J’ai testé pour vous : passer le concours d’une grande école

Sophie a passé le concours de l'École Supérieure de Journalisme lilloise. Forte de cette expérience et délestée des quelques dents qu'elle s'est cassée sur les copies, elle vous fournit quelques conseils avisés pour ces concours des grandes écoles.

J’ai testé pour vous : passer le concours d’une grande école

Voici donc un article agrémenté de quelques conseils pratiques à l’usage de celles qui, tout comme moi, comptent s’incrire gaiement au concours d’entrée d’une école bien trop réputée pour leur petite tête de dinde aux capacités réduites.

Nous sommes le 31 mai 2011. Une date que je nomme depuis quelques mois « le jour le plus important de ma vie » avec des trémollos dans la voix. Comprenez, l’enjeu est gros: je suis depuis septembre en Master Enseignement alors que j’ai autant de capacités pédagogiques qu’Eve Angeli de chances de gagner la super finale de Questions pour un Champion.

En outre, je passe la plupart de mon temps à raser les murs de la fac ou à me cacher dans les toilettes afin de ne pas croiser mon directeur de mémoire. Mémoire dont je ne comprends même pas l’intitulé. Mémoire sur lequel je n’ai presque pas avancé, faute de temps. Mémoire dont je dois passer la soutenance en septembre.

Pour faire simple, réussir ce concours, c’est m’éviter ce cauchemar et, par là même, entrer dans une des écoles de journalisme les plus réputées qui me mènera au métier que je veux faire depuis aussi longtemps que je ne me fais plus bomber la frange pour ressembler à Barbie.

Mardi 31 mai, j’arrive donc devant les locaux où se déroulent les épreuves. Je m’imagine déjà réussir avec brio les épreuves écrites et faire rire et pleurer le jury aux oraux, les impressionnant par ma rhétorique digne d’un intervenant récurrent de C dans l’air, leur chantant « Brass in Pocket » des Pretenders pour qu’ils assimilent bien que je suis unique, voire iréelle.

La suite de l’histoire étant évidemment que j’intègre cette école, devienne major de promo, obtienne un stage au Monde et sois embauchée, chez eux comme grand reporter. Et puis un jour, je déciderais de monter mon propre périodique et, pour fêter mon départ, une soirée disco serait organisée par Eric Izraelewicz himself durant laquelle il ferait un discours saluant mon professionnalisme devant les autres employés qui ne me jalouseraient même pas tant ils m’aimeraient.

Il est évident qu’après une telle carrière, une rue du quartier latin porterait mon nom et un reportage serait produit par le Laurent Delahousse du futur sur ce jour pluvieux de mai 2011 où j’aurais commencé mon ascension fulgurante, ce fameux jour de printemps où mon destin se serait mis en marche.

C’est à peu près dans cet état d’esprit que je fume la cigarette de la gloire devant l’amphithéâtre de la gloire en essayant de garder dans mon estomac glorieux mon petit-déjeuner de prolo (« il ne faut jamais oublier d’où l’on vient », comme le déclare Hélène Ségara dans chacune de ses interviews). D’un pas conquérant, je rentre dans la salle qui m’est attribuée pour enfin concrétiser ces six mois de fichage du Monde. Deux semaines après, tel un vétéran du Viet Nam, je viens à vous pour vous prodiguer quelques conseils que moi-même ne pourrais pas suivre.

Étape 1: gérer la difficulté abyssale des épreuves sans angoisse

Pour cela, il vous faudra :

  • Quelques barres de céréales (ou des chips si vous souhaitez déconcentrer les autres candidats, garces),
  • Un portable éteint pour ne pas vous prendre mes doigts dans vos yeux si par hasard on se retrouve au même concours l’année prochaine et que votre réveil sonne,
  • Une couche si, tout comme moi, vous ne supportez pas l’idée d’être accompagnée aux toilettes et que l’on vous entende vider votre vessie de princesse,
  • Des oeillères.

Si comme moi, vous avez sous-estimé la difficulté des épreuves sur lesquelles vous allez bûcher, laissez-moi croire que vous allez rigoler cinq minutes avant de vous mettre à rogner votre stylo jusqu’à l’encre. Très vite, il vous faudra faire preuve de plus d’efficacité que jamais dans votre vie, surtout que les organisateurs ne sont pas en manque de créativité pour mettre à mal votre concentration.

Par exemple, je jure qu’il y avait un sosie de François de la Nouvelle Star dans mon amphi. En plein milieu, pour une visibilité optimale. Du coup, je ne dois pas être la seule à avoir passé la moitié de la journée à le regarder pour m’assurer de son identité et pouvoir en parler aux copines après. Résultat: des grosses traces de bave de stylo sur ma copie, et vingt minutes de perdues. Ah bah bien !

Autre fourberie de la part des organisateurs du concours : la première épreuve de l’après-midi consiste en un film d’art et essai (pour la session 2011, un film israélien sur une fanfare égyptienne qui arrive dans un bled paumé) d’1h20 que vous devrez restituer par la suite en vous penchant sur le plus de détails possibles. Il faut donc rester concentré et passif de 14h à 15h20. Hé mais attendez, y a un truc qui m’échappe: il faut rester concentré et passif plus d’une heure EN PLEINE DIGESTION ! Une idée me vient, tout à coup: serait-ce un moyen de faire le tri en écartant directement les mous du genou amateurs de siestes ? Je ne puis y croire. Le monde de l’enseignement supérieur ne peut définitivement pas être aussi cruel.

