Pourquoi t’aimer me blesse autant ?

Parfois, l’amour ne suffit pas pour éviter les blessures. Clémence revient sur un épisode douloureux de sa vie de couple.

Pourquoi t’aimer me blesse autant ?

En partenariat avec l’UCPA (notre Manifeste)

Je veux te parler de quelque chose d’universel. Tu connais ça, je crois. Ce sentiment d’invulnérabilité qui t’entoure et te rend immune aux agressions extérieures.

Quand tu aimes, il ne peut plus rien t’arriver. C’est pour cela qu’une rupture inattendue, brutale, agit souvent comme un coup de tonnerre. C’est tout ton monde qui s’effondre quand la foudre frappe dans ce fracas si familier, qui déchire l’atmosphère :

« Il faut qu’on parle ».

Mais tu ne veux pas parler. Tu veux continuer cette vie d’insouciance, profiter de ce bonheur dont tu ne pourrais plus te passer depuis que tu en as fait l’expérience.

Ça ne peut pas s’arrêter. Pas maintenant. Pas si brusquement. Pas sans que tu ne me laisses une chance de réparer la cassure.

La rupture est une blessure. Elle prévient parfois, d’autres non, on peut l’éviter parfois, et d’autres fois, elle te surprend.

J’ai compris pourquoi t’aimer me blesse autant

Je vais être parfaitement honnête : j’avais écrit une première version de cet article, mais il lui manquait quelque chose.

Il manquait la réponse à la question que pose ce titre : pourquoi t’aimer me blesse autant ?

Parce que je m’oublie. T’aimer me blesse dès que je m’oublie.

Quand je me prive pour toi, quand je me force pour toi, chaque fois que je me soustrais à l’équation : je m’étonne ensuite de ne pas trouver l’équilibre…

Qu’est-ce qui manque à notre relation pour qu’elle tienne ? Moi, voilà ce qu’il manque. Il manque moi, mes envies, mes besoins, mes désirs, mes contraintes, mes attentes, mes kifs, mes peines, mes tristesses, mes larmes, mes rires, tout ce qui fait « moi ».

T’aimer me blesse quand je ne regarde que toi, tes attentes, tes besoins, tes désirs, ta nécessité, et que j’oublie la mienne.

Une relation n’est pas un bras de fer, c’est une poignée de main : ce n’est pas un duel, c’est un échange. Ce n’est pas un sprint, c’est un marathon. Et ce n’est pas une compétition : c’est une construction.

On ne se présente pas dans le sas de départ en se donnant rendez-vous sur la ligne d’arrivée. On fait ensemble les plans des chemins qu’on va prendre, on improvise ensemble, on se perd ensemble, on se retrouve ensemble.

Je suis où, dans cette relation, si je ne fais que suivre ton calendrier ?

Voilà pourquoi je finis par me blesser : c’est pas toi qui me blesse, c’est moi qui ne sais plus m’écouter, prendre soin de moi.

Alors, comment reprendre ma place dans ma vie ? Voici quelques pistes.

Écoute-toi, tu sais et tu (res)sens

« Ça ne peut pas continuer comme ça » me crie mon genou gauche, incandescent de colère — c’est l’inflammation.

Il y a eu des signes avant-coureurs, je les ai écoutés, je crois. Pas suffisamment, visiblement. J’ai mal compris, je pense, ce qui n’allait pas dans mon couple avec le trail.

La blessure intervient parce que je n’ai pas su lire, écouter, entendre les alertes. Comme dans un couple, lorsque tu ne vois pas l’exaspération grandissante de l’autre. Ce qui l’attendrissait chez toi, tes petites maladresses, tes gestes gauches pleins de tendresse finissent par lui devenir intolérables.

Ce n’est pas un hasard si j’ai pris la métaphore du couple pour rendre compte de ma pratique sportive, tout au long de cette année. Déjà, ma relation avec le trail, commencée en août 2017, est d’ores et déjà ma relation la plus longue — avec un sport ou avec une personne.

