Être une femme dans l’univers de Tim Burton

Être une femme dans l’univers de Tim Burton
Comment Tim Burton traite-t-il ses personnages féminins ? Y a-t-il des schémas redondants, et si oui, que signifient-ils ? LadyDandy vous explique tout ça !

Tim Burton est un cinéaste que j’aime d’un amour passionné et contradictoire : les déceptions sont à la hauteur des coups de cœurs, intenses. Mais il faut reconnaître qu’il offre une véritable alternative à l’hégémonie hollywoodienne tout en demeurant un réalisateur de blockbusters à la chaîne. Laissons cependant de côté toute considération qualitative et mettons-nous à la place d’un de ses personnages féminins.

edward Être une femme dans lunivers de Tim Burton

Quel rôle pourrions-nous jouer chez Tim Burton ? Et par où commencer pour nous glisser dans la peau d’une de ses héroïnes ? Tout d’abord, il faudrait cerner nos yeux et les exorbiter un peu, arborer rayures et spirales, peut-être un jupon de poupée… C’est fait ? D’accord, et après ? Plusieurs alternatives s’offriraient à nous.

Potiche éthérée ou femme fatale tarée

Nous aurions sans doute à choisir entre le rôle d’une douce potiche blonde et d’une femme fatale sexy, un peu dingue mais surtout dangereuse.

darkshadows Être une femme dans lunivers de Tim Burton

L’opposition n’est cependant pas si évidente dans les premiers long-métrages de Tim Burton où les personnages féminins sont nettement plus nuancés : Lydia Deetz et Barbara Maitland de Beetlejuice, Selina Kyle et Vicky Vale de ses Batman et Sally dans L’étrange Noël de Mr Jack sont en effet à la fois étranges et quotidiennes, douces et excentriques, capable d’agresser comme de rassurer. Lydia est une adolescente avant d’être une âme torturée, Barbara une épouse aimante et un fantôme, Selina une secrétaire modèle et une redoutable voleuse, etc.

D’abord dotées d’une nature double, ces personnages se divisent par la suite en des héroïnes moins complexes. Tim Burton oppose souvent les femmes blondes (mais pas toujours) et virginales :

  • Kim dans Edward aux mains d’argent
  • Josette dans Dark Shadows
  • Victoria dans Les Noces Funèbres
  • Sandra dans Big Fish
  • Katerina Von Tassel dans Sleepy Hollow

…aux plus étranges et inquiétantes sorcières brunes (mais pas toujours) :

  • Emily des Noces Funèbres
  • Angélique Bouchard de Dark Shadows
  • Mrs Lovett dans Sweeney Todd
  • Ari dans La planète des singes

Si un duel les oppose pour le garçon de l’histoire (hélas, tout tourne souvent autour de l’intérêt amoureux), ce sont les premières qui l’emportent : Victoria finit avec Victor dans Les Noces Funèbres, Josette avec Barnaby dans Dark Shadows, etc.

noces funebres Être une femme dans lunivers de Tim Burton

Mais dans le cœur des spectateurs, ce sont souvent les secondes qui marquent le plus. Car Tim Burton donne toujours une bonne raisons aux monstrueuses d’être monstrueuses. Ce sont donc elles qui nous fascinent et c’est vers elle que va notre affection.

Ceci dit, même les plus lumineux et virginaux idéaux ne sont pas dénués de quelques excentricités savoureuses. Josette vit avec un fantôme et la reine blanche, opposée à la reine de cœur dans Alice au pays des Merveilles, bouge comme une marionnette et parle aux arbres.

reine blanche Être une femme dans lunivers de Tim Burton

Une sexualité monstrueuse, dangereuse

À noter aussi que les héros Burtoniens ayant souvent autant de libido que des mollusques (même Batman n’est pas un tombeur, seuls les méchants comme Beetlejuice, le Pingouin ou plus tardivement, le valet de Cœur semblent apprécier les joies du sexe… et ils sont répugnants), ce sont les femmes qui mènent la danse : non pas les vierges consolatrices, lesquelles ne sont pas beaucoup plus éveillées que les héros à ce niveau, mais les femmes les plus machiavéliques et décomplexées. Même Willy Wonka en fait les frais lorsqu’il a le malheur de glisser à la mère de Violet Beauregard que le chocolat est un aphrodisiaque et se voit rentrer dedans assez peu subtilement par ce tyran en jogging — à son grand désarroi.