Étape 2: rester zen dans une ambiance délétère

Pour cela il vous faudra :

  • Un portable rechargé
  • Un mp3 et des écouteurs de qualité
  • Des boules Quiès

Comment vous dire. C’était le premier concours que je passais depuis le Tell Me More Contest d’anglais pour toutes les classes de 6e en 2001, et je partais avec un a priori positif.

Si bien que, lorsque ma mère m’a proposé de m’accompagner devant la salle, je lui ai répondu : « Ah mais non, faut que je me fasse des copains ». Pourtant, quand je suis sortie de l’amphithéâtre pour la pause déjeuner, c’est en terrain hostile que j’ai mis les pieds.

Si, comme moi, vous n’avez pas pensé à embarquer vos écouteurs pour manger votre salade de pâtes en toute tranquillité, oyez ce que je vais vous dire : n’écoutez pas les gens autour de vous parler des épreuves de la matinée.

Dites-vous – même si c’est faux et qu’ils ont simplement envie d’en discuter avec leurs semblables – que leur but est de prouver aux 749 autres candidats qu’ils sont plus cultivés, plus brillants qu’eux. Dites-vous qu’ils sont mauvais. Qu’ils sont le Mal. Parce qu’ils ont tous l’air d’avoir passé quelques mois à New York, San Francisco, Londres, Tokyo et Dakar, qu’ils ont tous fait une mission humanitaire pour soigner les petits lépreux de Jakarta, ainsi qu’une année préparatoire pour se préparer aux concours d’entrée aux écoles qui préparent aux métiers du journalisme (vous suivez ?).

Angoissées comme vous le serez probablement, vous allez penser qu’ils ont davantage réussi les épreuves que vous, et que vous feriez mieux de sauter dans le métro, rentrer chez vous ou dans votre chambre d’hôtel après avoir acheté un pot king size de Ben & Jerry’s, et pleurer toutes les larmes de votre corps en regardant Toute une histoire.

C’est donc les épaules basses et démotivée d’un poil que je me suis installée un peu à l’écart de tout le monde pour profiter de ma pause. Et – joie ! – deux filles viennent m’adresser la parole :

– Salut, t’as fait Ipesup [école qui prépare aux pires concours du monde, ndlr] ?
– Nan je suis en Master Enseignement à Amiens, répondis-je la voix pleine d’entrain.
– … Ah ok.

Fin de la discussion. Ambiance.

Il vous faudra également éviter les drama queen, arme ultime de démotivation massive. J’ai eu l’occasion de croiser une fille qui était au téléphone avec sa mère. Jusque-là, rien d’anormal. Ce qui m’a choquée dans son attitude, c’est qu’elle pleurait, et donnait des coups de pied dans le mur en hurlant « MAIS MAMAN C’EST CETTE ECOLE QUE J’VEUX ! », regards levés vers le ciel et mordillage de la lèvre inférieure.

Une attitude très prisée par les actrices californiennes de seconde zone, mais qui fait tâche dans le paysage lillois. Son regard a croisé le mien et, pleine d’empathie, je lui ai dit « t’inquiète pas, je suis en Master Enseignement à Amiens ». Ca l’a rassurée : elle s’est dit que, finalement, elle avait toutes ses chances.

Etape 3: éviter de devenir complètement dingue en attendant les résultats

Pour cela il vous faudra :

  • Un entourage très patient

Que vous ayez l’impression d’avoir réussi ou pas, sachez qu’entre la première étape des épreuves et les résultats d’admissibilité, il y a un monde qui se définit en deux mots : deux – semaines.

Pendant ce laps de temps, vous passerez par diverses phases, vous confrontant à un yoyo émotionnel des plus éprouvants et vous rendant absolument insupportable pour votre entourage.

En deux semaines, vous aurez également le loisir de tomber dans le piège de ce que votre mère appelera pour vous rassurer la « période de décompression ». Vous passerez donc votre temps à dormir, n’ouvrirez plus un seul journal, et arrêterez de vous laver les cheveux.

Votre seul lien avec l’actualité sera le JT de Jean-Pierre Pernaut, votre seul accès au monde, l’aller-retour entre votre lit et la boîte aux lettres. Pour ce point, je n’ai pas de conseil à vous donner. Si ce n’est la certitude qu’un jour, d’un moyen ou d’un autre, vous transformerez l’essai sans même avoir à passer par l’empoisonnement bactériologique des autres candidats.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Ploup
    Ploup, Le 3 octobre 2011 à 13h00

    C'est fou comme d'un coup on peut se sentir comprise :d
    Perso je suis passée par médecine (juste la première année, deux fois) et par les concours d'orthophonie, et même après 4 ans de concours je découvre encore des choses.

    C'est la troisième année que je passe celui de Marseille, la troisième année qu'ils nous font poireauter pour les résultats, mais je m'y fais pas... On a passé l'écrit le 1er octobre, l'oral vers le 20 septembre, et depuis, RIEN. L'attente.

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