Interview – Quelques questions à DOA

La vie est parfois faites de jolies choses, de jolies rencontres. Suite à mes deux chroniques des romans de DOA, que j'avais adoré (La Ligne de Sang et Citoyens Clandestins), j'ai eu la chance et le plaisir de rencontrer cet auteur aussi gentil et passionnant qu'il est talentueux. L'occasion de lui poser quelques questions sur lui, son travail et ses projets.

Interview – Quelques questions à DOA

– Qui est DOA ? Comment vous présenteriez-vous aux lectrices qui ne vous connaissent pas encore ?

DOA, toutes ses dents, tellement intéressant qu’il est persuadé qu’il faut qu’il l’écrive dans des livres (sourire). Mais surtout discret et misanthrope, d’où le pseudo bizarre emprunté à la terminologie médico-légale. Et son côté morbide.

– Quand certains auteurs se cantonnent à un style bien défini, vous abordez des sujets complètement différents à travers vos romans, et ne vous enfermez pas dans un style. Est-ce par envie de tout tester ou bien est-ce que vous vous laissez simplement porter par les sujets qui vous inspirent ?

De quel style parle-t-on ? Parce que s’il s’agit de forme – et bien que je sois persuadé que mon style, mes mots évoluent – je crois qu’il y a une ligne générale qui se dégage peu à peu dans mes romans, dans la narration, l’usage, la distance aux choses, la violence, la dureté. S’il s’agit de fond, j’ai essayé plusieurs thématiques et genres, au gré de mes envies et de mes influences culturelles du moment. Je crois cependant que je vais creuser le sillon hyperréaliste politique et noir qui est le mien depuis deux livres pendant encore quelques temps.

– Et d’ailleurs, comment naissent vos romans, comment choisissez vous les thèmes abordés ?

Dans des roses. Ce qui en dit long sur le sexe des livres. Plus sérieusement, les thèmes s’imposent à moi plus que je ne les choisis. J’essaie de garder oreilles et esprit grand ouverts. Je lis beaucoup, quand je ne suis pas en train d’écrire un roman ou un scénario, de tout, je croise pas mal de monde, dans beaucoup de milieux différents, je voyage le plus possible. Et puis des connexions se font, dans mon petit crâne de piaf et zou, les histoires prennent forme. A partir de là, je creuse mon sujet, je l’étaie par une documentation la plus exhaustive possible, souvent d’autres pistes de réflexion s’ouvrent à moi, et à la fin apparaît le canevas très détaillé du roman à venir, ce que j’appelle le traitement. Ne reste plus ensuite qu’à écrire le texte final. Tout ceci est très simple, en fait. Hum…

– Quelle est votre méthode de travail ?

Lire, parler, voir, réfléchir, lire, parler, voir, réfléchir… Oui, je sais, c’est lourd. Boire des verres, fumer des cigarillos avec l’air inspiré à la terrasse des cafés germanopratins, prendre des notes illisibles dans des carnets au look riche et branché. C’est bien cela que font tous les écrivains, non ? En réalité, ma méthode, c’est celle de la non méthode. Avec beaucoup de travail. Du temps passé à cerner un thème, des personnages, des situations, les construire et les voir évoluer. Des heures et des heures devant un ordinateur pour la littérature, à peine moins, entrecoupées de réunions de travail parfois interminables, pour l’audiovisuel.

– Vos romans sont excellemment bien documentés, comment trouvez-vous les informations ? Y’a-t-il une part romancée, ou bien avez-vous accès à des informations confidentielles (je pense notamment à Citoyens Clandestins, et à la description minutieuse de certains services occultes du gouvernement) ?

Partout. Livres, journaux, Net, personnes, expériences de vie, les miennes ou celles des autres. Tous les instants, tous les échanges pour un esprit curieux, donnent matière à réflexion, création, régurgitation. Des informations confidentielles ? Oui, j’imagine que l’on pourrait en qualifier certaines ainsi. Mais elles représentent finalement peu de choses, dans la masse de données que je collecte pour mon travail. L’essentiel est librement accessible et disponible. Le plus difficile, ce n’est pas de trouver de la documentation, c’est de la trier et de la digérer.

