«J’ai pas envie d’être dans le moule» : pourquoi la vidéo d’EnjoyPhoenix m’inspire autant

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Marie Lopez, aka EnjoyPhoenix, a publié une vidéo intitulée « je suis désolée de vous avoir menti », dans laquelle elle débriefe les 2 dernières années de sa vie et prend une résolution déterminante pour l’avenir.

«J’ai pas envie d’être dans le moule» : pourquoi la vidéo d’EnjoyPhoenix m’inspire autant

Depuis qu’elle a participé à l’émission Danse avec les stars, Marie Lopez alias EnjoyPhoenix sur YouTube a été propulsée au rang d’icône sur-médiatisée. Et la jeune youtubeuse en a bien conscience, c’est à partir de ce constat qu’elle développe toute une réflexion sur les deux années écoulées depuis.

Vendredi 19 mai, elle a posté une longue vidéo tournée face caméra, 24 minutes de confessions sobrement intitulées « je suis désolée de vous avoir menti ».

« J’ai essayé d’être quelqu’un que je ne suis pas »

EnjoyPhoenix, de meilleure amie à meilleure cliente… des critiques

Marie explique avoir suivi les évolutions de YouTube, autrement dit les tendances et autres défis à la mode sur le réseau social. Ce faisant, elle s’est éloignée des sujets qui lui tenaient vraiment à cœur : parler de ses problèmes, partager sa vraie vie avec tous les gens qui la suivent.

Elle était soumise à une double pression : celle de répondre aux attentes d’une partie de son public, qui la poussait dans cette direction de « youtubeuse beauté » si je puis dire, et d’un autre côté, l’impossibilité de continuer à être elle-même sur le réseau social.

Difficile en effet que continuer à partager des vrais instants de vie lorsque tout ce que vous faites ou dites est passé au crible dans les médias. Et il faut bien reconnaître qu’au cours des deux dernières années, EnjoyPhoenix n’a pas été épargnée par la presse.

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La sortie de son premier livre a donné lieu à un concours de critiques salées : des journalistes chevronnés se sont sentis en droit d’humilier la jeune femme, pour avoir eu l’audace de publier un roman clairement pas éligible au prix Médicis, quel faux pas !

On se souvient de l’interview passablement méprisante qu’elle avait eu à subir sur le plateau du Supplément, à ce sujet.

Par la suite, un de ses nombreux tutos beauté a provoqué des réactions allergiques chez une partie de son auditoire. Résultat ? On la crucifie dans la presse, à deux doigts de l’accuser de mise en danger d’autrui.

Un an avant, Madame Figaro avait publié exactement le même tuto de masque à la cannelle, mais là, zéro levée de bouclier. Le même magazine s’autorisait pourtant à donner des leçons…

La paille, la poutre…

EnjoyPhoenix veut redevenir elle-même

Dans ces conditions, difficile de réussir à s’épanouir… Je ne peux que compatir avec Marie Lopez, face à la pression croissante qu’elle pouvait ressentir, de toutes parts.

La youtubeuse fait son introspection et réalise qu’elle s’est petit à petit laissée aller à devenir quelqu’un qu’elle n’était pas. Ce n’était pas vraiment un mensonge, mais plus elle faisait des vidéos « loin d’elle », plus elle avait la sensation de créer un fossé, une distance entre la personne qu’elle est vraiment et celle qu’elle projetait à l’écran.

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Combien je comprends cette sensation… Celle de se retrouver sur des rails, assise dans un wagon qui file droit devant soi. Ce n’est pas forcément inconfortable, d’ailleurs Marie ne se plaint pas du tout de la vie qu’elle mène. Moi non plus, je ne me plaignais pas de la mienne.

Plus le wagon est confortable, plus t’as la sensation de voyager en première classe sur les rails de ta vie, et plus il te semble impensable de t’en plaindre. C’est insensé. J’ai tout pour être heureuse, alors si je ne le suis pas, c’est moi qui ai un problème, non ?

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Être soi-même, telle est la question…

Je me suis totalement reconnue dans le témoignage d’EnjoyPhoenix. Elle, c’est dans le rôle de « youtubeuse beauté » qu’elle s’est progressivement laissée entraîner, moi c’était dans une carrière de « jeune cadre dynamique », tailleur-talon-chignon comme je le décrirais.

Et je suis sûre que d’autres, parmi vous qui me lisez, s’y reconnaîtront aussi. Toi qui fais des études pour faire plaisir à tes parents, toi qui restes avec un mec ou une meuf dont tu n’es plus amoureux•se, mais tu peux pas le quitter, parce que c’est un mec bien, tu comprends…

Toi qui souffres de devoir choisir entre carrière et famille, toi qui ne veux pas choisir, toi dont les choix sont critiqués, moqués, combattus même au sein de la société, ou pire, de ta propre famille, peut-être.

