La déréalisation et moi, entre rêve et cauchemar éveillé

Amélie a mis un mot sur cette sensation étrange prenant parfois possession d'elle : la déréalisation.

La déréalisation et moi, entre rêve et cauchemar éveillé

Je ne me rappelle pas bien de la première fois où j’ai eu l’impression d’être bourrée avec zéro gramme d’alcool dans le sang. Je devais avoir environ six ans et cette sensation m’a paru bien plus amusante qu’inquiétante, à l’époque.

Hier, j’ai passé la moitié de ma journée dans un univers parallèle, un monde où le temps ne s’écoule pas à la même vitesse que moi, où les sensations sont différentes. J’ai bossé, j’ai marché dans la rue… et pourtant, j’étais bien loin du quotidien qui rythme mes journées. Ailleurs.

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Mais t’es là, mais t’es pas là (mais t’es où ?)

Mettre des mots sur une sensation n’est pas toujours évident. Dans mon cas, j’ai tout à coup l’impression que je ne suis plus vraiment à l’endroit où je suis. C’est comme si un voile se plaçait devant mes yeux, que j’appliquais un filtre de ralenti sur le rush de ma vie. Pourtant, rien n’est réellement flou. C’est un peu comme cet état de méditation où les yeux se perdent dans le vide (sans pouvoir le quitter dans un battement de cils).

J’ai tout à coup l’impression que je ne suis plus vraiment à l’endroit où je suis

Quand je fais une crise, j’ai l’impression d’être un aigle capable de faire un zoom sur un mulot à deux kilomètre de là. Les sons sont plus clairs. Le toucher est différent. Je ne maîtrise plus les distances et je ne ressens pas vraiment la douleur. Mon corps se ramollit. Je me transforme en vieux torchon humide sur le sol d’une cuisine.

Parfois, quand je me regarde dans la glace, j’ai aussi l’impression que mon visage est terrifiant.

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118-218, bonjour ! Oui, bonjour je cherche un bon exorciste vous avez ça ?

Malgré ça, je suis tout à fait consciente de ce que je fais. Je prends mille précautions pour ne pas me faire mal ou avoir l’air d’être sous acides. En général, cet état survient pendant ou après un effort physique ou de grande concentration (genre en plein milieu d’un parcours d’obstacle à cheval ou au moment de m’insérer sur l’autoroute) (c’est pratique).

Quand je sors enfin (progressivement) de cet endroit où la gueule de bois ne donne pas la nausée, c’est comme si j’avais fait une sieste de trois jours.

Est-ce que ce monde est sérieux ?

Tu n’avais pas encore ta dose de bizarrerie ? Voilà pire encore. Parfois, quand j’erre un peu trop dans cet espèce de tableau figé, j’en viens à me poser des questions métaphysiques dont Freud adorerait qu’on discute autour d’une tisane à la menthe.

Est-ce que j’existe vraiment ? Ma vision du monde est-elle la bonne ? Ne serais-je pas un Sims aux mains de créateurs aux options infinies mais n’ayant pas encore inventé le « Motherlode » ?

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Cette exposition inédite des plus beaux chefs-d’œuvre de Van Gogh vous est offerte par votre esprit.

J’avais consulté mon médecin, il y a quelques années. Je commençais à perdre pied dans cette sensation à la fois si familière et étrange. Pour moi — persuadée que tout le monde avais la faculté de se mettre dans cet état — le doute commençait à s’installer : et si j’étais malade ? Et si je restais « coincée » ?

Après quelques tests et palpations diverses de ses mains douces et chaudes, la professionnelle a affirmé que tout ça, c’était dans ma tête. Elle a évoqué des crises de spasmophilie et m’a prescrit plusieurs cures de magnésium. J’ai repoussé ce drôle d’état second à coup de Magné Control pendant un long moment. Les cachets bleus et blancs ont fait effet… mais juste un temps.

Et si j’étais malade ? Et si je restais « coincée » ?

Il y a un peu plus d’un an maintenant je suis passé en freelance, ce qui me convient parfaitement. Je gère mon temps et mes client•e•s comme je le souhaite ; j’ai cette liberté qui permet de partir en week-end à Londres un mercredi-jeudi. Pourtant, il est rare que mes semaines ne dépassent pas sept jours. Je n’ai pas pris de vacances depuis plus de quinze mois.

Moi qui avais l’habitude de repousser toujours les choses à la dernière seconde, je suis devenue une adepte des listes (même pour « me laver » et « regarder le replay des Princes »). Mon esprit et mon âme ne trouvent la paix qu’une fois tous les mots barrés. Enfin, je peux souffler. En général il est deux ou trois heures du matin.

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Inutile de te dire que j’ai appris à manier l’anti-cernes aussi bien que la team de Nouveau Look pour une Nouvelle Vie. Je ne me sens pas tellement plus fatiguée ou stressée qu’avant, et pourtant…

C’est comme si ton cerveau faisait un nervous breakdown.

Je me suis un peu renseignée, en tapant quelques mots-clés et en parlant autour de moi. Deux termes sont rapidement revenus : « déréalisation et dépersonnalisation ». Cette dernière concerne la perception de soi (ce n’est pas mon cas) tandis que la première est décrite comme un sentiment d’irréalité et d’étrangeté au monde extérieur (c’est pour bibi). On peut observer ces « syndromes » en cas de dépression, d’angoisse ou de niveau de stress très élevé.

Pour l’expliquer simplement, c’est comme si ton cerveau faisait un nervous breakdown. Pour se protéger du trop-plein d’émotion, il se coupe de la réalité histoire de se faire masser les neurones dans un univers parallèle, où personne n’est là pour te rappeler la deadline de ton projet.

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C’est une sorte de mécanisme d’auto-défense pour les fois où tu n’arrives plus à te détendre suffisamment. Cet état peut durer quelques minutes ou, dans des cas rares, devenir permanent. Même si le phénomène est assez peu reconnu, les personnes dites « introverties » et/ou à l’imagination fertile ont plus tendance à ressentir la dépersonnalisation et la déréalisation.

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Il n’existe donc aucun « traitement », car il ne s’agit pas d’une maladie. La meilleure solution est d’apprendre à se détendre, à bien respirer et surtout à ne pas paniquer face à la situation, car le cercle vicieux ne ferait que repartir pour un tour !  Bien entendu, dormir reste encore la meilleure des solutions.

En soi, ce n’est donc pas si grave. Mon corps prend simplement soin de mon petit esprit meurtri par tant d’heures à exploser ma rétine à quinze centimètre de mon écran. Merci mon gars, t’es un un vrai pote ♥

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Toi aussi, tu as déjà ressenti ce type de sensation ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Romanemlk
    Romanemlk, Le 8 septembre 2016 à 20h46

    @Asywen
    Je me retrouve beaucoup dans ton témoignage, j'ai exactement la même sensation devant le miroir, je ne me reconnais pas. L'impression d'être saoule aussi, et c'est vraiment désagréable, tout comme toi j'ai l'impression que je vais rester dans ce reve, cette bulle pour toujours. J'ai quand même remarqué que lorsque je suis très concentrée sur une chose je ne ressens pas tout ça, mais il suffit que j'y pense pour que ça revienne.
    Je n'ai pas vraiment de solutions malheureusement, je fais une thérapie comportementale et cognitive (parce que j'ai d'autres soucis à côté). Entre psychiatre et psychologue la "seule" différence c'est que le psychiatre pourra te prescrire des médicaments alors que le psychologue non.
    Je te conseille d'aller consulter, ça pourrait peut être t'aider, en tout cas je te souhaite d'en sortir (et moi aussi j'espère)

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