J’ai testé pour vous… faire de la figuration

Toujours à la recherche d'un job étudiant, Michka s'est cette fois essayée à la figuration. Actrice de complément pour un jour, elle a fait semblant de danser pendant huit heures. La gloire, la vraie.

Tout a commencé un jour où je traînais tranquillement en culotte sur le site des Inrocks. Bon, on pourrait croire que je passe mes journées en culotte, mais en vrai c’est juste que lorsque je lis des choses comme la répétition de l’indu en droit communautaire, j’ai subitement envie d’enlever mon pantalon.

Si je n’ai rien à faire de toute la journée, il se peut que je ne mette même pas de pantalon.

Soudain, j’ai vu qu’une réalisatrice recherchait plus de mille figurants sur Paris. Je ne dirai pas de quel film il s’agit, mais je vais laisser des indices ; la personne qui trouve en premier gagne ma fiche de paye dédicacée. CHALLENGE.

L’entrain

Comme je suis une personne d’un naturel optimiste et pleine de vie (vous me connaissez désormais), je me suis dit que la figuration devait couvrir mes quatre choses préférées au monde, à savoir : boire, manger et faire semblant de faire quelque chose, tout en étant payée.

J’ai donc envoyé un mail auquel il fallait joindre des photos. Mon conseil ? Pas la peine de perdre son temps à photoshopper tout cela, je pense qu’en vrai ils ne les regardent pas. Après cela, j’ai reçu une réponse me proposant un entretien.

Je me suis alors demandé si dire que j’avais fait du théâtre de 6 à 10 ans allait enfin me servir à quelque chose… Clairement pas, en fait. C’était un entretien groupé (décidément je pense bientôt prendre un abonnement) pour lequel nous étions cinq.

Ils ont pris une photo de notre visage et une photo en pied. Après ça, le film traitant de la danse (indice numéro 2), ils nous ont demandé de danser. Et ils filmaient. Oui, comme cela. Sobre. Avec des inconnus. En pleine lumière. Et filmée. Une certaine idée de l’Enfer, si vous voulez mon avis.

Et si vous vous demandez si cinq personnes entre 21 et 34 ans ont l’air connes lorsqu’elles dansent dans une salle microscopique sur le son pourri d’un PC qui rame : oui, je confirme, c’est le cas.

Après ces petites humiliation où j’ai laissé un peu de mon amour-propre et ma dignité (Ma vie : cette douce suite d’humiliations, bientôt chez tous les bons libraires), j’ai attendu l’appel de confirmation. Car oui, il fallait qu’ils valident. J’aimerais être cette personne qui a visionné des vidéos de plus de 1000 inconnus se déhanchant sur un son pourri, histoire de rigoler un peu.

Pour ma part, cet appel est arrivé deux à trois semaines plus tard : ils fixaient une date ou deux en fonction des disponibilités de chacun. J’ai donc été prise pour faire une journée de figuration, enfin plus précisément pour être « actrice de complément » – la classe tavu !

La gloire, les paillettes, les caméras… l’ennui

Est ensuite arrivé le jour J, l’explosion de ma carrière d’actrice (laissez-moi). Je vous le dis tout de go : ne faites jamais de la figuration seul-e. Vous vous retrouvez un peu comme dans tout événement social obligatoire : il y a des gens qui connaissent dix personnes, et puis il y a les autres. Dont moi. Pour le coup, quitte à passer plus de dix heures dans un endroit clos, autant ne pas être seul-e.

On m’avait prévenue : il y a beaucoup de moments « off ». Le seul problème, c’est que pour moi un moment « off » signifiait qu’on pouvait faire une pause, s’allonger par terre ou manger des gâteaux Lidl sur le buffet tout en philosophant sur le sens de la vie. Mais non.

Un moment « off » au cinéma peut être défini comme une pause de dix à trente minutes pendant laquelle il ne se passe rien, mais on n’a pas le droit de bouger pour éviter de briser la cohérence du plan. Donc on fait rien. Et on n’a pas le droit de parler non plus.

Mais au moins je ne me suis pas fait de nouveaux amis.

Comme il s’agissait d’un film de danse, nous étions 200 personnes à faire semblant d’être dans un club (indice numéro 3), de bootyshaker et de nous amuser de 14 heures à 22 heures. Très vite, on a pu compter deux catégories de figurants.

Il y a d’abord celle des bons pigeons. Ce sont des gens qui font les choses À FOND, ils VIVENT la musique, il sont là, ils veulent être au plus près de la caméra.

Ce sont aussi des gens qui viennent te voir et te disent des choses comme : « À un moment je vais venir te dire « Eh salut ! » et te faire la bise, okay ? ». Et vous, vous hochez la tête tout en pensant que puisque vous vous trouvez à l’extrême opposé de la camera, la probabilité qu’on puisse vous voir est relativement faible.

Ils sont d’un enthousiasme sans borne. Vous devez faire douze fois la même prise qui finira probablement effacée au montage ? C’est okay, pas de problème, ils sont dans la place.

Généralement, ce sont aussi des gens qui parlent très fort de tous les tournages qu’ils ont pu fréquenter, du genre « Tu te souviens du buffet de BIIIP ? Clairement ce n’est pas du tout le même niveau quoi ». Je ne sais pas s’ils ont réalisé qu’ils étaient figurants et non acteurs, mais j’ai hoché la tête pour leur faire plaisir.

Ceci dit leurs efforts sont gagnants puisqu’ils sont promus au rang supérieur, près de la caméra — et même que vous allez sûrement les voir dans le film.

Bingo.

Je faisais partie de cette catégorie les vingt premières minutes.