Le sexe peut être en effet très inquiétant chez Tim Burton et, dans son univers, ce sont toujours les femmes les plus dangereuses qui sont les plus sexys. Dans Mars Attacks, une bande de Martiens déguisés en mannequins aux courbes plantureuses peut amener la quasi extermination de l’espèce humaine.

mars attacks Être une femme dans lunivers de Tim Burton

Alors, pour quel choix opterions-nous ? La beauté blonde et évanescente qui gagne le garçon mais ne s’amuse pas beaucoup ou la décoincée au passé tragique qui se lâche et laisse exprimer même ses désirs les plus destructeurs ?

Burton est le cinéaste des monstres, des outsiders, des laissés pour comptes, qui aurait envie de jouer le gentil dans son univers ?

Et les petites filles alors ?

Nous jouerions donc la mauvaise fille, c’est décidé ? Et si nous rajeunissions un coup pour voir ? Après tout, Tim Burton est resté très proche de son enfance et de ses amours de l’époque.

frankenweenie Être une femme dans lunivers de Tim Burton

Dans Frankenweenie, nous incarnerions une Lydia Deetz, plus jeune (mais doublée par une Winona Ryder plus vieille) ou bien cette créature fascinante aux yeux fixes : The Weird Girl. Encore une fois, les deux sont opposées puisque c’est le chat de la seconde qui menace le chien de la première et amène au climax final, mais comme elles sont plus jeunes, les limites se troublent.

Laquelle est la plus bizarre ? Laquelle est la plus douce ? Peut-être aussi est-ce le fait qu’elles n’ont aucun lien amoureux avec le héros qui les rend moins agressives et leur permet d’exister pour elles-mêmes. Ou alors leur jeune âge qui, en annihilant leur sexualité, autorise Tim Burton à s’y identifier. Il y a beaucoup de lui dans Lydia Deetz également et c’est une de ses plus jeunes héroïnes.

veruca Être une femme dans lunivers de Tim Burton

Dans Charlie et la Chocolaterie, Veruca Salt et Violette Beauregard sont abominables. On prend un plaisir jouissif à observer ces deux gamines abjectes et aussi cyniques que des adultes mais elles ne se révèlent pas si intéressantes que ça. Leurs alter-egos masculins subissent d’ailleurs le même traitement.

Ces enfants possèdent les vices des adultes : Burton ne les idéalise pas mais il ne prend pas la peine d’approfondir ceux pour qui il n’a aucune empathie. Chez lui, les obsédés de la norme, de la performance et des apparences, à l’exemple du microcosme de commères et de maris décérébrés d’Edward aux mains d’argent, ne bénéficient pas d’un second niveau. Sa critique s’adresse toujours aux deux sexes dans ces cas-là : les femmes n’ont pas le monopole de la superficialité.

edward1 Être une femme dans lunivers de Tim Burton

Des défauts typiquement « féminins »

Elles possèdent cependant des défauts qui leur sont propres : libidineuses, elles sont aussi très bavardes et médisantes. Dans Edward aux mains d’argent, les commères du voisinage s’occupent avec les potins, dans un court-métrage de jeunesse, Luau, des jeunes filles énervées chantent pour reprocher à leurs petits amis de mentir et empêchent de s’exprimer Tim Burton lui-même (qui incarne une tête extraterrestre arrivée sur terre dans une essoreuse à salade et qui finira par jouer le sort de l’humanité dans un concours de surf).

