Je suis dépressive — Témoignage

Comment gérer la dépression au quotidien ? Les prémices, des symptômes, les médicaments : une madmoiZelle vous raconte tout.

Je suis dépressive — Témoignage

— Article publié initialement le 22 novembre 2011

Les prémices : la crise d’ado

Comme à peu près tout le monde, en quatrième, j’étais mal. Mal dans ma peau, mal dans ma vie. Je passais mes week-ends et mes soirées à lire, les pieds sur le radiateur, face à la fenêtre, emmitouflée dans ma couette comme dans un cocon.

Souvent, je restais là, sans rien faire, mon livre dans les mains, pour donner l’illusion à mes parents que j’étais occupée. Mais ce que je regardais, c’était le ciel, gris dans mes souvenirs ou noir pendant la nuit. Je regardais le ciel, et je voulais disparaître.

Je ne dis pas que je voulais mourir, bien que l’idée m’ait traversé l’esprit, mais que je n’aie jamais été jusqu’à la mettre en œuvre. Non, je voulais juste… cesser d’exister. Et je me laissais couler peu à peu, au chaud dans mon cocon, recroquevillée aussi à l’intérieur.

Au moindre contact humain, avec mes parents ou mes camarades de classe, l’émotion me submergeait : envie de pleurer (depuis, j’ai dans ma famille la réputation d’être « hypersensible »), de m’enfuir et surtout, surtout, cette peur terrible, cette angoisse irraisonnée.

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Ça a duré environ deux ans. Mon entourage a mis ça sur le compte de la crise d’ado. En vérité, je me rends compte aujourd’hui que j’avais tous les symptômes de la dépression :

  • Fatigue et sentiment permanent de n’avoir aucune énergie ni aucune force pour quoi que ce soit
  • Tristesse immense, envahissante
  • Alternance entre périodes d’insomnies et périodes d’excès de sommeil
  • Dévalorisation constante (« Je ne sers à rien, je suis nulle, personne ne m’aime »)
  • Culpabilité à propos de ces émotions (« C’est vrai, moi j’ai de quoi manger et un endroit où vivre, c’est le syndrome de la pauvre petite fille riche, je n’ai pas le droit de me sentir aussi mal sans raison »)
  • Crises d’angoisse
  • Peur permanente de tout
  • Confusion intellectuelle, avec l’impression que mon cerveau avance dans des sables mouvants et la moindre contrariété qui se transforme en problème énorme et insoluble.

Bien évidemment, à l’époque, je n’en ai parlé à personne. Principalement à cause de ce sentiment de culpabilité. Ma mère fait partie de ces personnes qui ne se plaignent jamais, ne vont jamais chez le médecin, ne s’écoutent pas. Quand j’étais malade, elle me disait « Arrête ton cinéma ».

Comment pouvais-je lui parler de mon mal-être ? Elle ne m’aurait pas écoutée, ou se serait moquée de moi. Alors j’ai vécu, ou survécu, comme je pouvais, et finalement, à mon entrée au lycée, j’avais retrouvé le goût de vivre.

Ma première dépression : sans médicaments

En deuxième année de master, je vivais en colocation avec mon frère. La cohabitation était difficile, surtout depuis qu’il avait décidé d’installer sa petite amie à l’appart sans me demander mon avis (notons qu’il devait passer dans ma chambre pour aller dans la sienne : espace vital de rêve).

Le stress des études, le fait de cumuler master, petit boulot et recherche de stage, le fait aussi que mon copain de l’époque habite à l’autre bout de la France… Petit à petit, je me suis laissée couler, et ma bonne vieille meilleure ennemie, la dépression, est revenue me hanter.

Comme je m’en aperçois maintenant, c’est l’hiver qui en est le premier déclencheur. Comme tout le monde, je suis sensible à la baisse de lumière, à ces jours qui raccourcissent, à ce froid et à ce ciel gris et maussade (« Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle », c’est pas moi qui l’ai inventé).

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Peu à peu, la déprime hivernale habituelle s’est changée en dépression. Je dormais en cours. Je pleurais en moyenne cinq fois par jour. Je me souviens du réveillon de Noël de cette année-là : j’ai pris le train pour rentrer chez mes parents et j’ai pleuré dans le train, tout le long du trajet, alors que les fêtes de Noël avaient toujours été un plaisir pour moi.

En février, c’est à ma gynéco, au Planning Familial (une femme exceptionnelle, à l’écoute, je la remercie encore du fond du cœur aujourd’hui) que j’en ai parlé, en pleurant à chaudes larmes, moi qui n’étais venue que pour un renouvellement d’ordonnance contraceptive.

