« T’y arriveras jamais… Je dis ça pour toi. »

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Si les critiques constructives peuvent être très bénéfiques, les critiques nocives peuvent être ravageuses... Une solution peut être de se recentrer sur soi, pour retrouver confiance.

« T’y arriveras jamais… Je dis ça pour toi. »
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— Initialement publié le 6 décembre 2016

« La critique a du bon, je l’aime et je l’honore » écrivait Voltaire. Je souscris pleinement à cette maxime, et je chéris la critique au quotidien : pointer mes faiblesses, mes lacunes, mes erreurs, voilà qui me permet de les corriger efficacement et de devenir une meilleure version de moi-même.

C’est pourquoi, sans doute, je privilégie dans mon entourage le contact des gens critiques : celles et ceux qui n’hésitent pas à me faire savoir que je déconne, que je paresse, que je triche, que je déjoue et sous-estime mon potentiel.

Mais parfois, la critique cesse d’être constructive et utile, pour accomplir l’exact opposé : détruire ma confiance en moi. Tour d’horizon de ces phrases que j’ai trop entendues, et qui ne me font aucun bien.

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« Tu ne pourras jamais porter ça »

Parfois c’est encourageant. Souvent, au début. J’ai été ma propre critique pour construire mes goûts vestimentaires et mon rapport au corps, en réaction sans doute aux avis extérieurs.

Quand ma mère me disait « ah non ça ne te va pas ! », parfois je lui donnais raison, parfois je restais convaincue que si la pièce me plaisait, c’était mon choix.

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Mais me détacher de ma mère n’a pas pour autant diminué mon exposition aux critiques. Bien au contraire…

« Mais tu ne vas pas porter ça ! C’est vraiment ridicule ! »

Mon physique n’était pas épargné :

« Parce que tu crois vraiment être taillée pour un crop top ? Ne sois pas stupide et repose-ça. »

« Moui. Si tu faisais 3 tailles de moins, ce serait correct. Là, c’est juste vulgaire et dégueulasse, hein. »

« Tu vas pas porter ça, t’es malade ou quoi ? Et puis de toute façon, t’es bien trop grosse pour pouvoir sortir avec cette jupe. Regarde ce ventre, on dirait que t’es enceinte, et cette coupe n’arrange rien. »

C’est dur de s’accepter et de s’aimer dans ces conditions. Et d’y réfléchir, en l’écrivant, je me demande encore depuis quand je tolère qu’on me parle sur ce ton ? Qui plus est avec une telle violence ?

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« Tu ne fais pas assez d’efforts »

Réussir à me remettre au sport a été une grande victoire dans ma vie : moi, la traumatisée des cours d’EPS, je reprenais plaisir à me bouger, ou plutôt je découvrais celui de suer abondamment et régulièrement.

Les séances d’endurance de mes années collège restent un souvenir peu agréable (alerte euphémisme). Outre le fait de courir, il fallait surtout faire face aux moqueries des autres.

Alors les humiliations que j’ai laissées dans ces archives adolescentes, vraiment, je n’en veux plus dans ma vie d’adulte. C’est dire si mon sang ne fait qu’un tour lorsque j’entends des choses du genre :

« Oh là là mais la lose, vraiment. Ça veut faire du sport mais ça sait pas le faire correctement. Prends des cours ou reste chez toi, sérieux. »

« Ok, t’as besoin de faire du sport, ça se voit, mais c’est pas possible de faire aussi peu d’efforts. »

« Si tu fais pas tes exercices à fond, tu peux rester chez toi. Et rester grosse. Fais-toi une raison. J’dis ça, c’est pour toi, hein. »

À entendre ça, je ne retiens qu’une chose : pas assez. Je ne viens plus à la salle assez souvent. Je ne m’entraîne pas assez longtemps. Je ne me fixe pas d’objectifs assez ambitieux. Je ne fais pas assez d’efforts.

Je ne fais plus rien d’assez bien.

« Tu veux faire un semi-marathon mais t’es plus capable de courir dix minutes sans cracher un poumon…

Et puis c’est pas en bouffant des frites un jour sur deux que t’auras la forme nécessaire à un exercice d’endurance. »

Je vais toujours à la salle de sport, mais c’est de plus en plus difficile. Ça me mine le moral d’entendre ça, et j’en perds rapidement ma motivation.

« Tu n’iras jamais plus loin, je dis ça pour ton bien »

L’univers professionnel, sous ses aspects vernis et policés, s’est avéré aussi cruel que les cours de récré. Là aussi, les petites phrases assassines fusaient dans mon dos.

« Encore une question ? Mais pourquoi tu ne vas pas la poser à quelqu’un, au lieu de fixer mon écran ? T’attends quoi, que la réponse s’affiche comme par magie ? »

« Quoi, de quoi tu te plains encore maintenant, mais qu’est-ce que t’attends pour aller confronter les collègues en question, parler à ton manager ?

