Justine se penche sur Buffy contre les vampires et son aspect féministe méconnu : à travers des personnages féminins tous plus puissants les uns que les autres, cette série a-t-elle contribué à changer les mentalités ?
NB : Cet article contient des spoilers sur la série Buffy contre les vampires.
Souvenez-vous, il n’y a pas si longtemps, nous avions causé de Twilight et de ses aspects peu féministes, et certaines d’entre vous avaient rebondi en parlant de Buffy, la tueuse de vampires chère à nos cœurs. Eh bien, vous savez quoi ? L’autre jour, j’ai tapé « Buffy » dans un moteur de recherche de revues en sciences sociales. Serious bizness, c’est parti !
Dans un article pour Le Temps des Médias, Vanessa Bertho s’intéresse à l’héroïne sanguinaire et donne quelques éléments de réponse à la question suivante : Buffy Summers incarne-t-elle le pouvoir féminin ?
Avant d’entrer dans le vif du sujet, récapitulons : Buffy Summers, entre 1997 et 2003 (1998 et 2004 pour les frenchies – l’heure n’était pas encore au streaming), pendant 7 saisons et 144 épisodes, c’était l’héroïne de Buffy contre les vampires, une lycéenne qui vivait sa vie d’adolescente ET de tueuse de vampires. Rien que ça.
Buffy, un parcours vers l’émancipation
C’est peut-être ça qui nous a enthousiasmées à l’époque : pour acquérir son indépendance et devenir une femme moderne, la jeune fille doit à la fois surmonter des obstacles quotidiens et surnaturels. Buffy a des forces et des faiblesses, elle doute, rejette parfois sa mission d’Élue, exprime son souhait d’être une jeune adulte « normale ».
Avec Buffy (et selon Vanessa Bertho), Joss Whedon a renversé les codes habituels du genre : la figure incarnée par Sarah Michelle Gellar est blonde, jolie, adopte un style vestimentaire à la mode (je veux dire, à la mode de 1997, hein), mais n’est pas cantonnée à la simple image de la « blonde fatale ». Elle répond aux critères de la société occidentale mais est en même temps une figure féministe, une femme dotée de pouvoirs surnaturels (capacités de guérison rapides, sang magique et aphrodisiaque pour les bloodsuckers, etc.), une femme qui manie les armes et se bat aussi bien que les hommes (si ce n’est mieux). Loin de l’image habituelle de la blonde inintéressante et agressée, Buffy devient l’agresseur et s’entoure de femmes fortes (Willow, Anya, Dawn). À juste titre, l’auteure de l’article souligne que Buffy « n’attend pas que son prince charmant vienne la délivrer, [elle] va le délivrer elle-même ».
Au fil des épisodes, Joss Whedon aurait créé une véritable mythologie des Tueuses de vampires, installant autour de Buffy une dynastie d’Élues, de Tueuses potentielles, qui auraient le pouvoir de sauver le monde. Pour Vanessa Bertho, l’apothéose féministe de la série tient dans le monologue de fin – lorsque Buffy souhaite transmettre son pouvoir aux Potentielles :
« Imaginez que vous avez ce pouvoir, maintenant, à chaque génération une Tueuse vient au monde parce qu’une bande de types qui sont morts il y a des milliers d’années ont fixé les règles du jeu. Ces hommes étaient puissants, et cette femme [Willow] est plus puissante que tous ces hommes réunis. Alors, changeons les règles de ce jeu. Moi je dis que mon pouvoir devrait être votre pouvoir. Demain Willow utilisera l’essence de la faux pour changer notre destin. À partir de maintenant toutes les Tueuses Potentielles qui attendent de par le monde deviendront des Tueuses. Toutes les filles qui attendent d’avoir le pouvoir auront ce pouvoir. Celles qui étaient soumises résisteront enfin. Des Tueuses, chacune d’entre nous. Faites un premier pas, êtes-vous prêtes à être fortes ? »
Franchement, je ne veux pas faire ma neu-neu, mais quand j’ai lu cette citation dans l’article, je n’en pouvais plus (j’ai un peu levé le poing).
