Hommage aux petits salons du livre, ces colporteurs de culture

Qu'est-ce qu'un salon du livre ? Pourquoi s'y rendre ? Quels sont les intérêts pour le monde du livre ? Telles sont les questions auxquelles Lucie se propose de répondre à travers cet article à la gloire des petits salons littéraires à travers le globe.

Hommage aux petits salons du livre, ces colporteurs de culture

Le plus grand salon du livre de France a ouvert ses portes ce jeudi à Paris, et peut-être que certain•es d’entre vous regrettent de ne pas pouvoir s’y rendre. Pourtant, partout en France, que ce soit en métropole ou dans les DOM-TOM (ou dans le monde entier), on ne manque pas de manifestations autour du livre qui valent vraiment le coup d’y faire un saut le dimanche après-midi.

Entrée libre et joyeuse équipe de bénévoles

Un des avantages non négligeables des salons de taille modérée, c’est que les entrées sont rarement payantes et qu’on peut garder ses sous pour s’acheter des livres. Bien entendu, certaines manifestations demandent quelques euros à l’entrée, mais les prix sont rarement exorbitants, et on accepte assez facilement l’idée que cet argent vienne gonfler la trésorerie de l’organisation du salon — qui pourra dès lors être de retour l’année suivante !

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En fait, sortir quelques piécettes de sa poche, c’est comme donner un petit coup de pouce et remercier les organisateurs•trices pour leur investissement. Nombreux sont les petits salons organisés par des associations et des équipes constituées uniquement de bénévoles, qui consacrent leur temps libre au simple plaisir de créer un événement et de s’investir dans la vie culturelle de leur ville, avec un enthousiasme à toute épreuve.

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La convivialité avant le business

Avec les petits salons du livre, on n’est pas là pour le business mais plutôt pour le côté culturel et convivial !

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Contrairement à ce qu’on pourrait croire, pour un libraire, vendre sur un salon n’est pas très rentable. Même s’il réalise beaucoup de ventes, ce qui atterrit réellement au fond de sa poche à la fin de la journée (après avoir réglé les frais d’acheminement des livres, les frais de retours, les frais bancaires s’il utilise une machine à carte bleue, les frais relatifs au personnel présent…) ne laisse pas du tout rêveur. Surtout, ce n’est très clairement pas à la hauteur du temps et de l’énergie investis dans l’événement (au revoir les week-ends, bonjour les journées qui finissent encore plus tard) !

Bien sûr, ce genre d’événement reste très important pour la trésorerie de son commerce et ça lui est bénéfique pour de multiples raisons, mais c’est loin d’être le jackpot qui va lui permettre de fermer sa boutique pendant deux mois et de s’offrir des vacances à Bora-Bora.

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De fait, sur ces salons, personne ne viendra te faire la morale comme quoi tu apportes tes propres livres pour les faire signer à tes auteur•es fétiches. L’idée est plutôt d’être dans une dynamique de rencontre et d’échange, et non pas de faire du profit à tout prix (allez donc faire du profit avec la marge minuscule récupérée sur un livre).

Le livre a beau être un produit commercial visant à récupérer de l’argent pour faire vivre des gens, on n’est pas du tout dans la même logique qu’un salon de la piscine ou de l’assurance : l’aspect culturel prime sur la dimension pécuniaire.

Favoriser le rayonnement culturel

Les salons du livre ont un rôle clé dans la transmission de la culture. Ils invitent à découvrir des ouvrages aux quatre coins de la France, auprès de publics plus ou moins sensibilisés à la pratique. Ils permettent aussi à de plus petits éditeurs et auteur•es de commencer à se faire connaître de manière locale, et de trouver un premier public en attendant d’être invité•es sur le plateau de La Grande Librairie.

Certains petits salons sont extrêmement actifs, à des échelles plus ou moins grandes, dans la promotion du livre et de la lecture. Ils sont très nombreux à organiser des prix littéraires et des animations autour des auteur•es et des ouvrages, ce qui nécessite pour eux de s’impliquer en plus dans ce parcours du combattant qu’est la recherche de financements, puisque ces activités sont (normalement) rémunérées.

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Les auteur•es sont aussi amené•es à rencontrer des enfants dans les établissements scolaires, afin de mener avec eux des projets qui peuvent parfois s’étendre sur des mois entiers dans le cadre de résidences d’artistes avant le salon, et dont le travail est ensuite mis en avant par le biais d’une exposition — où les parents peuvent admirer le chef-d’œuvre réalisé par leur progéniture, des étoiles plein les yeux.