Ensuite, c’est une vraie relation, au sens où je l’entretiens, elle me demande un investissement, et j’en retire une véritable sécurité émotionnelle, un bien-être physique en retour.

Et enfin, comme en amour, avec le sport, parfois ça casse, et ça se répare.

Corrige tes défauts, c’est un respect envers toi-même

En tant que petite fille élevée dans un monde sexiste, on m’a inculqué, tout au long de ma scolarité, le culte de la perfection. Je suis tombée dans le syndrome de la bonne élève, ce qui a eu pour effet de me rendre toujours en quête d’améliorations sur moi-même, mais aussi de me placer en perpétuelle insatisfaction.

Car comme chacun le sait, la perfection est inatteignable. Le but du jeu est de s’en rapprocher le plus possible.

En grandissant, et sous l’épuisement de cet acharnement perfectionniste, j’ai fini par tomber dans le travers inverse : le rejet de toute critique visant à me faire changer. Je suis comme je suis, tu m’aimes ou tu me quittes, pour paraphraser un ancien Président de la République.

Les petits défauts, les petites imperfections, je les embrasse comme faisant partie de mon charme, de ma personnalité, de celle que je suis. Sauf qu’elles font partie de celle que je suis, elles ne définissent pas celle que je suis.

Donc je peux changer. Surtout si mon couple en dépend : si ce qui te faisais fondre, cher et tendre, pendant notre phase de « lune de miel » finit par t’insupporter à la longue, je peux sans doute faire l’effort de gommer chez moi ce qui te saoule.

C’est pareil en sport : mes défauts ne me définissent pas, et si je veux consolider ma pratique sportive, chercher à les éliminer c’est la base ! Ce n’est pas renier mes habitudes, faire violence à mon corps, c’est juste chercher à évoluer, pour le meilleur !

Au final, c’est bien pour MOI que je fais ça : c’est moi qui souffre si tu me quittes, c’est moi qui douille si je me blesse.

Ce sont mes défauts qui, amplifiés par le temps et la répétition, finissent pas me causer du tort.

Écoute-toi VRAIMENT, c’est la base

Les signes avant-coureurs, de la rupture comme de la blessure, servent souvent d’alerte. Parfois c’est juste la fatigue, le stress, l’énervement, l’appréhension qui prennent trop de place dans une routine, alors qu’elle devrait être dominée par la sérénité, le plaisir, la confiance, le bonheur.

Je me retrouve face à ce genou qui pète une crise, sortie de nulle part, et je m’interroge : de nulle part, vraiment ? Pas sûr. Il y avait ces petites tensions, l’autre jour. Et puis aussi l’autre matin, quand on avait couru, la veille. Et puis aussi…

En fait, il y en a eu plein. Et si tu ne t’écoutes pas, personne ne le fera à ta place.

Accepte que la blessure fait partie du sport, comme la dispute fait partie du couple

Parfois, même quand tu t’écoutes, même quand la communication se passe bien, ça pète quand même. Ça arrive, c’est la vie, la blessure fait partie du sport, comme la dispute fait partie du couple : il n’est pas toujours possible de l’anticiper, de l’éviter.

L’important, c’est alors de ne pas laisser cet à-coup devenir une rupture définitive. Facile à dire… Mais comment ?

Déjà, en ne laissant pas les émotions négatives pourrir un lien déjà fragilisé : si tu laisses le feu de la colère, le poids des regrets, la charge électrique de la frustration, l’acidité de la tristesse et le froid glacial de la peur se mêler de la partie, c’est sûr que les nerfs lâchent.

Respire, accepte, écoute : tu n’as pas le pouvoir de remonter ni d’avancer dans le temps. Ça ne sert à rien de regretter le passé, ni de se promettre un avenir meilleur : c’est du présent dont il faut se préoccuper.

Et au présent, comment ça va ? Qu’est-ce qu’il se passe ? Quels sont les dégâts ? Quelle est la gravité ?

Ni la colère, ni la peur, ni la frustration, ni la tristesse, ni les regrets n’ont de réponse à ces questions.

