'était le garder dans la famille. Catherine a eu une destinée aussi swag que sa maman au fait ( virée du trône et de la régence après la mort de son mari, elle a épousé son écuyer en douce, lui a fait quatre enfants sans que personne percute et est devenue l'ancêtre des Tudors)

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