Hollywood nous ment : les dialogues dans les séries

Marre de te faire prendre pour une nouille par Hollywood ? Après 5 illusions entretenues par le cinéma américain, Sophie-Pierre Pernaut revient sur le manque de crédibilité dont souffrent les dialogues des séries états-uniennes.

Hollywood nous ment : les dialogues dans les séries


Publié initialement le 1 février 2012

Parfois, quand je regarde une série, je me dis cette chose tout à fait bateau : les séries télévisées ne reflètent pas la vraie vie. Si des efforts sont faits pour que tous les acteurs ne ressemblent plus à des mannequins pour Armani, un élément phare de ce genre télévisé reste immuable : les dialogues des séries ne ressembleront jamais à nos conversations dans la vraie vie. Ils sont dynamiques et rythmés et contiennent bien trop de réparties cinglantes et métaphores bien trouvées pour être vrais.

De temps en temps, des procédés poétiques sont même utilisés (genre des anaphores. Qui utilise des anaphores à l’oral, en vrai ?) Laissez-moi vous dire qu’après le visionnage de 4 épisodes de série à la suite, je prends chaque fois la décision de ne plus jamais parler de ma vie tant je me mets à me dire que mes hésitations sont anormales.

Oui, Hollywood nous ment. Pour prouver mes accusations, je vous propose donc de décortiquer ensemble 4 extraits de séries différentes.

Alerte spoiler : l’épisode 10 de la saison 7 de Grey’s anatomy et la fin de la saison 6 des Frères Scott seront évoqués.

Gilmore Girls – Saison 1 épisode 6 : la relation mère-fille

J’ai découvert la série Gilmore Girls en 2008, lorsqu’elle passait en boucle sur France 4. Le pitch est le suivant : Lorelai, une mère célibataire ayant eu sa fille Rory à 16 ans (ambiance Colonel Reyel) l’éduque sans trop de difficultés (la gosse est aussi brillante et réfléchie que sa peau est diaphane). La série raconte leur relation privilégiée et leur complicité à toute épreuve. Particularité : tout le monde a une répartie d’enfer et les scénaristes ont placé tous les jeux de mots qu’ils n’osaient pas faire dans la vie.

Dans l’extrait que je vais vous montrer, c’est l’anniversaire de Rory et sa mère vient lui souhaiter à l’heure pile (et l’heure pile, c’est 4h03). Elles entament alors une conversation très profonde à base de :

– Qu’est-ce que tu penses de ta vie, jusque là ?
– Je pense qu’elle est plutôt pas mal.
– Aucune réclamation à faire ?
– Oh j’aimerais bien qu’on en finisse avec cette histoire d’humidité.

Humour.

Evidemment, la fille dit « je t’aime » à la mère au détour de cette conversation, comme ça, l’air de rien. Un peu comme si je coupais la parole à mon « partenaire domestique », en train de gloser sur la saveur de la côte de porc qu’il est en train de déguster pour lui dire « je t’aime ». C’est toujours comme ça dans les séries. On coupe la parole pour rappeler à la personne qu’on aime qu’on l’aime. C’est un peu impoli, mais ça passe bien à la télé.

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>> Illogisme n°1

Dans la vraie vie, déjà, à 4h03, les gens dorment. Il serait donc complètement saugrenu d’imaginer que ta propre mère puisse mettre un réveil en pleine nuit pour venir faire irruption dans ta chambre afin de te souhaiter ton anniversaire.

>> Illogisme n°2

Rory, qui dormait profondément, n’envoie même pas sa mère péter à grands coups d’oreiller dans la tronche.

>> Illogisme n°3

Quid de la tête dans le pâté ? La mère comme la fille, en pleine forme, se racontent des anecdotes et font des blagues, aussi complices à 4h du matin qu’à 14h. À la limite, si l’adolescente de la vraie vie n’avait pas rejeté sa mère et l’avait laissée s’installer sur son lit pour papoter, elle aurait au moins un discours incohérent. Ou répondrait en grognements.

Tu n’es pas encore convaincue du caractère WTF des dialogues de Gilmore Girls ? Tiens. C’est florilège :

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Grey’s Anatomy – Saison 7 épisode 10 : les retrouvailles

/! Spoiler /!

Le pitch : Callie et Arizona sont en couple depuis que cette dernière a embrassé l’autre par surprise dans les toilettes d’un bar miteux sur une chanson de Dido (un début de relation somme toute assez banal. Ça m’arrive tellement souvent, à moi aussi ; on peut plus pissoter tranquillou). Mais quand la blonde a reçu une bourse pour aller sauver des enfants en Afrique, la brune n’a pas été tellement enthousiaste. Du coup, elles se sont séparées sur un coup de tête à l’aéroport, le jour du départ. Néanmoins, lasse et s’ennuyant de l’élue de son coeur, Arizona décide de revenir sans crier gare après plusieurs mois d’absence. Voici la séquence de leurs chaleureuses retrouvailles :

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(Je ne suis pas responsable de l’orthographe approximative des sous-titres).

