« Cobain : Montage of Heck », une plongée dans la tête du chanteur de Nirvana

Basé sur les interviews de ses proches et sur des archives inédites, « Cobain : Montage of Heck » est un documentaire troublant qui retrace le parcours du leader de Nirvana et la manière dont sa personnalité s'est construite.

« Cobain : Montage of Heck », une plongée dans la tête du chanteur de Nirvana

– Article initialement publié le 15 avril 2015

Des séances supplémentaires !

Avis à celles et ceux qui auraient manqué la projection de Cobain : Montage of Heck le 4 mai dernier : des séances supplémentaires du film ont lieu du 6 au 12 mai 2015, dans 27 cinémas Gaumont Pathé et Kinépolis.

La liste complète des cinémas qui diffusent le documentaire est disponible en ligne. Le prix peut varier selon les cinémas concernés.

On ressort toujours secoué•e, je crois, d’une oeuvre d’art qui parle de Kurt Cobain. Parce que la personnalité du chanteur de Nirvana a fasciné, captive encore, que tant de choses ont été dites, écrites, parues… Cobain : Montage of Heck, de Brett Murgen, n’échappe pas tellement à ça. Sa différence par rapport aux documentaires passés sur Kurt Cobain, c’est qu’il montre des images d’archives inédites, et qu’il est autorisé par ses proches, interviewés dans le film.

Soyons clair•e•s tout de suite : c’est un documentaire pour les fans de Kurt Cobain, ou au moins, pour les amateurs de Nirvana. Les documents présentés et la narration sont à mon sens si intimes qu’il faut être un minimum intéressé par la musique du groupe et la personnalité de Kurt Cobain pour y être sensible, sinon on risquerait de passer à côté, ce qui serait franchement dommage.

Car Cobain : Montage of Heck ne nous en apprend pas tellement plus sur Kurt Cobain. Mais il en présente bien toutes les facettes : c’est un peu le genre de document que tu aurais envie de ranger précieusement dans ta DVDthèque personnelle et de ressortir régulièrement pour redécouvrir ce petit détail qui aurait échappé à ta curiosité au précédent visionnage.

À lire aussi : « Kurt Cobain — Montage of Heck », un nouveau documentaire sur le leader de Nirvana

La construction d’une personnalité

Brett Morgen repart du tout début de l’histoire : la naissance de Kurt Cobain. Il nous raconte le divorce de ses parents, sa personnalité complexe, qui se construit dans l’opposition et l’abandon, son rapport aux autres, aux médias, la drogue qui s’installe peu à peu… L’ensemble est bien fait, s’enchaîne facilement : j’ai eu l’impression que toutes les connexions logiques se faisaient pour montrer un parcours, une personnalité, un passage de l’enfance à l’âge adulte, avec suffisamment de subtilité et sans jugement.

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Par exemple, Kurt Cobain n’aimait pas les médias, et le documentaire aide à comprendre que ce n’était pas tant un mépris de star qu’une réaction (pas forcément plus agréable pour les journalistes) de sa personnalité d’hyper sensible, d’individu extrême ni fait ni prêt pour la célébrité.

Dans le cerveau de Kurt Cobain

Je fais partie de ces ancien•n•e•s ados (à mon grand dam) qui ont dévoré Le Journal de Kurt Cobain, ce bouquin qui rassemble des extraits de ses journaux intimes. À l’époque, j’en étais ressortie un peu perturbée : le mal de vivre du chanteur qui paraissait à travers ses écrits et ses dessins était si fort qu’il avait presque écoeuré mon côté utopiste. S’il y a une chose qu’il faut reconnaître à Brett Murgen, c’est qu’il a remarquablement bien restitué la personnalité tourmentée qu’on imagine dans les textes de Kurt Cobain.

En animant les mots du journal du chanteur, ou ses dessins, de manière furibarde et mécanique, Brett Morgen plonge le spectateurs dans un espèce de chaos visuel, pas toujours agréable, parfois agressif, comme le sont les mots de Kurt Cobain. L’impression de malaise et de complexité est la même que celle que j’avais ressentie en lisant son journal.

Les séquences de concert sont un peu longues, mais j’ai revu avec plaisir le MTV Unplugged de Nirvana à New York sur grand écran. Et leur utilisation prolongée semble plutôt logique : la musique, c’était « le » truc qui faisait tenir Kurt Cobain, et j’ai eu le sentiment que Brett Morgen voulait nous faire rentrer dans la tête du chanteur, alors quoi de mieux pour ça que de nous noyer dans les cordes et les cris ?

