« Être artiste, c’est toujours un plan B » ? Si c’est ton rêve, fais-en ton plan A !

Par  |  | 19 Commentaires

Christine Angot a déclaré qu'être artiste était « le résultat d’un échec », sur ONPC. Lucie s'interroge sur le sens de ces propos et ce que c'est qu'être artiste aujourd'hui.

« Être artiste, c’est toujours un plan B » ? Si c’est ton rêve, fais-en ton plan A !

Dans l’émission On n’est pas couché du samedi 17 février 2018, Laurent Ruquier recevait Grand Corps Malade pour la promotion de son nouvel album, Plan B.

Plan B, c’est également le nom d’un des titres qui composent l’album, sur lequel Christine Angot, chroniqueuse de l’émission en duo avec Yann Moix, a souhaité revenir. L’artiste a alors été confronté à l’avis plutôt particulier de cette dernière concernant la vie artistique.

"ÊTRE UN ARTISTE EST LE RÉSULTAT D'UN ÉCHEC, C'EST UN PLAN B" "On est pas couché" 17 février 2018 Merci Madame Christine Angot pour cette merveilleuse définition de l'Artiste. Sans vous nous n'aurions finalement jamais su ce qu'est réellement un Artiste. C'est une vraie stupéfaction de voir avec quel aplomb vous lancez cette sublime perle. Pire encore, vous semblez tellement sûre de vous en affirmant qu'un artiste est un avocat, un médecin ou un enseignant raté. La réussite n'est pas spécialement réservé aux filières diplômantes. Être artiste n'est pas un échec, Madame Angot, c'est un choix… Un état… Une nécessité. De très nombreux artistes ont eu une carrière professionnelle épanouie et ont fait le choix de tout abandonner pour mettre leurs tripes sur la table en choisissant un langage qui leur est propre afin de dévoiler leurs regards sur le monde. Comment pouvez-vous annoncer publiquement qu'être artiste n'est qu'un "PLAN B" ! Cette émission a la réputation de faire des critiques de leurs invités assez sulfureuses ce qui fait d'ailleurs son audimat. Mais ça n'en reste pas moins une vraie déception de voir qu'une personne aussi cultivée que vous pouvez l'être, madame, puisse avancer de tels propos. Pour parvenir à affirmer ce genre de chose avec autant de certitude il est fort probable que cela implique une réflexion ou une projection de votre propre histoire. Peut-être que votre carrière est le résultat d'un échec ou auriez-vous espéré être autre chose. Quoiqu'il en soit, je ne suis pas persuadé que cultiver ce types d'interventions médiatiques controversées contribuent à promouvoir des professions déjà bien assez marginalisées. Merci de partager largement cette fabuleuse intervention de Madame Angot.Emission "On est pas couché" du 17 février 2018 copyright #ONPC FRANCE TV

Publié par Christophe Donna sur dimanche 18 février 2018

« Pour tous les artistes, être artiste c’est toujours un plan B. C’est ne pas avoir pu faire ce qu’on pensait faire quand on était petit, c’est-à-dire avocat ou instituteur ou médecin ou travailler dans une entreprise. (…) C’est toujours le résultat au fond d’un échec. »

Ah. Bon.

« On est tous des ratés », ajoute alors Laurent Ruquier.

Dans la séquence entière, Bruno Solo, également invité de l’émission, se tortille sur sa chaise et déclare :

« Aussi loin que mes souvenirs remontent, j’ai toujours eu envie de faire ce que je fais aujourd’hui. Je ne vois pas à quel moment j’ai eu envie de faire autre chose. »

Christine Angot faisait ici sans doute référence au parcours personnel de Grand Corps Malade, qui était destiné à une carrière sportive de haut niveau avant qu’un accident ne l’oblige à changer de voie. C’est par la suite qu’il a alors découvert le slam (je vous conseille d’ailleurs à ce sujet très chaleureusement son film absolument sublime et très personnel, Patients).

De fait, l’artiste approuve cette vision par rapport à son cas, mais précise que chronologiquement, forcément, son plan B est intervenu après son plan A, mais qu’il y a de très beaux plans B dans la vie.

Comment comprendre la position de Christine Angot vis-à-vis de l’art, dans la mesure où elle est, elle-même, une créatrice ?

