Blogueuse, la pièce à ne point rater

« Blogueuse » est une comédie portée par 3 jeunes femmes, 3 voix, 3 portées d’intonations, 3 robes, 3 paires de talons. Distillation d’un certain cynisme acidulé, la pièce opère comme un poème contemporain, métaphore de la féminité d’aujourd’hui. Le pitch est simple : 3 comédiennes racontent, à travers une succession de petites mises en […]

« Blogueuse » est une comédie portée par 3 jeunes femmes, 3 voix, 3 portées d’intonations, 3 robes, 3 paires de talons. Distillation d’un certain cynisme acidulé, la pièce opère comme un poème contemporain, métaphore de la féminité d’aujourd’hui.

Le pitch est simple : 3 comédiennes racontent, à travers une succession de petites mises en situation drôle, les chroniques urbaines de leur quotidien.

Le tout fonctionne comme un journal intime : celui de la femme d’aujourd’hui, célibataire mais battante, vaguement niaise mais très terre-à-terre, indépendante mais en quête d’affection, féminine mais couillue.

Évidemment, dur d’éviter parfois l’écueil des clichés : l’héroïne de la pièce taffe dans le web, son patron est un connard, la concierge de l’immeuble est une mégère, le voisin est timbré et un amour impossible avec un photographe entrave sa foi en l’avenir. Mais ne dit-on pas qu’il faut parfois en passer par les stéréotypes pour effleurer la réalité du bout des doigts ? Blogueuse est une ode aux femmes « de 2010 ». Et la vérité est que celles-ci sont nombreuses à travailler dans le tertiaire, nombreuses à trouver le marché des relations amoureuses presque aussi impénétrable que celui du travail, nombreuses à puiser leurs motivations dans la solidarité féminine.

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La femme dépeinte a entre 25 et 30 ans. Les spectateurs sont hilares de reconnaître dans les sketchs les qualités et les travers des femmes qui les entourent. Les spectatrices plus jeunes rient d’entre-apercevoir ce qu’elles sont « parties pour devenir » dans quelques années.

Ce qui différencie cette pièce des caricatures que l’on connaît déjà, c’est le goût du jeu de mots et de la rhétorique, la revendication d’une certaine niaiserie intellectualisée, le jeu d’une légèreté désinvolte (ou d’une désinvolture légère, on ne sait plus trop). L’immédiateté des références convoque systématiquement le rire, les périphrases bien pensées donnent du relief à la gestuelle, la mise en scène est sublimée par des textes travaillés.

Cette mise en scène d’ailleurs, parlons-en : 3 filles, 3 chaises, des planches, le décor est minimal. Mais vautrés dans les fauteuils aussi moelleux que rouges de la Manufacture des Abbesses, vous vous surprendrez à ne pas vivre la pièce passivement, comme c’est bien souvent le cas lorsque le spectateur n’est que le récepteur de ce qui se joue devant lui.       « Blogueuse » est une constante interaction entre les comédiennes et le public : debout devant vous, elles ouvrent les trappes de votre imagination, assis devant elles, vous convoquez vos références personnelles. Du coup, tout est private joke – mais à force d’être partagées, ces privates jokes deviennent des situations universelles, et c’est la salle entière qui se retrouve pliée de rire.

Bref, si vous avez envie de faire la connaissance de Ouin-ouin le voisin tibétain complètement allumé, d’entendre des phrases du type « il y a un gang qui sévit dans ma rue, je soupçonne au moins l’un d’entre eux d’être inscrit en latin à Paul Claudel » ou « j’veux du porno narratif », d’apprendre que vous n’êtes pas les seules à poster des photos de votre salade de ce midi sur votre blog et qu’interpréter (en votre faveur) ce que vous appelez « les signes du destin » est une activité partagée par des milliards de femmes, allez-y, courez.

« Blogueuse » est à recommander à toutes les lectrices de madmoiZelle : vous, jeunes femmes émancipées, drôles, intelligentes, alertes, un peu prévisibles mais attendrissantes. Par exemple, si vous êtes le genre de meufs à vous offusquer de la récurrence du mot « régime » dans les magazines féminins, mais à quand même en acheter, quitte à vous justifier après à parler de la nécessité d’avoir quelques lectures un peu abrutissantes sur la plage à St Malo cet été.

Pour en savoir plus

  • Les auteurs de la pièce (dont Titiou Lecoq, que vous êtes déjà nombreux à connaître à travers son blog www.girlsandgeeks.com)
  • Représentations du dimanche au mercredi, à 21h, à la Manufacture des Abbesses. Réservations ici, tarif normal = 24 euros; tarif réduit (étudiants et chômeurs) = 13 euros
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Voici le dernier commentaire en date :

  • AnonymousUser
    AnonymousUser, Le 16 novembre 2010 à 21h25

    Pareil j'ai lu plusieurs critiques cet été et ça me tente pas mal depuis. Je pense y aller le mois prochain. J'espère que ça sera aussi chouette que ça en a l'air. Je viendrai dire ce que j'en ai pensé.

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