Par leur bavardage, les femmes peuvent donc s’avérer très étouffantes. Épouses frustrées et dénuée de compréhension, elles noient la créativité de leurs compagnons à l’exemple de la femme du héros du moyen-métrage The Jar, tiré de l’émission Alfred Hitchcock présente. Dans ce court métrage, le héros, un artiste, alter-ego de Burton, est incompris par sa compagne qui méprise ce qu’il fait.

Mais les femmes peuvent aussi à leur tour être étouffées par leur compagnon. Il faut bien la douceur de la seconde femme d’Ed Wood, véritable blonde éthérée et serviables, pour supporter son mari. Et qui pourrait blâmer sa première épouse de quitter son volubile conjoint qu’elle ne comprend plus alors qu’il s’épanouit dans ses excentricités ?

edwood Être une femme dans lunivers de Tim Burton

Des mères empoisonnées ou parfaites, sans entre-deux

Il n’y a pas que les compagnes qui sont étouffantes : les mères autoritaires sont d’abominables tyrans, à l’exemple des deux matriarches des Noces Funèbres ou encore de la belle-mère sorcière (jouée par un homme) dans le moyen-métrage Hansel et Gretel.

Notre réalisateur ayant plus de problèmes à régler avec Papa qu’avec Maman, les mères sont souvent des saintes : parfaite femme au foyer des années 50 dans une époque où l’on parle pourtant d’informatique, la mère du héros de Frankenweenie semble enchaînée à son intérieur.

Cependant, les mères sont parfois moteurs de l’action et leurs rôles de femmes au foyer ne sont jamais dénigrés : dans Edward aux Mains d’argent, Peggy prend l’initiative d’accueillir le héros chez elle et le traite avec tolérance malgré les dires des voisins ; dans Big Fish, la femme d’Edward Bloom maintient le lien entre le père et le fils ; dans Sleepy Hollow, la fascinante mère d’Ichabod Crane lui offre, par son exemple, une vision moins manichéenne de la sorcellerie.

bigfish Être une femme dans lunivers de Tim Burton

Sorcière, pâle trophée ou bombe ultra-sexualisée ?

Au fond, ce ne serait pas si mal, n’est-ce pas, d’être une femme chez Tim Burton. La mort nous environnerait mais nous saurions nous en défendre et l’apprivoiser.

Coincées dans des rôles de mégères superficielles, nous pourrions être sûres de trouver des alter-egos masculins à nos côtés car nous ne servirions pas la critique de notre sexe mais une satire de la société toute entière. L’initiative sexuelle viendrait de nous et de grands pouvoirs seraient à notre portée.

Parfois, nous pourrions n’être qu’un trophée pâle, une récompense pour le héros, mais même moins actives que les fascinantes sorcières, troublantes femmes fatales pour lesquelles Burton permet l’empathie, nous demeurerions plus intéressantes que bien des bombasses hollywoodiennes…

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  • Altheea
    Altheea, Le dimanche 9 juin 2013 à 20h11

    J'ai trouvé l'article intéressant même si en fait je trouve que chez Burton le manichéisme entre le "héros romantique" et "le personnage fatal" est assez général et ne se limite pas aux femmes.

    Si on prend l'exemple de Corpse Bride comme on peut opposer Emily à Victoria, on peut aussi opposer Victor à Barkis et dans Sleepy Hollow Ichabod à Brom.

    J'ai l'impression en fait qu'il s'agit plus d'opposer des personnages fragiles ce qui sera leur force au final à des personnages qui se pensent fort et qui au final soit s'ils sont mauvais seront punis où s'ils sont positifs seront récompensés "autrement" (Emily par exemple on peut supposer qu'elle trouve "la paix" sans passer par le mariage).