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Elle m’a dirigée vers l’assistante sociale, avec qui j’ai eu quelques rendez-vous. Le médecin que j’ai vu ensuite m’a proposé des médicaments. Mais les antidépresseurs me faisaient (et me font toujours) très peur : produits puissants, peur de devenir dépendante, sentiment d’échec (un médicament pour quelque chose qui n’existait que dans ma tête, ça me paraissait idiot).

Finalement, après un déménagement, j’ai retrouvé peu à peu un équilibre, sans médicaments. Mais voilà : saviez-vous que lorsqu’on a fait une dépression, on est beaucoup plus vulnérable à une autre ? En gros, la dépression est une maladie chronique

Deuxième dépression : avec antidépresseurs

En décembre 2010, je travaillais pour un directeur dont le comportement était à la limite du harcèlement moral. Ma famille à l’autre bout de la France me manquait.

Et c’est là que mon copain de l’époque, pour qui j’avais déménagé loin de ma famille pour trouver du boulot plus près de lui, a décidé de me tromper avec son ex pour qui, je m’en suis rendu compte plus tard, il avait toujours eu des sentiments depuis leur séparation. Trahison, mensonge. Tout s’écroulait autour de moi.

Je ne vous fais pas un dessin : la dépression est revenue. J’ai démissionné. Je suis retournée vivre chez mes parents. Mais la cohabitation était houleuse (je ne me suis jamais aussi bien entendue avec eux que lorsque j’étais à l’autre bout de la France) et la dépression s’était cette fois bien installée.

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Je n’arrivais à faire aucune démarche, ni à chercher du travail. Ma mère ne comprenait pas mon attitude, elle me trouvait paresseuse, pensait que je « me la coulais douce » depuis que j’étais revenue à la maison.

Bien sûr, elle était inquiète pour moi et essayait de me secouer. Mais elle m’enfonçait chaque fois un peu plus sans le vouloir. Je n’avais pas besoin d’être secouée. J’avais besoin d’être soutenue.

J’ai fini par aller voir notre médecin de famille, qui m’a convaincue de prendre des antidépresseurs. Je ne vous dirai pas que ça a été magique. Il faut quelques semaines pour que l’effet des médicaments se fasse sentir. Et à vrai dire, c’est à peine si on le remarque au début. Pas d’oiseaux qui chantent dans la tête, ni de vie en rose.

Simplement, au bout d’un certain temps, je me suis rendu compte que je ressassais moins d’idées noires, que j’avais plus d’énergie pour faire ce que j’avais à faire, qu’en entretien d’embauche, j’arrivais à me vendre correctement. En y repensant, c’est comme si on avait appuyé sur le bouton « off » de mon émotivité.

Ce n’est pas que je ne ressentais plus rien. Mais, là où avant j’aurais pété un câble pour une tasse de café renversée, maintenant, je me levais, je prenais une éponge, et j’essuyais avant de me refaire un café. Avec mon nouveau petit ami, je ne ressentais plus cette jalousie maladive que j’éprouvais auparavant, et qui était en fait une conséquence de la profonde dévalorisation due à l’état dépressif. Il me parlait de ses ex et je l’écoutais calmement en me disant que de toute façon, il était avec moi maintenant.

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Je me disais que c’était peut-être ça, d’être « normale », sûre de soi. Aujourd’hui encore, je regrette d’être redevenue « humaine », avec mes émotions trop fortes. Et c’est justement cette pensée qui me fait peur, car elle s’approche de la dépendance.

Les antidépresseurs m’ont aidée à sortir la tête de l’eau, mais ils me font peur parce qu’on peut en devenir dépendant•e.

Oui, les antidépresseurs m’ont aidée à sortir de cet état de torpeur, à remonter la pente (ou plutôt, car je préfère cette image, à pousser avec les pieds au fond de la mare pour remonter à la surface). Mais ils me font peur, parce qu’ils s’apparentent à une drogue, et qu’on peut en devenir dépendant•e.

Quoiqu’il en soit, à la fin de l’été, j’ai commencé à réduire les doses, puis à arrêter complètement, sans problème particulier, ni effet rebond (il y a un risque de rechute plus grave si on arrête trop soudainement ce type de médicaments).

Je ne fais pas pour autant l’apologie des antidépresseurs. Ils m’ont toujours fait peur, et selon moi, prendre des médicaments est, encore aujourd’hui, un signe de faiblesse et d’échec.

Et maintenant ?

Ce qui m’a poussée à écrire ce témoignage, c’est ma visite chez le médecin hier soir. Elle est revenue. Et de nouveau, on m’a prescrit des médicaments. Moins forts, certes, mais des médicaments tout de même. Parce que je n’arrivais plus à assurer au travail, parce que j’étais triste en permanence.