On peut facilement assister à des conférences ou même à des lectures, des rencontres sur place ou dans des librairies aux alentours ; bref, les salons peuvent vraiment prendre l’allure de grandes célébrations du livre à travers toute une ville, et elles ne manquent pas d’enthousiasme quand tout est organisé par des bénévoles impliqué•es et motivé•es !

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Le tour de France des salons

Chaque petit village a la possibilité d’avoir son salon. Cela permet de dynamiser des espaces complètement inattendus. Les petites villes ne sont pas forcément les moins fréquentées pour ce genre d’événement, bien au contraire.

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En guise d’exemple concret, je viens moi-même d’une petite bourgade yvelinoise qui compte 7 000 habitants environ, et depuis quelques années, un salon du livre y est organisé au mois de novembre. Cet événement mobilise autour de 1 500 visiteurs, et les statistiques ne font qu’augmenter à mesure que le salon s’implante dans les esprits comme un rendez-vous annuel.

Les visiteurs sont dans une vraie dynamique d’achat, repartant avec de bonnes grosses piles de livres, et le montant du panier moyen par client (c’est-à-dire la moyenne du montant des achats de chaque visiteur) a de quoi rendre jalouses les grosses manifestations. Les visiteurs sont contents, les auteur•es sont ravi•es, le libraire aussi, et c’est un franc succès pour les organisateurs•trices : c’est le bonheur.

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Qui dit événement partout en France dit aussi cadre agréable, avec par exemple des salons les pieds dans l’eau, face à la mer (de rien). Pour d’autres, même si le décor n’est pas extraordinaire (la bonne vieille salle polyvalente de la mairie a son charme), c’est aussi l’occasion de mettre en avant la culture locale, que ce soit à travers la gastronomie ou le savoir-faire de la région.

Et pour les zones géographiques qui n’ont rien de particulier à revendiquer, les organisateurs•trices peuvent simplement être fier•es de montrer qu’ils sont des gens investis, chaleureux et accueillants, et c’est déjà beaucoup !

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Des auteur•es reconnu•es et à découvrir

Selon la taille des salons, plusieurs modes de fonctionnement sont possibles pour la vente des livres : soit les maisons d’édition tiennent leur propre stand, soit les stands d’éditeurs sont tenus par des libraires, soit le salon invite directement des auteur•es — et la vente des livres est alors assurée par une librairie centrale.

Dans tous les cas, l’avantage est qu’il y a de la place pour tout le monde. Si certain•es auteur•es sont mis•es en avant comme têtes d’affiche et permettent ainsi d’attirer le chaland, il y a aussi et surtout de la place pour de jeunes auteur•es ou de nouvelles maisons d’édition qui bénéficient d’une plus grande visibilité que lorsqu’ils/elles sont noyé•es dans la masse sur les plus gros salons.

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Au cœur de salons vraiment énormes qui comptent plusieurs dizaines voire centaines d’exposants, on a une tendance parfaitement naturelle à se diriger vers ce que l’on connaît et apprécie déjà, pour ne pas perdre de temps et s’assurer d’être satisfait•es de ce que l’on va voir. C’est une sorte d’instinct de survie. Avec des manifestations à échelle humaine, nos nerfs sont préservés de la foule et de la chaleur, et de fait, on est beaucoup plus ouvert•es à la nouveauté !

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Les salons invitent à la flânerie, à découvrir des ouvrages en prenant le temps de les consulter et de discuter avec son auteur•e ou son éditeur. On peut davantage prendre son temps avec ses interlocuteurs•trices, sans être sous la pression de la file d’attente de quatre kilomètres qui s’étend derrière soi. L’esprit général est à la découverte, et non à la traque de son auteur•e favori•te en dédicace au stand F21, soit à l’autre bout de l’endroit où on se trouve soi-même.

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En définitive, les salons littéraires représentent un formidable vecteur de promotion du livre et de la lecture, et sont aussi l’occasion de faire plein de découvertes ! Et toi, est-ce qu’il y a des salons où tu aimes te rendre, ponctuellement ou tous les ans ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Muwglyk
    Muwglyk, Le 6 avril 2016 à 15h12

    Le seul salon où je me rends tous les ans c'est celui des Étonnants voyageurs à St-Malo. Ça fait 5-6 ans qu'on s'y rend avec ma mère et ma soeur et à chaque fois on y revient avec une bonne pile de livres chacune. C'est vraiment agréable comme salon, c'est tout près de la plage donc juste après avoir fait le tour on peut se prélasser et bronzer, et en plus il y a en même temps le festival international du film, avec différentes expositions, débats, etc. C'est super enrichissant et convivial comme week-end ! :top:
    Cette année il aura lieu le 14, 15 et 16 mai pour celles que ça intéresse d'y aller, et bien évidemment pour ma part j'y serai ! :gnih:

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