– Vos personnages ont toujours une vraie densité, une histoire, un passé, des failles, même les personnages les plus secondaires. Comment les créez-vous ? Sont-ils déjà présents et complets dans votre esprit avant même de commencer vos romans, ou gagnent-ils en épaisseur au fur et à mesure de l’écriture ?

Ils naissent en deux temps, avec toujours en tête l’idée qu’ils doivent apparaître crédibles, justes, vrais. Parfois au risque d’être accusés de manquer d’originalité parce qu’ils n’ont pas un passé et une vie complètement délirants. Chez moi, ce qui prévaut, c’est l’univers dans lequel va se déployer mon intrigue puis la construction de celle-ci. A ce stade, les personnages ne sont que des fonctions dans une mécanique. J’écris polyphonique, chacun d’entre eux est là pour présenter et représenter un aspect particulier de mon propos. Jusqu’au traitement, ils ne sont donc guère plus que des enveloppes, des silhouettes, des caractéristiques anthropométriques, des sexes, des âges. Des rôles. Ils ne deviennent de véritables personnes que lorsque commence l’écriture finale. C’est à ce moment-là que la psychologie apparaît, que les rapports entre personnes s’établissent, par petites touches, en suivant les préceptes de l’école comportementaliste : nous sommes nos actes et nos paroles, nos pensées intimes restent inaccessibles aux autres. Donc adieu pathos et longues plages d’introspection.

– Parmi tous ces êtres que vous avez créés, quel est votre préféré, celui pour lequel vous avez le plus d’affection ?

J’éprouve beaucoup de tendresse pour Amel Balhimer et le commandant Ponsot, dans Citoyens Clandestins. Pour le colonel Massé du Réaux, dans Le serpent aux mille coupures, pour Priscille Mer, dans La ligne de sang. Je sais que l’on aimerait que je dise ce que je pense de Lynx mais j’ai une relation difficile et complexe avec lui, qui ne relève pas de la préférence. Mieux vaut donc me taire. Lui, c’est l’enfant fugueur et difficile, les gens ne devraient pas l’aimer et pourtant…

– Quels sont vos projets ?

Un roman à quatre mains, que je rédige avec mon amie Dominique Manotti. Sortie prévue en février 2011. Je commence bientôt l’adaptation du Serpent aux mille coupures, qu’Eric Valette devrait réaliser pour le grand écran. Avec deux camarades, nous avons créé un programme court sur l’univers de la police, baptisé 37. Une chaîne nous a commandé des pilotes, qui sont en cours de production. Le casting a été validé récemment, le tournage est prévu début juin. Si le diffuseur est satisfait du résultat, il est possible que cette série soit achetée pour de bon et programmée l’an prochain. Je travaille également en tache de fond sur la suite de Citoyens et du Serpent. Et peut-être encore un autre projet de cinéma, très ambitieux et très noir, jamais vu, ici ou ailleurs.

– Quels sont les romans qui vous ont le plus marqué, qui sont à vos yeux les plus indispensables ?

American psycho de B.E. Ellis, L.A. Confidential de James Ellroy, For whom the bell tolls d’E. Hemingway, The border trilogy de Cormack McCarthy, Empire of the sun de JG Ballard, The power of the dog de Don Winslow, Guerre et Paix de L. Tolstoï, The lord of the rings de JRR Tolkien, Cosmopolis de Don DeLillo, The Red Dragon de T. Harris, The catcher in the rye de JD Salinger, Requiem for a dream de H. Selby Jr, Hells Angels de H.S. Thompson, The killer inside me de J. Thompson, The world according to Garp de J. Irving, The seven pillars of wisdom de T.E. Lawrence, etc. Il y en a trop.

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