La deuxième catégorie est celle les loques. Ils sont là parce qu’on leur avait dit qu’il y avait de la bouffe gratuite et que ça payait bien. Ils ont levé les bras en rythme pendant vingt minutes, puis ils en ont eu marre et se sont mis à l’exact opposé de la caméra, tout en se demandant à quel moment ils avaient pu penser que c’était une bonne idée.

Les seules choses que le staff leur demande, c’est s’ils veulent de l’eau, s’ils peuvent se lever parce que là ça va tourner, et s’ils peuvent se dépêcher de terminer leur quatrième café parce que là on reprend « tout de suite » — un mensonge éhonté, je tiens à le préciser pour ma défense (étant donné que la temporalité dans le cinéma est un concept flexible).

À un moment, ma bande de fainéants et moi on s’est assis à un endroit, et on a prétexté qu’on jouait des gens qui parlent. Le pire, c’est que ça a marché : ils ont même trouvé que c’était une bonne idée !

Mon moment préféré reste la cantine. Car je suis avant tout une loque narcoleptique et que là je pouvais rester assise sans que personne ne me dise rien, ce qui changeait de d’habitude. Et surtout parce qu’à la cantine mon rêve est devenu réalité : on a volé une bouteille d’alcool aux acteurs.

En fait on n’avait pas le droit à l’alcool : la salubrité publique, les bonnes mœurs et le code du travail ont définitivement fait disparaître le côté cool des tournages. Mais là, on en a volé. On a fait une vraie petite révolution ! Nous nous sommes insurgés contre ce système de privilèges mis en place par le monde du tournage pour exiger une égalité de fait fondée uniquement sur de l’alcool pour tous sans distinction de fonctions.

Car hélas, les acteurs, les figurants et les techniciens n’ont que très peu d’interactions. Pour ceux ou celles qui souhaiteraient rencontrer des acteurs/actrices grâce à la figuration, sachez qu’on ne les voit jamais — parce qu’ils bossent pour de vrai, eux — et que de toute façon vous allez développer une haine sans borne à leur encontre.

C’est en effet à cause d’eux que vous allez faire la scène (l’expression pour parler du fond sonore) plus d’une vingtaine de fois. À la fin de la nuit, pour une fois c’est la catégorie loque qui a été triomphante : on criait tous en choeur notre mécontentement et notre envie de rentrer chez nous. C’était beau, c’était bien, c’était le triomphe des losers.

J’ai mal partout et je suis en train de mourir.

Cependant, sachant que le mot travail vient de tripulium qui est un instrument de torture, cela ne m’étonne pas.

En conclusion…

Pour conclure, le gros point positif a été la fiche de paye : comptez environ 100€ la journée selon le film.

Mais je vous conseille de cibler votre recherche, et d’opter de préférence pour une stratégie simple : n’acceptez que les scènes impliquant de la bouffe dans un restaurant. En toute facilité.

J’espère vous voir très bientôt pour monter ensemble l’amicale des figurants. Et si vous avez trouvé le nom du film, vous ne me trouverez probablement pas dedans, sauf si vous zoomez au fond, à droite ; vous voyez la jeune fille aux cheveux bouclés, la bouche déformée par un cri de douleur voulant signifier un point de côté, se tenant les côtes et ayant un air horrifié ? C’est moi.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Bnadia
    Bnadia, Le 12 mai 2014 à 17h03

    melissa;4734703
    bnadia;4730966
    Je dirais Éden de Mia Hansen Love ou Trésor de Maïwenn (j'ai bon ?).
    Oui, c'est le film de Mia Hansen Love ! ;)

    @Aoki  La madmoiZelle qui a témoigné pense que cela passe surtout par le bouche à oreille, ou quand les sites/journaux (comme pour elle les Inrocks) relaient. Apparemment, il y a aussi quelques sites spécialisés. :)
    Yeah, je vais pouvoir faire partie de l'Amicale car j'ai aussi vécu cette expérience !

    Je me permet d'ajouter quelques précisions, car ce tournage était quelque peu spécial : au casting tout d'abord, quand je suis arrivée, une nana m'ouvre et me demande mon mot de passe : gné ? Comme je n'en avais pas, elle m'a dit de m'en aller et de revenir 20 minutes plus tard en lui disant Pokémon. Bon après tout, si ça lui fait plaisir.
    J'ai donc aussi vécu ce moment où on a dansé à plusieurs dans une pièce recluse sur une musique bien étrange.
    Le dit jour (enfin soirée à vrai dire, car ça a duré de la fin d'après midi jusqu'au début de la nuit), j'enviais la seconde catégorie car la chargé de figu m'a monopolisé pendant quasi tous les plans... dont bon nombre où on dansait sans musique, c'est dire qu'on avait l'air cons...
    En revanche j'ai croisé une des comédiennes du film (Golshifteh) à plusieurs reprises (il faut croire que nos vessies étaient synchro) mais nous n'avons pas spécialement échangé (elle avait l'air un peu blasé de côtoyer la populace), en revanche j'étais venue seule comme toi mais j'ai rencontré plein de gens super sympa (dont une nana avec qui j'ai pas mal d'amis en commun) et en plus nous n'avons pas eu besoin de voler de l'alcool car nous avions du vin à table :P

    "À la fin de la nuit, pour une fois c’est la catégorie loque qui a été triomphante : on criait tous en choeur notre mécontentement et notre envie de rentrer chez nous." : je plussoie, d'autant plus qu'on était sur une péniche en face où on était censé fêter le nouvel an alors qu'on grelottait de froid : résultat des course, on a tous eu la crève le lendemain...

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