Comprendre l’Holocauste en cinq films méconnus

C'est la journée mondiale en la mémoire des victimes de l'Holocauste, Aki vous conseille cinq films qui vous donneront un autre aperçu des événements et arriveront même (peut-être) à vous arracher un sourire.

Comprendre l’Holocauste en cinq films méconnus

L’un des meilleurs moyens de faire face à une tragédie est encore d’en parler, pour chercher le recul nécessaire. Si chaque année, le 27 janvier, on célèbre la journée en mémoire des victimes de l’Holocauste et de prévention des crimes contre l’humanité, c’est en référence à la date de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau.

À chacun•e sa manière de se souvenir. Pour ma part, je vais vous mentionner cinq films qui traitent de ce sujet. Vous connaissez sûrement La liste de Schindler, The Reader, Lettres d’Iwo Jima, Le Pianiste et même Pearl Harbor (oui, oui)… mais pas forcément les cinq films proposés ci-dessous. Certains pourraient vous surprendre et même réussir à vous faire sourire sur ce sujet si douloureux.

À lire aussi : J’ai visité les camps de la mort d’Auschwitz-Birkenau

Tout est illuminé (2005)

Sur le ton d’un humour décalé, cette adaptation d’un roman de Jonathan Safran Foer expose les conséquences de l’après-guerre. Ce road-movie va entraîner Elijah Wood d’un village en Ukraine complètement rasé par les Nazis, baptisé Trachimbrod, à l’autre bout du pays où les habitants s’en sortent plus ou moins, dans une quête pour retrouver la femme qui a sauvé son grand-père de la guerre.

Entre les guides excentriques locaux qui donnent envie de se frapper le front tout en se disant « mais ils sont impossibles » et les flashbacks avec Liev Schreiber (plus son accent atroce), Tout est illuminé fait figure de conte épique et presque fantastique qui touche la corde familiale des spectateurs et fait découvrir un arrière-pays quelque peu oublié mais ravagé par la guerre. Le tout sur une bande-originale signée Paul Cantelon qui vaut le coup d’oreille et illumine vraiment l’ensemble!

Le garçon au pyjama rayé (2008)

Les Anglais maîtrisent particulièrement les drames historiques et Le garçon au pyjama rayé, également adapté d’un livre, raconte une amitié peu commune : celle d’un prisonnier juif âgé de 8 ans avec le fils du commandant nazi du même âge. La vision innocente des enfants quant à leurs rapports ne fait qu’augmenter l’empathie du spectateur. Ils ne se rendent pas compte du paradoxe de leur situation ! Et on les soutient à fond, car au fond, c’est eux qui ont raison : on est tou•te•s les mêmes. Le choc est d’autant plus fort pour le spectateur qui n’espère qu’une chose — une fin heureuse pour ces gamins qui n’ont rien à faire dans tout ce gros bordel.

En fait, dans toutes les histoires narrées du point de vue d’un enfant (le futur Room en est le parfait exemple), l’équilibre est fragile entre la vision manichéenne du monde et la confusion authentique due à leur naïveté. Quand un film réussit à impliquer qu’un enfant pourrait trouver une meilleure solution au conflit… all you need is love, les gens.

La rafle (2010)

La rafle suit l’histoire des Weismann, plus exactement celle du petit Joseph lors des événements du 16 et 17 juillet 1942, quand la police française a « raflé » treize mille personnes juives et supposées juives, dont plus de quatre milles enfants. Le nombre de rescapé•e•s ? Incroyablement faible…

Mine de rien, la France a occupé une place de choix dans ce conflit. Et même si parfois, on s’octroie facilement le beau rôle du héros, il ne faut pas oublier qu’on a collaboré aussi. Même si La rafle se focalise sur un événement particulier de l’histoire française, le film n’en reste pas moins le reflet du comportement humain pris entre le marteau et l’enclume — une mort rapide ou une mort douloureuse.

Mais vous savez, quand on dit qu’on se sent plus concerné•e si ça se passe chez nous ? Ben voilà un exemple type. C’est chez nous, en France ! Et les conditions de confinement étaient horrible. J’apprécie particulièrement le respect dont fait preuve Roselyne Bosch en racontant l’expérience de Joseph Weismann — car oui, il a réellement existé.

À lire aussi : Une femme raconte son ancienne vie de déportée dans « Human » de Yann Arthus-Bertrand

Le labyrinthe du silence (2014)

Qui de mieux que les Allemands pour traiter du négationnisme ? Fondé sur une histoire vraie, Le labyrinthe du silence sorti l’année dernière m’a vraiment bouleversée et je le considère comme l’un des meilleurs films sur le sujet de ces dernières années. Tout le monde « sait » qu’il y a encore des gens qui ne croient pas en l’existence des camps de concentration malgré toutes les preuves qui existent… soit. La question est plutôt de comprendre pourquoi.

L’approche du Labyrinthe du silence est un peu différente : l’histoire se déroule post-guerre, dans les années 50. Un jeune procureur allemand tout ce qu’il y a de plus aryen, dont les parents appartenaient au parti nazi, commence à changer sa vision de la dénazification en découvrant Auschwitz. Oui, je dis bien « découvrir », car il n’en avait jamais entendu parler avant !

Il part alors dans une quête au nom de la justice, pour arrêter l’ancien responsable du camp qui a commandité toutes les exécutions. Au cours de l’histoire, j’ai réalisé à quel point cette génération allemande post-guerre vivait une période charnière. Pour l’époque, il était normal que leurs parents aient appartenu au parti nazi — je veux dire, c’était le cas d’une grosse partie de la population — et même si la population allemande reconnaissait plus ou moins leurs actes, n’était-ce pas mieux pour « tout le monde » de tirer un trait sur le passé pour ne pas créer une guerre civile, ou que les enfants se retournent contre leurs parents qui pourraient s’avérer être des meurtriers ?

Elser, un héros ordinaire (2015)

Georg Elser, c’est le type qui a failli tuer Hitler et aurait changé le destin du monde. Je dis bien failli, car il avait programmé une bombe lors d’un discours du Führer… qui est parti 13 minutes trop tôt. L’explosion n’a causé « que » des pertes civiles.

Ce type, il est comme vous et moi : un monsieur Tout-le-monde qui pense que quand même, les Nazis semblent vachement dangereux et que si Hitler continue à gagner en puissance, il va finir par déclarer la guerre au reste du monde. Effectivement, il n’avait pas tort, mais lui l’a remarqué dès le début, contrairement à d’autres Allemands qui se repentissent en devenant résistants. Elser, un héros ordinaire bénéficie du côté sobre et académique des productions germaniques, ce qui ne fait qu’accentuer la froideur du régime hitlérien.

Avec un flegme typiquement suisse là où il travaille en tant qu’ébéniste, Elser vit d’amour et d’eau fraîche (et d’accordéon) et résiste à son niveau à l’autorité nazie, par exemple en refusant le salut hitlérien ou l’adhésion au parti. Ce film rend un véritable hommage à ce « héros ordinaire » qui a osé agir, malgré la moralité ambigüe de son acte.

Mention spéciale au Fils de Saül nommé aux César cette année, complètement percutant : si vous avez l’occasion de le voir, il vous fera frissonner.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Bloue
    Bloue, Le 29 janvier 2016 à 19h33

    Purée je viens de regarder "Le garçon au pyjama rayé" (justement grâce à votre article madmoizelle).
    Et :crying::crying::crying::crying::crying::crying::crying: voilà ça c'est moi maintenant.
    Je retourne me mettre en position latérale de sécurité dans mon lit.:tears::tears::crying::crying:

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