Et si, pour avoir un éclair de génie, il fallait… ne pas réfléchir ?

Une équipe de chercheur•ses s'est questionnée sur le contexte qui favorise les éclairs de génie et leur efficacité. Explications.

Et si, pour avoir un éclair de génie, il fallait… ne pas réfléchir ?

Que faisaient les gens qui ont changé le monde lorsqu’ils ont trouvé comment le faire ? Vivaient-ils un moment exceptionnel ou étaient-ils en train de faire un truc banal ?

La légende raconte qu’Archimède était aux bains publics (et qu’il a crié son fameux « Eurêka ! ») lorsqu’il a compris que la densité d’un objet pouvait être mesurée par le volume d’eau qu’il déplace (autrement dit, on peut parfaitement être à poil en train de buller dans un bain ET trouver la poussée d’Archimède) (enfin, à peu près quoi).

Figurez-vous que selon la science, les moments où nous ressentons des éclairs de génie auraient des points communs : ils apparaissent très soudainement, sont ressentis comme des expériences très positives… et sont pourtant difficiles à expliquer.

Dans une étude récente, dont les résultats ont été publiés dans le journal Thinking and Reasoning, Carola Salvi et une équipe de chercheur•ses ont proposé à plusieurs volontaires de participer à 4 expériences de type « casse-tête ».

L’éclair de génie souvent plus efficace qu’une analyse rationnelle

Dans chacune des expériences, les participant•es ont donc un « problème » à résoudre : dans la première, les chercheur•ses donnent trois mots aux volontaires et leur demandent de trouver un nom qui pourrait se construire à partir des trois termes de départ.

En l’occurrence, les trois mots donnés (en anglais — j’ai essayé drôlement fort de trouver des équivalents français, mais je n’ai pas été frappée par l’éclair de génie) étaient « crab » (crabe), « pine » (pin) et « sauce ». Le mot qui pouvait contenir les trois termes donnés était « apple » : avec celui-ci, on peut construire « crabapple » (pomme sauvage), « pineapple » (ananas) et « applesauce » (confiture de pommes).

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À la fin de l’exercice, les participant•es expliquent la manière dont ils ont résolu le problème : soit par un « éclair de génie » (c’est-à-dire que la réponse est apparue soudainement dans leur esprit, sans qu’ils parviennent à expliquer comment ils l’ont obtenue), soit par une analyse plus fine et rationnelle (dans ce cas, la réponse apparaît de manière graduelle, après la mise en place de méthodes de recherche, etc.).

Bien sûr, les deux stratégies peuvent payer et permettre de résoudre les problèmes présentés — mais il semble que, dans cette expérience, l’éclair de génie soit un petit peu plus efficace : 94% des problèmes qui ont été résolus avec un éclair de génie ont été déterminés correctement — alors que ce chiffre tombe à 74% avec une analyse plus fine.

Dans chacune des trois expériences suivantes, les exercices étaient similaires — et les constats se rejoignent peu ou prou : les éclairs de génie permettent de résoudre plus efficacement les problèmes qu’une analyse méthodique.

L’éclair de génie, une autre forme de réflexion

Ce résultat peut paraître contre-intuitif : comment expliquer qu’une méthode d’analyse rationnelle soit moins efficace qu’un petit éclair de génie ?
Pour les chercheur•ses, l’éclair de génie n’est pas une absence de réflexion : c’est juste qu’elle se fait autrement. En fait, les deux stratégies solliciteraient des processus différents dans le cerveau.

Dans une étude antérieure, des chercheur•ses ont observé des cerveaux de volontaires par électroencéphalogramme et par IRM : juste avant les éclairs de génie, le cortex occipital (qui est habituellement lié au traitement visuel des informations) « s’éteint » momentanément, comme si les idées venaient apparaître à la conscience (alors qu’elles n’y étaient pas avant — et qu’elles étaient peut-être traitées ailleurs).

En revanche, la stratégie d’analyse suppose un traitement toujours conscient des informations — ce qui veut dire aussi qu’en étant au courant que l’on est en train de chercher, on peut être plus soumis au stress, à la volonté de se presser… Ce qui peut créer des erreurs.

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Evidemment, ces résultats sont des observations de laboratoire — et, dans la vie quotidienne, il est peut-être difficile pour la science de comprendre et d’expliquer ces phénomènes, nos éclairs de lucidité, de génie, de créativité

Ce que l’on peut retirer de cette recherche, c’est qu’il peut parfois être bénéfique de ne pas être « conscient » des choses pour parvenir à une réponse « juste » — que, parfois, laisser vos pensées vagabonder dans les recoins de votre esprit peut vous aider à résoudre des problèmes. Peut-être qu’en bullant dans un bain, ou en glandant dans un parc, inconsciemment, nous résolvons des problèmes !

Pour aller plus loin…

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Ahn
    Ahn, Le 16 novembre 2016 à 22h04

    ça fait longtemps que j'ai remarqué ça. En général, je travail à fond mon problème, pas vraiment pour trouver la réponse mais pour bien le maîtriser. Ensuite je vais faire quelque chose qui n'a rien à voir. Et presque à chaque fois j'ai une solution qui me vient.
    C'est pas du génie, je pense que, comme ils le disent un peu dans l'article, le cerveau à d'autres moyen de fonctionner et c'est justement quand on y prête moins attention qu'il fait des liens tout seul entre des choses auxquelles on aurait pas pensé de manière rationnelle. Je sais pas si c'est très claire ce que je viens de dire mais ça m'est super utile dans la vie de tout les jours. Par contre faut quand même maîtriser un minimum le sujet sinon ça marche pas.

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