J’ai voulu prendre les devants, reconnaissant l’haleine fétide de cette poufiasse brumeuse. Mon médecin ne m’a proposé que des médicaments, alors que je recherchais plutôt une aide psychologique, un accompagnement, un coaching pour en sortir définitivement.

En sortir définitivement ? Je ne sais même pas si c’est possible. Et maintenant j’ai peur. Peur de mon avenir. Peur de fonder une famille, et d’imposer ça à mes futurs enfants, à mon futur mari. Je le vis comme une fatalité. Peut-être que j’ai tort. Dites-moi que j’ai tort…

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— Illustrations Timtimsia

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Lucibelle
    Lucibelle, Le 10 octobre 2016 à 22h01

    La dépression avec des hauts et des bas ça me connait. Je suis comme ça depuis mes 12 ans ; suite à de violents chocs émotionnels traumatiques qui m'ont fait refouler tout ce qui précédait. Jusqu'à mes 19 ans, on m'a dit que j'étais "une marmotte", que j'étais "d'un naturel anxieux", que je devrais apprendre à relativiser. Bah tiens, va dire ça à une personne dépressive.
    En clair, je dormais beaucoup la journée, et j'étais incapable de dormir après 3 heures du matin. Je n'avais pas d'appétit, ma croissance était en ralenti, je pleurais sans arrêt pour pas grand chose. Je ne supportais pas la présence des autres.
    Je n'ai pas vécu une adolescence normale, je ne suis pas sortie, je ne me suis pas faite pleins d'amis ; je suis restée sous ma couette avec des livres pour m'évader. J'ai continué comme ça jusqu'en terminale, à parfois penser au pire, à parfois me faire mal pour ne plus ressentir la douleur morale.
    Et puis en terminale, avec le bac, c'est devenu l'horreur, j'avais un mal fou à sortir, je ne voulais plus lire, je restais en boule contre mon radiateur et je pleurais. Qu'est-ce que je pouvais pleurer !
    J'ai eu mon bac quand même, et je suis entrée à la fac. Là, les trajets (longs et de nuit le plus souvent) ont fait remonter mon enfance, et j'ai commencé à être malade, très malade. Je vomissais toutes les nuits, j'avais de violentes diarrhées, je m'évanouissais très souvent à l'évocation de certains sujets, j'étais incapable d'aller à la fac. C'était hors de portée. J'ai tenté de mettre fin à mon calvaire avec des médicaments, ma mère m'a fait vomir et j'ai passé la nuit à l'hôpital à pleurer. A force de me voir comme ça, malade chaque nuit et pleurant la journée, mes proches et mon médecin ont fini par penser que je devrais voir une psychologue. Et c'est devenu mon phare. Deux fois par semaine, je sortais de bon coeur pour aller voir ma psy, et je me vidais ; j'avais vraiment cette impression de me vider de quelque chose qui avait besoin de sortir, de déborder, et qui m'épuisait à rester bloqué depuis tant d'années. C'était bon, je me sentais bien.
    Je suis retournée à la fac l'année suivante, dans une chambre étudiante sur place pour m'éviter les trajets. Mais la solitude, le silence, l'éloignement, tout ça était tellement oppressant que je suis passée à l'acte : j'ai avalé une boite de somnifères. Et puis j'ai appelé ma mère. Elle est arrivée au bout de 45min (je me rend compte à quel point c'était dangereux maintenant) et m'a conduite à l'hôpital de nouveau. Ils m'ont menacé d'internement. Je suis rentrée chez moi, avec mes affaires et mes projets d'université remis à nouveau.
    Cette fois, je suis allée voir un psychiatre, d'abord une qui m'a aidé quelques mois avant de me sevrer brutalement (et paf, hôpital), et puis l'an dernier, j'ai emménagé avec mon compagnon et j'ai trouvé un nouveau psychiatre. J'ai commencé un traitement lourd, j'ai revécu mon enfance, je n'ai pas dormi pendant des mois, puis j'ai été accro aux somnifères (un calvaire pour s'en défaire).
    Aujourd'hui je suis en deuxième année de licence, et si parfois j'ai le moral un peu maussade, je vais tellement mieux que c'est un miracle. Je n'ai plus d'émotions ou presque, je suis neutre, ni heureuse ni malheureuse. Mais je ne suis plus malade, je fais des études, et j'ai même une amie.
    Je ne dors toujours pas entre 3h et 4h du matin, et j'ai toujours peur d'être dehors de nuit, mais au moins je m'en sors !
    Je ne ressens pas grand chose, mais eh, c'est beaucoup mieux comme ça.

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