Tout en ayant une empathie certaine pour son sujet, le réalisateur rend aussi Kurt Cobain plus humain : rien ne nous est épargné, de la façon peu heureuse dont il perd sa virginité à ses errances dans la coke. Replacer l’icône dans son statut d’humain était une des volontés de Frances Bean Cobain, la fille de Kurt, et par moments, le film arrive vraiment à atteindre cet objectif.

Kurt Cobain dans les yeux de son entourage

La superposition des interviews des deux parents de Kurt Cobain est particulièrement frappante : tout en reconnaissant qu’ils ne l’ont pas toujours compris et n’ont jamais vraiment su s’en occuper, ils se renvoient mutuellement la faute, et on se dit qu’effectivement, ça n’a pas dû être évident pour lui de se construire dans ces conditions.

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Sa soeur, son ex-femme, son ex-petite amie, le bassiste de Nirvana… Les interviews des proches sont assez perturbantes : plus de vingt ans après la mort de Kurt Cobain, leurs dires paraissent forcément modelés, transformés par le temps. On a à la fois le sentiment d’une prise de recul sur l’attitude de chacun, et en même temps pas du tout : certains souvenirs semblent avoir été sublimés par la violence de la disparition, et les proches de Kurt Cobain ont encore l’air d’avoir porté le deuil hier.

Seul regret pour ma part : que deux personnes importantes dans la vie de Kurt Cobain manquent au casting. L’absence de Dave Grohl, l’ex-batteur de Nirvana, est d’autant plus frappante que Krist Novoselic semble à la fois réservé et bouleversé, et qu’on attend une autre voix pour confirmer ou tempérer ses souvenirs. D’après Pitchfork, cela s’explique par le fait que l’interview du musicien a été réalisée dans un délai trop proche de celui de la présentation du film, et n’a donc pu être inclue. Brett Morgen aurait laissé la porte ouverte à un éventuel nouveau montage avec l’ajout de l’entretien.

Frances Bean Cobain, la fille tant chérie, qui est la productrice du film et sans laquelle tous les autres protagonistes n’auraient pas été réunis, n’y est pas non plus. C’est d’autant plus surprenant que, si elle n’a presque pas connu son père, elle a donné des consignes très claires au réalisateur sur ce qu’elle voulait voir ou non dans le film, d’après Rolling Stone.

L’histoire derrière le documentaire

Encore plus que son contenu, c’est la manière dont ce documentaire a été conçu et réalisé qui s’avère intéressante. L’entretien final, dans lequel Brett Morgen explique comment il a eu accès aux archives de la vie de Kurt Cobain, est absolument fascinant tant le réalisateur a l’air habité par ce qu’il a vu et entendu… Ce qui se comprend aisément : j’aurais vendu une bonne partie de ma famille pour être à sa place et ouvrir le fameux conteneur qui abritait toutes les affaires du leader de Nirvana. Dont une cassette de mixs intitulée… Montage of Heck.

L’explication de son parti-pris permet de mieux réaliser le travail effectué sur le film, et, je le pense, de rattraper au passage celles et ceux qui auraient été un peu déroutés par les séquences animées un peu plus bordeline que celles d’un banal documentaire.

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En sortant du film, je ne peux pas dire que je savais tout sur Kurt Cobain. Mais personne ne saura jamais tout sur le sujet, n’est-ce pas ? L’ado et l’amatrice de musique en moi a le sentiment d’avoir eu de la chance de voir ça, d’assister à une tentative honnête de connaître et de comprendre une personnalité. Est-ce que Kurt Cobain aurait détesté qu’on rameute l’attention médiatique sur lui ? Ou est-ce qu’il aurait apprécié qu’un autre artiste essaye de le comprendre sans le juger ? Je ne sais pas, mais ça me fascine.

Pour voir le film

Cobain : Montage of Heck est présenté en séance unique le 4 mai 2015 à 20 heures, dans 100 cinémas en France. Pour prendre tes places, ça se passe ici.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • VioletWitch
    VioletWitch, Le 4 mai 2015 à 13h15

    Frances Bean a l'air de savoir que ça lui aurait plu

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