>> Illogisme #1

Sérieusement, y a bien qu’à Hollywood qu’on ne dit pas « bonjour » quand on nous ouvre la porte. Tout comme on ne dit jamais « au revoir » avant de raccrocher.

>> Illogisme #2

Arizona ne pense pas à s’assurer que Callie est bien seule. Ce qui n’a pas de sens pour deux raisons :

  • Quelqu’un pourrait entendre la totalité de leur conversation.
  • Il y a des chances pour qu’une bombe atomique, jeune, excessivement brillante et drôle se soit retrouvée quelqu’un assez facilement.

>> Illogisme #3

Si mon partenaire s’amusait à me quitter et à revenir la bouche en coeur, j’espère au moins qu’il penserait à arriver avec du fromage une bouteille de Saint-Emilion-à-consommer-avec-modération.

>> Illogisme #4

Les quelques heures d’avion n’ont apparemment aucune incidence sur la fraîcheur du teint.

>> Illogisme #5

À Hollywood, on ne respire pas.

Tout aurait été tellement différent si Arizona avait pensé au saucisson.

Sex & the City – Saison 1 épisode 11 : où on parle de cul en cours de yoga

>> Le pitch

Carrie accompagne Samantha à son cours de yoga pour lui parler d’un sujet grave à caractère diplomatique : Big ne lui saute plus dessus pour lui faire l’amour sauvagement tous les soirs, et elle pense que cette petite faiblesse a pour origine la fois où elle a laissé s’échapper un gaz devant lui (en précisant bien qu’elle n’a rien contrôlé, que ce genre de mésaventures peut arriver à tout le monde et qu’elle est humaine (bon sang)).

La réaction de Samantha ne se fait pas attendre : elle lui répond qu’elle est une femme, et que les hommes n’attendent pas des femmes qu’elles soient humaines. Que les femmes ne sont pas censées flatuler, se rincer le vagin (WHAAAT ?), utiliser des tampons ou avoir des poils là où elles ne devraient pas.

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>> Illogisme #1

Perso, j’irais pas m’amuser à payer une séance chez François le roi du Yoga juste pour parler à une pote de mes problèmes de sexe. C’est pas trop l’endroit pour : la musique n’est pas forte, tout le monde se tait, et en plus, les tapis sont très près les uns des autres. Résultat : tout le monde est au courant du double problème de fion de Carrie.

>> Illogisme #2

J’aime beaucoup Sex & the City, mais personnellement, j’aurais probablement répondu à Samantha quelque chose comme « NON MAIS ÇA VA PAS ESPECE DE TOTALITAIRE DU PUBIS ». Cette façon de conseiller à sa meilleure pote de devenir une control freak avec son mec comme si c’était quelque chose logique et universel me retourne l’estomac.

Et puis alors, bonjour l’empathie. C’est un peu comme ces filles à qui tu dis « je me sens un peu patraque aujourd’hui » et qui te répondent « Ouais, c’est vrai que t’as une sale tête ». J’ai coupé les ponts avec des amies pour moins que ça.

Les Frères Scott – Saison 3 épisode 13 : la déclaration sous la pluie

>> Le pitch

Dans une lettre d’amour envoyée à Brooke, Lucas a utilisé les mêmes termes que dans une autre, écrite pour Peyton (le mec s’autoplagie, belle performance). Brooke, hors d’elle, sort alors dans la rue noyée par la pluie pour fuir ce Joseph Macé-Scaron en puissance qui la rattrape et lui fait une déclaration d’amour en bonne et due forme.

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>> Illogisme #1

Personnellement, que je sois en colère ou pas, je pense toujours à prendre un parapluie.

>> Illogisme #2

Les raisons qui font que Lucas aime Brooke sont les suivantes :

  • Elle fronce les sourcils pour l’attendrir,
  • Elle cite Camus sans l’avoir lu (on aurait donc pu remplacer cette phrase par « Parce que tu traînes sur Eveeeeene.fr » ! Crédibilité : 0),
  • Ses parents lui manquent, mais elle l’admettra jamais (il dit qu’il voit pas le rapport).

Dans les séries, la trivialité sonne comme quelque chose de romantique. Alors qu’en vrai… Bof. Imagine, c’est un peu comme si l’élu(e) de ton coeur te disait « je t’aime parce que tu fais bien les tartines », ou « je t’aime parce que tu portes bien le vert », ou bien « je t’aime parce que tu imites Dalida à la perfection », ou encore « je t’aime parce que tu te ronges les ongles ». Whouhou ! Super. Je vais accueillir mon mec quand il rentrera du boulot en lui disant « je t’aime parce que t’as toujours pas fait réparer ton cartable ». Il sera comblé.

>> Illogisme #3

SPOILER : à la fin, il finit avec la dite Peyton. J’ai envie de dire : tout ça pour ça ?

Et toi, quels sont les clichés récurrents dans les dialogues des séries américaines qui t’ont le plus fait marrer ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Siimca
    Siimca, Le 16 octobre 2014 à 17h51

    Et les lycéens ayant prétendument 17 ans taillés joués par des types d'au moins 25 balais, on en parle ? (cf Vampire Diaries, etc.).

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