Règle tes problèmes en adulte, c’est pas en regardant tes chaussures que ça va résoudre quoi que ce soit. T’as quel âge, franchement ? »

« T’avances pas sur ce projet, mais c’est pas étonnant, tu ne fais aucun effort… Bon, ok, pas assez d’effort. Voilà. »

Plus j’avais besoin de soutien et de conseils, et plus les critiques devenaient piquantes, acerbes, méchantes :

« Tu veux te barrer ? Mais ce sera pareil ailleurs. C’est comme ça, le monde du travail. Serre les dents et arrête de faire l’enfant.

Une augmentation ? Mais tu vaux à peine ta paye ! C’est pas étonnant qu’on te propose zéro perspective d’évolution qui te convienne. Ça correspond à la valeur de ton taf, non ? »

J’ai fini par changer de job, d’univers professionnel, mais la cruelle réalité, c’est que ce genre de reproches n’est pas circonscrit à un type d’environnement en particulier.

« Tu ne mérites pas mieux »

C’est dur de percevoir autant de méchanceté, au plus près de soi. La critique a du bon, ouais, je sais… Mais qu’est-ce qu’elle a encore de bon, la critique qui me paralyse ?

Qui me parle sur ce ton ?

Et surtout, depuis quand je me laisse parler sur ce ton, par qui que ce soit ? Je mérite mieux, non ? Mais là encore, lorsque je tends l’oreille pour trouver du réconfort, c’est bien trop souvent un tout autre son de cloche que j’entends :

« Si tu méritais mieux, tu réussirais ce que tu entreprends.

T’es peut-être tout simplement à ta place dans cette société. »

« Y a que la vérité qui blesse », m’a-t-on répété à l’infini…

Mais non. Je crois qu’il n’y a que les pensées négatives qui blessent à ce point, et qu’elles sont loin de la vérité. Quand j’ai compris ça, ma vie a réellement été transformée… Explications.

L’auto-dépréciation, expliquée par Guy Winch

C’était un dimanche après-midi et j’étais en train de ruminer mes dernières critiques nocives, reçues après avoir échoué à me lever 4 matins de suite pour accomplir ma routine de Miracle Morning.

Pour me changer les idées, j’écoutais un podcast de TED Radio Hour, Headspace : sur la gestion de l’esprit. Guy Raz, l’animateur de cette série d’émissions compilant des extraits de TED Talks par thème, présente au micro un auteur psychologue, Guy Winch. Il vient parler d’auto-dépréciation (« negative self talk »), ce qu’il explique ainsi :

« On se dit à soi-même des choses qu’on n’oserait jamais dire à quelqu’un d’autre. Cette habitude d’être extrêmement critique, voire punitif envers soi-même, c’est l’exact opposé d’une bonne hygiène mentale.

C’est comme aller nager dans une mer infestée de bactéries, alors que vous êtes enrhumé•es. Oh, allons mariner là-dedans, et voyons ce qu’il va se passer. Personne ne ferait ça ! »

Guy Winch raconte ensuite une anecdote très marquante. En voici une traduction approximative :

« J’ai travaillé avec une femme qui, après 20 ans de mariage et un divorce très compliqué, était finalement prête à sortir en rendez-vous galant pour la première fois.

Elle avait rencontré cet homme sur Internet, il avait l’air bien sous tous rapports, intéressant, et surtout : elle avait l’air de lui plaire énormément.

Elle était impatiente de le rencontrer, ils ont pris rendez-vous dans un bar branché de New York, elle avait acheté une nouvelle robe pour l’occasion.

Ils se retrouvent pour boire un verre, mais au bout de dix minutes, l’homme se lève et dit :

— Désolé, je ne suis pas intéressé.

… Et il s’en va.

Le rejet est extrêmement douloureux à vivre. La femme était si blessée qu’elle ne pouvait plus bouger, elle est restée figée sur place.

Tout ce qu’elle a réussi à faire sur le moment, c’était d’appeler une amie. Et voilà ce que son amie lui a répondu :

— Bah, à quoi tu t’attendais ? T’as des hanches énormes, tu n’as rien d’intéressant à dire, pourquoi est-ce qu’un bon parti comme lui s’enticherait d’une ratée comme toi ?

C’est choquant, non ? Ce serait moins choquant si je vous avouais que ce n’est pas l’amie qui a dit ça.

C’est ce que la femme s’est dit à elle-même, et c’est ce que nous faisons tous et toutes après avoir été rejeté.

On commence à penser à nos défauts, nos échecs, nos regrets, on s’insulte, peut-être pas aussi violemment, mais c’est un schéma qu’on reproduit tous et toutes ».

— Écouter l’intégralité du podcast Headspace, sur TED Radio Hour

Personne n’est plus sévère avec moi… que moi-même.