Christine Angot, une auteure qui dénigre les artistes ?

Christine Angot connaît le succès à la parution de son roman L’inceste, en 1999. Elle y raconte par le prisme de l’écriture romanesque les actes incestueux perpétrés par son père dans son enfance. Mymy était revenue sur ce roman dans son article au sujet de l’altercation qui l’avait opposée à Sandrine Rousseau en octobre 2017.

Il est donc facile de s’imaginer un rapport à l’art très particulier de la part de l’auteure, finalement thérapeutique, comme une manière d’expulser par l’écrit les pensées rattachées à une époque qui marque toute une vie.

Est-ce que pour Christine Angot, l’art est une urgence de dire avant d’être une vocation ? Et de fait, son succès serait-il, à ses yeux, le hasard de la rencontre entre un public et son histoire ?

Peut-être. En tout cas, cela expliquerait ses propos, et le lien qui l’unit à Grand Corps Malade, car pour lui, la musique n’était pas une vocation, ce n’était pas un plan A.

En tout cas, en visionnant la séquence, je ne peux m’empêcher de sentir un certain malaise en pensant à celles et ceux qui triment chaque jour pour vivre de leur art. Et ce pour la simple raison qu’elle fait écho à des clichés véhiculés plus généralement par la société.

Un plan B : la vie artistique vue par la société ?

Encore aujourd’hui, affirmer vouloir devenir artiste donne une espèce d’impression de souhait d’une vie de troubadour, de débauche frivole, en quête de reconnaissance et de gloire.

Et de personne un peu chelou

J’ai l’impression que dans l’esprit commun, la stabilité d’un métier qui résulte d’études longues et qui demandent un savoir globalement aussi exhaustif que l’intégralité des mots du dictionnaire débouchent automatiquement sur un travail.

L’art, lui, demande de trouver un public amateur de sa vision et touché par sa propre sensibilité. Être artiste, c’est être moins objectif qu’un avocat ou qu’un médecin, car il n’y a pas de préceptes fondamentaux à appliquer, il faut nécessairement y mettre de soi — ce qui est fatalement peu objectif.

Du coup, la première étape est d’abord de réussir à se trouver artistiquement, puis se perfectionner pour offrir une production la plus aboutie possible et qui ne puisse pas être sujette à des critiques purement rationnelles (fausses notes dans sa chanson, poils de pinceau sur la toile, ou syntaxe bidon dans son roman).

Et seulement à partir du moment où cette expertise est acquise, il faut alors partir à la recherche de son public, se faire entendre, se montrer, pour trouver ses bienfaiteurs.

Tout ça, c’est un travail énorme, c’est une rigueur de vie à s’imposer, et une patience de moine tibétain à s’inculquer.

Un artiste n’a rien s’il ne travaille pas

Je les entends déjà, les détracteurs qui vont affirmer que la téléréalité permet aujourd’hui de vivre facilement de son art.

J’ai envie de rétorquer qu’en plaçant la popularité avant le travail, il y a peu de chance de réussir sur le long terme — et il n’est pas rare que les gagnantes et gagnants des émissions de télécrochet par exemple mettent du temps avant de sortir un premier album.

Alors est-ce que viser un métier artistique est plus instable qu’un métier traditionnel ? Concrètement, comparer les deux domaines, c’est comme comparer le basketball au handball : on a bien un ballon qui sert à marquer des points, mais ça n’a rien à voir. Ici, on a bien deux métiers qui servent à mettre des aliments dans son assiette, mais ils sont loin d’avoir les mêmes fonctionnements.

L’un n’est pas plus facile que l’autre : ils sont justes très différents. À ceci près que tous deux demandent une rigueur et du travail pour parvenir au bout de ses ambitions.

Si en plus de son talent, Grand Corps Malade n’avait pas fait de nombreuses scènes de slam, il n’aurait pas construit pierre par pierre sa notoriété, qui l’a mené à enregistrer son premier album.

Si J.K. Rowling n’avait pas persévéré avec acharnement pour réussir à faire éditer Harry Potter, elle ne serait pas l’une des auteures les mieux payées au monde.

Les conseils de l’auteur et dessinateur Riad Sattouf aux jeunes artistes souhaitant se lancer dans la BD reposaient, quant à eux, principalement sur le travail et la persévérance.