    Sinon en passant pour le passage sur Charlie et la Chocolaterie, il y a pas mal de chose qui vienne de l'oeuvre  originale écrite par Roahl Dahl et les enfants sont plutôt fidèles à cela et sont en fait l'incarnation des défauts qui les ont menés à arriver à la chocolaterie, donc ils ne sont pas non plus très profonds ^^

  • L0wra
    L0wra, Le dimanche 9 juin 2013 à 22h46

    Très bon article ! J'ai hâte d'en lire d'autres de la même série :)

  • Kaelooo
    Kaelooo, Le dimanche 9 juin 2013 à 22h48

    Lydia était mon modèle de quand j'étais en mode ado torturée trop dark :cretin:

    [​IMG]

    Mais, à part elle (et la petite fille dans Big Fish qu'il revoit plus tard avec sa maison de travers), c'est vrai que je ne trouve pas que le plus grand talent de Tim Burton soit de faire des personnages féminins attachants. Elles sont toutes trop pures/fades/folles.

    Mais, en tout cas, l'article est vraiment super intéressant. Ca m'a donné envie de voir les moyens métrages cités que je ne connais pas :)

  • Tapioca
    Tapioca, Le lundi 10 juin 2013 à 01h38

    Arf, je me suis forcée à finir de l'article... Soit je suis pas assez fan des films de Tim Burton, soit le ton était trop "dissertation" pour moi, j'ai vraiment eu l'impression de lire une thèse sur les personnages féminins et ça m'a... ennuyée.

    Comme cité plus haut les personnages féminins créés par Tim Burton ne sont pas très attachants (ceci-dit il y en a quand même que j'aime) et je n'ai pas vraiment lu de conclusion, peut-être parce qu'il n'y a rien à conclure.

    Bref, pas trop mon genre d'article.

  • Theodelinde
    Theodelinde, Le lundi 10 juin 2013 à 11h31

    tapioca;4174129
    Arf, je me suis forcée à finir de l'article... Soit je suis pas assez fan des films de Tim Burton, soit le ton était trop "dissertation" pour moi, j'ai vraiment eu l'impression de lire une thèse sur les personnages féminins et ça m'a... ennuyée.

    Comme cité plus haut les personnages féminins créés par Tim Burton ne sont pas très attachants (ceci-dit il y en a quand même que j'aime) et je n'ai pas vraiment lu de conclusion, peut-être parce qu'il n'y a rien à conclure.

    Bref, pas trop mon genre d'article.
    Haha c'est drôle parce que j'étudie le cinéma à l'université (:lunette:) et justement je me disais "uhm bien écrit, c'est fouillé, bravo bravo!"

    Spoiler
    Peut-être que c'est juste une question d'attentes par rapport à l'article et de moment où on le lit! ;)

  • Newme2014
    Newme2014, Le lundi 10 juin 2013 à 14h11

    Article super intéressant!
    Avant j'étais grande fan et plus maintenant et tu cites la raison dans ton article!
    Le manque de libido... Alors non ce n'est pas parcequ'il n'y a pas de sexe que je n'aime plus vraiment tim burton mais parceque je trouve qu'il n'y a aucune sensualité, aucune grace, aucun sens trivial dans son oeuvre.
    C'est visuel, il y a de vrais messages... Mais ce manque de sensualité, d'érotisme et de grace me donne l'impression de regarder quelque chose sans profondeur. C'est un peu l'idée des humains marionnettes et ca me déplait.

  • Deutsche G.
    Deutsche G., Le lundi 10 juin 2013 à 14h31

    Y a pas un S de trop à "véritable blonde éthérée et serviables" ?

    (je demande parce que je viens de me lever et que j'ai peut-être pas les yeux en face des trous, si c'est normal, mea culpa d'avance)

  • Léa.fp
    Léa.fp, Le samedi 22 juin 2013 à 04h24

    Moi j'aimerais bien un article dans le même genre mais pour Luc Besson !  Y a de quoi faire, et c'est super intéressant parce que c'est souvent les héros des films les nanas (Nikita,Lilou...)

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