Une flopée de figures féminines
Le truc encore plus merveilleux, c’est que la série nous offre bien d’autres figures féminines et féministes. Les sorcières y tiennent notamment une place de choix, oscillant entre une image féministe positive (elles ont beaucoup de pouvoir) et un aspect contemporain et consensuel (les sorcières sont méchantes et exclues de la société). Par ce paradoxe, la série prend une distance par rapport à l’image classique de la sorcière (qui serait uniquement une « force du mal »). Par exemple, Willow – qui est probablement la sorcière la plus emblématique de la série (à la fois par l’importance de ses pouvoirs et par la récurrence de sa présence), illustre à merveille les choses : son rôle est essentiel, ses pouvoirs prennent de l’ampleur au fil des saisons, mais elle passe malgré tout par une phase « sorcière classique 666 » lors de la saison 6 (où elle se tourne vers la magie noire et souhaite provoquer une apocalypse).
Et des hommes faiblards
Généralement en position d’infériorité (ça change), les hommes de la série enfilent parfois un costume négatif : le père de Buffy est absent, son beau-père se conduit de façon abusive (Buffy le tue – mais bon, c’était un robot), le proviseur du lycée s’oppose à l’héroïne (il finit par mourir aussi)… Les monstres que doit affronter le personnage de Sarah Michelle Gellar sont très souvent des hommes – ce qui renforce l’aspect féministe de la série (aspect qui sera également renforcé par le sort que Buffy réserve aux personnages misogynes ; elle castre par exemple un prêtre au service du Mal assassinant exclusivement des femmes).
Égérie des figures masculines « faibles », Alex (que Bertho qualifie de « princesse en détresse) n’a pas de pouvoir et devra souvent être protégé par ses acolytes féminines… Pour sa part, le fameux Spike sera parfois effrayant, parfois en position d’infériorité (une sombre histoire de puce implantée dans le cerveau et qui rendrait impuissant… mouhahaha).
Finalement, Buffy contre les vampires pourrait bien avoir plus de profondeur que ce qu’on pouvait croire. En mettant en valeur des héroïnes féministes positives, la série serait « à la fois reflet et vecteur d’un pouvoir croissant et revendicatif » : elle serait l’image d’une société où les rôles genrés évoluent, où les femmes se sont émancipées et chercherait ainsi à transmettre un autre « modèle féminin ». Et je crois que ça a fait du bien – peut-être aussi que ça manque un peu dans le paysage audiovisuel actuel.
Pour aller plus loin :
- Source : Bertho Vanessa, « Introduction à une nouvelle ère de la série télévisée : Buffy contre les vampires, incarnation du pouvoir féminin ? », Le Temps des médias, 2009/1 n° 12, p. 174-186.
- Et il paraît qu’il y a un paquet de « Buffy studies » (hop… des idées sur Wikipédia)










Le 06 mai 2012 Ã 11:44
Je demande le retour de BUFFY !!!J'adorais aussi pfff, maintenant on nous vend que des séries policières qui sont sans intérêts (pour moi).
C'était original et si ça passait aujourd'hui sur nos écrans, ça le serait encore.
Et pourquoi pas un film, mais avec Sarah Michelle Geller, c'est elle la seule, l'Elue!
Le 06 mai 2012 Ã 11:47
Il y a bien eu un film, mais AVANT la série.
Le 06 mai 2012 Ã 12:09
Raaah mais j'avais presque oublié ça! Mais il était naze ce film d'après mes vieux souvenirs…
Le 06 mai 2012 Ã 15:39
Je me souviens pas vraiment des détails de la série, faut dire que j'étais petite aussi. Mes soeurs étaient fan, et du coup ben moi aussi !!Je me souviens que je l'addorais parce qu'elle se bougeait vraiment !! Elle alais au front, se blessait…
Je trouve qu'il était vachement facile de s'identifier à elle, c'était génial !!