Si, contrairement à ce que les médias véhiculent encore massivement, les vidéastes sont parvenus à faire de leur travail sur YouTube un métier nouveau, c’est parce qu’ils se sont imposé de publier régulièrement des vidéos, de les réaliser avec le plus de qualité possible, que ça soit dans l’écriture, le jeu, la manière de filmer et de prendre le son. C’est aussi parce qu’ils ont appris à gérer leur communication et les débuts de leur entreprise.

Alors quel que soit le domaine précis, sans cette dévotion au travail, une soif d’apprendre et de perfectionnement, il faut un énorme coup de chance pour réussir.

C’est du travail, différent des apprentissages techniques, des différents codes à apprendre ou de l’expertise médicale à connaître la plus précisément possible, mais du travail tout de même.

La vie artistique ou le complexe des filières bouchées

Là où il est possible de trouver une vraie résonance dans l’interprétation des propos de Christine Angot, c’est dans l’idée que la société n’encourage pas les voies artistiques : elles ne sont pas encouragées à être un plan A. 

Allégorie de l’artiste face à ce que lui impose la société

Il suffit de tendre l’oreille pour entendre que telle personne a préféré faire des études lui assurant un avenir sécurisé avant de se lancer dans des rêves plus artistiques, ou que les parents de telle personne lui ont d’abord demandé de passer le bac avant d’essayer de percer artistiquement.

Alors à toi qui me lis, et qui te destine à un métier d’art, tu n’es pas le« résultat d’un échec » dans  l’interprétation la plus crue de l’expression : tu as au contraire le courage et la détermination de te démarquer de la société qui préférerait sans doute que tu essayes de trouver un CDI plutôt que des piges et de l’intermittence.

N’écoute pas celles et ceux qui te disent que tu n’y arriveras pas : il y a de la place pour tout le monde dans le paysage artistique. Si tu as du talent, il n’y a pas de raison qu’il ne soit pas reconnu. Aucune voie n’est inaccessible et « bouchée », certaines demandent simplement plus d’acharnement et de patience que d’autres.

Mais attention, n’écoute pas non plus celles et ceux qui pensent que c’est facile : cela te demandera du travail, de t’accrocher, d’accepter les échecs pour mieux rebondir.

Pour trouver un dernier regain de motivation, je t’invite à écouter ou réécouter les différentes prises de parole de Marion Séclin, tout d’abord dans notre interview et dans le podcast Nouvelle école où elle explique comment elle a surmonté son syndrome de l’imposteur et comment elle s’est donnée les moyens d’atteindre ses objectifs.

À lire aussi : J’ai 18 ans et j’exerce un art peu commun : la ventriloquie !

Valeur : + de 35€
18.90€ + 4€ de livraison

Lucie Kosmala


Tous ses articles

Commentaires
  • Wheryam
    Wheryam, Le 21 février 2018 à 16h02

    Pinceau_
    :lol:
    Pour moi les plans B c'est la multitude de métiers plus ou moins pourris qu'on fait parce que justement on arrive pas à vivre de son art.
    MERCI MERCI MERCI MERCI MERCI <3

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Désactive ton bloqueur de pub ou soutiens-nous financièrement!

Gestion des cookies

Partages sur les réseaux sociaux

Grâce à ces cookies, nos articles peuvent être directement partagé sur les réseaux sociaux via des boutons de partages. Ces cookies sont gérés par l'éditeur de chaque réseau social.

Facebook, Twitter, Pinterest, Whatsapp
facebook
twitter
pinterest
whatsapp

Mesures d'audience

Nous mesurons les visites de manière anonyme sur les différents articles pour comprendre les intérêts de nos lectrices.

_ga, _gaq, _gid,
_ga, _gaq, _gid
cb

Stream

Nous faisons parfois des lives sur Youtube ou Facebook. On utilise ce cookie pour ne pas afficher les streams si tu ne souhaites pas les voir sur le site.

hideStream

Publicitaires

Ces cookies sont déposés par Smart AdServer et DFP, les outils que nous utilisons pour afficher des publicités sur le site. Ces publicités servent au financement de madmoiZelle et sa rédaction.

smartadserver, doubleclick
smartadserver
doubleclick

Close your account?

Your account will be closed and all data will be permanently deleted and cannot be recovered. Are you sure?