Ces mots que tu ne peux pas employer partout en France #2

Après Ces mots que tu ne peux pas employer partout en France, Émilie Laystary liste cette fois-ci 5 expressions régionales autour de la nourriture.

Ces mots que tu ne peux pas employer partout en France #2

La dernière fois, on discutait « clash des jargons » , à coup classique de « Vous voulez une poche pour votre chocolatine ? » et autres « Dégueulôsse pô tout, j’viens d’pôsser la wassingue ! ».

Aujourd’hui, j’ai sélectionné 5 expressions régionales tournant autour d’un de mes grands thèmes de prédilection, véritable leitmotiv dans ma vie, passion et raison d’être : manger. En effet, j’aime beaucoup l’idée que notre hexagone se divise en un formidable maillage de cuisines du terroir, mais aussi que ses jargons régionaux suivent le découpage.

Alors, saurez-vous comprendre ces phrases et deviner d’où elles viennent ?

« On se rejoint entre midi ? »

Votre interlocuteur vous donne rendez-vous à la terrasse du café de la poste pour déguster un croque-madame de bon aloi. Il a juste oublié de vous donner une heure de rendez-vous conforme à la bienséance orthographique.

Vous hésitez à lui faire remarquer que la préposition « entre » suppose deux indications, de temps ou d’espace. Vous finissez par conclure que votre camarade ne peut pas, de toute façon, vous avoir donné rendez-vous « entre midi et 16h » puisque le bougre reprend le travail à 14h.

Bingo, vous avez vu juste : « entre midi » est une expression pour « entre midi et deux » ou « à la pause déjeuner » et vous parlez à un Lorrain.

« J’ai tellement mangé que j’arrête pas de caguer »

Votre vieille tante, chez qui on vous a obligée à passer ce soporifique week-end de Pentecôte, a visiblement abusé de la bouillabaisse de ce midi. Sur sa chaise à bascule, elle vous fixe âprement depuis les deux globules vitreux qui lui servent d’yeux sur son visage rubicond. « J’ai tellement mangé que j’arrête pas de caguer », vient-elle de vous lancer, non sans un petit rire étrange qui vous rappelle celui des murènes dans La Petite Sirène.

Dans votre for intérieur, vous priez tous les dieux (Bacchus compris) pour que « caguer » soit le patois de « bâiller ». Vous envisagez alors, moins sereine, que ce verbe inconnu veuille dire « péter ». Regardez la vérité en face : « caguer » veut dire « faire caca », et vu que le petit mot sur la table vous indique qu’il y a grève des aides à domicile, oui, c’est vous qui serez de corvée. De toute façon, vous avez déjà changé une couche de bébé, non ?

[Caguer est une expression provençale.]

« Je sais pas ce qu’il m’arrive en ce moment, je mange comme une gouelle ! »

Comme une gouelle, autrement dit comme un porc ? Non, votre belle-mère, aussi précieuse que la jument de sa famille aristocratique, n’est pas en train de vous avouer qu’elle en met partout quand elle mange sa purée de pois concassés.

En revanche, vous savez désormais d’où lui vient sa bedaine fraîchement acquise : Henriette mange comme une gouelle, autrement dit comme une gloutonne ou une ogresse. Dur de dire non aux crêpes de blé noir (attention, ne dites pas « crêpes salées » si vous voulez éviter de froisser les autochtones) quand on est une bretonne riche et nouvellement ménopausée !

« T’as pas un truc à grayave ? »

Votre petit cousin, cet insupportable adolescent à qui la lente marche vers la maturité impose de purulents boutons sur le visage, vient de faire irruption dans votre chambre. Son tee-shirt « System of a down », ses dents étrangement jaunes et ses yeux constamment criblés de rouge vous font douter de la nature de se requête. Votre sang ne fait qu’un tour : le fils du frère de votre mère serait-il en train d’impunément vous demander de lui offrir de la drogue ?

Hé, calmez-vous, jeune adulte ringard que les reportages TF1 sur les jeunes et la fête sidèrent déjà ! Steven ne fait que vous demander s’il ne vous resterait pas quelques barquettes de LU à dégommer devant MTV.

[À Grenoble, « grayave » veut dire « manger »]

« Je vous prépare un jus ? »

Vous qui tueriez volontiers un chameau pour un verre de jus de fruits frais par les 39 degrés qu’il fait dehors, vous voilà bien heureux que l’on vous offre de quoi vous désaltérer.

Surprise quand finalement, sous la tonnelle de ce jardin en fleurs, on vous apporte… un expresso.

Bienvenue en Picardie où le « jus » est la boisson des mineurs, donc le café.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Poops2902
    Poops2902, Le 11 octobre 2014 à 9h13

    Ah, mais c'est marrant toutes ces expressions, j'en ai deviné la plupart! :caprice: Par contre j'aurais jamais deviné qu'un 'jus' voulait dire espresso!

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