Et puis toutes les autres situations auxquelles je ne pense pas forcément, mais pour lesquelles certaines personnes se reconnaîtront à travers ce témoignage.

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Devenir soi-même, telle est la réponse !

C’est tellement dur, d’être soi-même dans une société qui te renvoie en permanence toutes les versions que tu devrais devenir, auxquelles tu devrais aspirer.

C’est ça pour moi, la fabrique des complexes : la comparaison permanente entre ce que je suis et ce que je devrais être, selon mes parents, selon « mon potentiel » (arbitrairement décidé par… ? Mes résultats scolaires, mes origines socio-culturelles, la société dans laquelle j’évolue…).

Pour moi, prendre conscience de tout ça a été comme gravir mon premier sommet : je ne m’en sentais pas capable avant d’y arriver, et j’étais loin d’imaginer à quel point cette étape allait me libérer dans la vie.

Arrêter de courir après la projection fantasmée de ce que je devrais être, pour concentrer toute mon énergie sur devenir qui je voulais vraiment être, a été la meilleure décision de ma vie, et ma plus belle réussite aussi.

Contrairement à Marie, je n’y suis pas arrivée par moi-même. C’est un burn-out qui m’a poussée au fond du gouffre. C’est de là que j’ai eu à me reconstruire et, cette fois-ci, j’ai cherché à être sincère et fidèle à moi-même, quitte à froisser mon entourage. J’avais 26 ans (et ça m’a amenée vers une crise d’adolescence à 27 ans, haha !).

Merci et bravo à EnjoyPhoenix pour son message

J’ai beaucoup de respect et d’admiration pour la démarche d’EnjoyPhoenix : j’étais incapable d’une telle introspection à son âge, incapable aussi de prendre une telle décision et, pourtant, je n’ai jamais été soumise à la pression sociale et surtout médiatique qu’elle a eu à affronter pendant cette période.

Sa vidéo mérite d’être vue et partagée ne serait-ce que pour saluer sa démarche et l’encourager dans la nouvelle voie qu’elle s’est choisie : (re?)devenir elle-même. Un virage compliqué à gérer sous les projecteurs, mais nul doute qu’entourée de la bienveillance de sa communauté, elle saura y parvenir !

Ensuite, j’espère que son message en inspirera des centaines de milliers d’autres : toutes ces jeunes femmes qui suivent les vidéos d’EnjoyPhoenix, qui se cherchent peut-être des modèles à imiter et des voies à suivre.

Je suis heureuse de les savoir dans le sillage d’une jeune femme courageuse, de les voir exposées à un message que j’aurais bien voulu entendre moi-même entre 15 et 18 ans : soyez vous-mêmes.

C’est ce qu’il y a de plus difficile à faire, dans une société qui vous renvoie sans arrêt aux meilleures versions de vous-mêmes, mais l’arnaque est précisément là : la meilleure version de vous-mêmes, c’est vous-mêmes, justement.

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Clemence Bodoc

Anciennement Marie.Charlotte, Clémence Bodoc a été jeune cadre dynamique dans une autre vie, avant de rejoindre la Team madmoiZelle. Elle s’intéresse à l’actualité et à l’écologie, aime la politique et les débats de société. Grande fan de sport (mais surtout à la télévision), et de cinéma (mais seulement en VO), son nom de scout est dinde gloussante azurée. Elle ne mord pas mais elle rit très fort.

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Voici le dernier commentaire
  • OxsanaBCN
    OxsanaBCN, Le 23 mai 2017 à 12h19

    J'ai trouvé la vidéo de Marie très touchante, je ne sais pas comment elle fait pour se faire lyncher de partout comme ça et à réussir à résister. Et en plus à montrer que ce qui l'a touche le plus c'est d'avoir perdu certains de ses abonnés.

    Dans la vidéo elle raconte que lorsqu'elle était à Disney avec tous les autres youtuber Natoo lui a dit que c'était elle qui prenait toujours pour tous, et c'est vrai, on dirait qu'elle est le punching ball de tous les journalistes, leur cible préféré et elle a une vraie force pour rester droite et ne pas sombrer. Je pense que ce que font les journalistes est une sorte de harcélement.

    Ça me fait penser à la vidéo qui tournait sur FB avec la maitresse qui montre deux pommes aux élèves, une maltraité, insulté et l'autre choyé. Rien ne se voit de l'extérieur mais une fois ouverte en deux on peut voir les dégâts sur le première pomme.

    En tout cas courage Marie!

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