Voilà. Il n’y a pas de voix autour de moi. Personne ne me souffle ces critiques cruelles et méchantes, parce que je ne laisserais personne me parler de la sorte. Même pas pour rire, certainement pas « pour mon bien ». Personne n’est plus sévère avec moi-même… que moi-même.

L’auteure de toutes ces phrases horribles… C’est moi.

Je suis ma pire ennemie… ou ma meilleure amie

Prendre conscience de ça m’a amenée à revoir la façon dont je me juge et m’encourage à progresser dans la vie. Et cette anecdote de Guy Winch m’a ouvert les yeux : je me suis toujours fixée comme principe de vie le fait de ne pas faire subir aux autres ce que je n’aimerais pas vivre moi-même.

Et voilà que je me faisais subir quelque chose que je n’imaginerais jamais faire vivre aux autres, même pas à ma pire ennemie, et certainement pas à ma meilleure amie.

Désormais, je me parle autrement. Je me challenge, je m’encourage, je me défie, mais je ne m’insulte pas. Je ne suis pas idiote parce que j’hésite, je ne suis pas lâche parce que je doute. Je ne suis pas narcissique parce que je cherche à me plaire, je ne suis pas futile parce que je tergiverse.

Je ne suis pas en échec lorsque je suis patiente, je ne suis pas stupide lorsque j’apprends. Mes défauts ne sont pas des fautes. Mes échecs ne sont pas des punitions.

Mes amies ne sont pas des juges, et je n’ai pas à être mon propre bourreau. J’ai le choix d’être ma plus sévère critique, ou ma plus fidèle alliée ; être ma pire ennemie, ou ma meilleure amie.

Vu comme ça, le choix est facile, tu ne trouves pas ?

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Comment pratiquer l’hygiène mentale, par Guy Winch

Si tu veux écouter l’intégralité du TED Talk de Guy Winch, le voici. C’est un bon point de départ. (L’anecdote de la femme larguée au bout de dix minutes est racontée à partir de 11 »09).

Clemence Bodoc

Anciennement Marie.Charlotte, Clémence Bodoc a été jeune cadre dynamique dans une autre vie, avant de rejoindre la Team madmoiZelle. Elle s’intéresse à l’actualité et à l’écologie, aime la politique et les débats de société. Grande fan de sport (mais surtout à la télévision), et de cinéma (mais seulement en VO), son nom de scout est dinde gloussante azurée. Elle ne mord pas mais elle rit très fort.

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Commentaires
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  • Shurto
    Shurto, Le 6 mars 2017 à 14h33

    Shichun
    Merci beaucoup @Clemence Bodoc (et plus largement aux équipes de Madmoizelle) pour tous ces articles encourageant la bienveillance avec soi-même. Vous en parlez très souvent, dans des articles ou des podcasts, et c'est vraiment inspirant !

    J'essaie moi aussi désormais d'être gentille avec ma petite personne. Je m'excuse quand je m'envoie pas mal de méchancetés... alors je me regarde dans un miroir et je me dis "EH OH, TU VAS T'EXCUSER POUR TOUT ÇA !"
    Et je ne quitte pas le miroir avant de m'être auto-réconciliée. Avec cette petite routine, je trouve que ça commence à aller mieux :)
    FAut que je fasse pareil !!!! Désolée, je prends toutes les bonnes idées ici ! Trop inspirant cet article et les commentaires aussi :) Je suis une fervente défenseuse de la bienveillance et autant je n'ai aucun pb a en avoir avec les gens en général, ma fille en particulier qui a une confiance en elle incroyable (presque tout le temps !), autant avec moi-même c'est piques et méchanceté... Plus la tendance à la procrastination (une chose qui m'horripile chez moi...), le surpoids contre lequel j'ai perdu toute motivation à lutter... Je me sens souvent submergée par un sentiment de trop : trop de choses contre lesquelles lutter, trop de défauts, trop de sensibilité, trop de tendance à râler pour un rien (atavisme familial)... Bref une sorte de fatigue générale qui me paralyse. J'essaie d'arreêter de râler, déjà un premier pas je me suis dit... Le second, ce sera de me donner cette bienveillance pour laquelle plusieurs personnes me remercient régulièrement (et si elles savaient à quel point ça fait du bien ce miroir positif qui m'est renvoyé comme ça !!!). Bref, la vie est belle, je suis intelligente, j'écris pas trop mal et parfois j'arrive même à assumer mes kilos... Pas encore réussi à reprendre le sport par contre, euh courir ???? Mais enfin pour quoi faire ??? Pourquoi courir quand on peut marcher ?!! :trelawny:
    Voilà !! Merci de m'avoir lue, merci pour l'article, @Clemence Bodoc : toujours aussi bien !! Un système de notation des articles un jour ? Parce que là sur l'échelle bien-être pour moi on est à 8/5 :hugs:

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