Gravenhurst, le romantisme noir

Entre rock atmosphérique et fascination pour les cultes, Nick Talbot s'improvise curé-chanteur au micro de ses désillusions. Son groupe, Gravenhurst, est un mélange de folk ésotérique et mélodies fuligineuses.

Gravenhurst, le romantisme noir

Publié initialement le 10 mai 2012

Tristesse infinie : Nick Talbot, créateur de Gravenhurst, vient de mourir, à 37 ans, après une longue maladie. Cet article devient donc, par la force des choses, une sorte d’hommage…

Nick Talbot, multi-instrumentiste, chanteur et producteur, est plutôt du genre solitaire. En tout cas, il s’en donne les airs. Le musicien originaire de Bristol chante l’amertume et le désarroi sur des riffs de guitare aussi sombres qu’apprêtés. Mais en 1999, l’artiste solo a troqué sa parure de poète solitaire pour un costume élégant de chef de file. Le groupe Gravenhurst est né.

Musique dark ? Nick Talbot récuse l’appellation. « Quand un romancier traite d’un sujet sombre, on ne dit pas qu’il est dark. Pourquoi on ferait ça avec les musiciens ? Je ne suis pas spécialement cafardeux : j’ai juste choisi de traiter de thèmes graves, mais ma démarche, elle, n’est pas anxieuse. » Et la figure de proue du groupe britannique d’expliquer sa fascination pour la vie, la mort et la religion par une anecdote qui fleure bon la madeleine de Proust : « plus jeune, j’étais super turbulent. Un vrai branleur. Mes parents étaient désespérés. Alors, la seule solution qu’ils ont trouvé, ça a été de m’envoyer à la messe tous les dimanches. Malgré leur athéisme. »

Celui qui n’a jamais cru en d’autres dieux que Joy Division, The Cure et The Smiths commente alors, songeur : « Je n’ai jamais réussi à avoir la foi. Mais j’ai toujours été irrésistiblement attiré par la religion. La vérité, c’est que je suis jaloux des gens qui arrivent à croire. Ces mecs-là ont deux vies : celle que l’on a tous, et une vie parallèle, faite de croyances et d’espoirs. C’est complètement barré ».

Mélodies harmonieuses à la Simon & Garfunkel, guitares chiadées inspirées de Bert Jansch et Nick Drake, Gravenhurst se range dans la case rock alternatif , un brin psychédélique et folk. Mais à discuter avec Nick, on se rend vite compte que Gravenhurst est moins un groupe qu’un projet. « Les 3 musiciens qui m’entourent me font entièrement confiance. J’écris et je produis, eux m’aident à jouer. » Un côté gourou que l’artiste a toujours recherché ? « Je ne sais pas », sourit-il timidement. The Ghost in Daylight (l’album qui vient de sortir fin avril), finalement c’est peut-être lui : la figure fantasmagorique qui se détache lentement d’une lumière poudreuse, l’abonné aux romans noirs, le passionné de psychologie comportementale.

Timide, le chanteur a le regard fuyant et la moue constamment embarrassée. À l’inverse de sa voix, qui a quelque chose de fragile mais d’assuré – sorte de confiance dans la vulnérabilité. Engoncé dans son smoking sombre, cheveux longs et visage bouffi, l’allure de Nick emprunte autant au rabatteur de secte qu’à la victime illuminée. Question religion, sur scène c’est la même chose : récitation fidèle ou exhortation nouvelle ? La liturgie s’interprète dans les deux sens.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Laverne
    Laverne, Le 5 décembre 2014 à 15h46

    J'suis trop triste :tears:
    et les articles de Laystary me maaaaaaaaanquent :tears:

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