Aujourd hui si t'a pas passé ta jeunesse enfermé dans une chambre de 10m² a bosser des cours écris en style hyéroglyfe pour avoir ton exam de médecine, ou si tu bosse pas dans la police, ben acroche toi pour t'identifier a un perso de série !!
Buffy, tu est mon héroine, je crois que je vais lancer une religion en ton honneur !
Le 06 mai 2012 Ã 19:32
Ahhhh Buffy, rien que de voir un article sur la série ça me fait plaisir. Même si ça n'apporte pas grand chose puisqu'on est tous d'accord pour voir le côté féministe de cette série.Personnellement j'étais une grande fan de Drusilla et d'Anya, personnages décalé mais juste ce qu'il faut.
Mon pseudo est tiré de la série d'ailleurs. Celui qui trouve d'où ça vient gagne le droit de lancer un marathon Buffy (mais après les exam et concours).
Le 07 mai 2012 Ã 00:46
Je pense que Dawn est citée dans l'article car elle évolue beaucoup dans la saison 7. Elle passe de personnage agaçant, se plaignant tout le temps (une véritable petite ado en crise) à une "femme" plus réfléchie et plus sûre d'elle. On apprend à l'apprécier. C'est dans l'épisode La Relève que la transformation s'effectue vraiment. Croyant qu'elle est une tueuse potentielle, elle développe une force physique et mentale incroyable à tel point… qu'on croit qu'elle va en effet devenir une nouvelle tueuse. Et comme dit Alex à la fin de l'épisode (Alex qui n'est pas si faible que ça), leur pouvoir c'est d'observer.Elle refuse aussi d'être mise à l'écart quand la dernière apocalypse doit se produire. Elle tase Alex et prend le volant pour retourner à Sunnydale.
Oui oui j'ai revu la saison 7 il n'y a pas longtemps ^^
Le 07 mai 2012 Ã 02:33
De toute manière tous les personnages féminins des séries de Joss Whedon sont complexes et forts (Buffy, Firefly, Dollhouse).A part Buffy qui me tape sur les nerfs, j'aime beaucoup les séries de Joss Whedon, elles sont tellement riches (bon là je pense surtout à Firefly en fait lol; mais pourquoiiii a-t-il fallu qu'elle soit arrêtée ??!)
Le 09 mai 2012 Ã 10:59
C'est evident que Buffy est féministe !!Elle a le "girl power" comme on dit !
Ah j'adorais cette série, je la rematerais bien tiens
Le 09 mai 2012 Ã 20:32
L'article me laisse sur ma faim, y'a pleins de points qui mériteraient d'être mieux explorés, et pour ça je ne suis pas convaincue que qualifier Buf' de "féministe" soit bien tourné. Si il y a d'autres accro à la série comme moi, il y a un tas d'études de doctorat qui ont été faites aux US, j'en lis deux en ce moment et c'est vraiment très intéressant (par contre, faut bien avoir la série en tête sinon on est perdu). Le premier c'est Blood relations : Chosen families in Buffy TVS and Angel de Jes Battis (sur Angel aussi, donc); la seconde, The Aesthetics of culture in Buffy TVSde Matthew Pateman. Si vous ne lisez pas en anglais y'a pleins d'autres bouquins traduits qui sont cools! Et pour celles en manque de la série la saison 8 est sortie en BD, Joss Whedon a participé au scénario et il y a plusieurs tomes (ils ont été traduits en français), très cool on en apprend des choses!! Et OMFG je viens de voir qu'en fait ça continue et que le tome 1 de la saison 9 sortira en août de cette année, toujours en BD!!!Petite correction, désolée si ça a déjà été relevé : le mec-robot cité dans l'article n'est pas du tout le beau-père de Buffy, c'est juste un type avec qui sa mère sort et il n'est que dans un seul épisode… Ne lui donnez pas plus d'importance qu'il n'en a!
Fans de Buffy, je vous salue
Le 10 mai 2012 Ã 15:38
Je ne suis pas d'accord avec ce qui est dit sur Dawn dans les commentaires.Il est vrai qu'au début, le personnage est un archétype de l'adolescente:
Mais le personnage évolue grandement avec ses moments sombres.
Elle finit par