Une relation se construit dans la durée, pas dans la douleur

C’est sans doute la leçon la plus importante que je tire de mon année de préparation au trail, de ces dix mois de pratique sportive — plus ou moins — régulière.

Une relation se construit dans la durée, pas dans la douleur : ça sert à rien de forcer pour aller plus vite, forcer pour aller plus loin, forcer pour aller plus haut. Tout ce que tu accomplis, c’est de fragiliser chaque fois un peu plus tes appuis, et te pousser à la rupture.

Ce sport, c’est une nouveauté dans ma vie, une épreuve pour mon corps, et bien sûr que cette relation me demande des efforts d’adaptation.

J’en récolte les fruits au fil du temps, mais ça ne sert à rien d’espérer brûler les étapes. Comme si après un coup de foudre, je me préparais à ce qu’on emménage ensemble. Aller vite ne garantit pas d’aller loin.

Prendre son temps permet d’avancer avec assurance, de progresser. C’est ce que j’ai fait, tout au long de l’année : j’ai progressé. Dix mois plus tard, je ne suis pas bien avancée : je suis pas hyper endurante, je suis pas vraiment musclée, je suis pas techniquement exemplaire…

Mais je suis tellement, tellement meilleure que la version de moi de l’été dernier. Je suis beaucoup plus endurante, je suis bien plus musclée, je suis techniquement si avancée !

Cette blessure marque un temps d’arrêt, mais pas une rupture. Elle m’oblige à regarder derrière moi le chemin parcouru, et à me demander si celui qui m’attend devant en vaut la peine.

Est-ce que je t’aime assez pour qu’on continue ensemble, pour accepter de souffrir parfois, quand je me plante ?

Normalement, quand tu poses la question, la réponse te vient instinctivement.

Le trail et moi, on va continuer ensemble. Il va me faire grandir, progresser, me dépasser à mon rythme, et tant pis si ce n’est pas celui de la saison.

J’ai suspendu toutes mes courses à venir, je me concentre sur moi, mes sensations, mes envies, mes besoins et mon couple un peu particulier avec ce sport qui m’était encore inconnu il y a un an.

Je l’aime, même si notre vie de couple n’est pas de tout repos. L’est-elle jamais ?! Vous avez 4 heures…

À lire aussi : J’ai couru 30km et c’est le truc le plus dur que j’ai fait de ma vie

#TrailXperience, qu'est-ce que c'est ?

Pendant un an, l’UCPA va former une joyeuse bande de coureurs du dimanche ou de sportifs ou sportives variées à la pratique du trail. Objectif ? S’aligner au départ du Marathon du Mont Blanc (42 ou 23 km, selon les niveaux).

madmoiZelle est partenaire média de l’opération, on amène 7 recrues dont Clémence, qui tient un journal de bord tout au long de l’année. Spicee réalise une websérie de toute cette belle aventure, qui sera diffusée sur Mont Blanc Médias. Plus d’infos ? C’est là !

Envie de… découvrir le trail ?

L’UCPA propose des séjours accessibles aux débutant·es : pas besoin d’avoir des mollets d’athlète olympique pour s’y essayer !

Motivation, envie d’apprendre et soif de découverte suffisent amplement ! Rendez-vous sur le catalogue des vacances UCPA, sur cette page dédiée aux séjours trail spécial débutant !

Et pour plonger dans l’univers de trail, par les mots de celles et ceux qui le pratiquent, rendez-vous sur le blog We Are UCPA !

COMMENT AVOIR UN TEINT PARFAIT ?

Clemence Bodoc

Clémence Bodoc a été jeune cadre dynamique dans une autre vie, avant de rejoindre la Team madmoiZelle. Elle s’intéresse à l’actualité et à l’écologie, aime la politique et les débats de société. Grande fan de sport (mais surtout à la télévision), et de cinéma (mais seulement en VO), son nom de scout est dinde gloussante azurée. Elle ne mord pas mais elle rit très fort.

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Commentaires
  • Skogsdóttir Langurhár
    Skogsdóttir Langurhár, Le 27 juin 2018 à 12h01

    Super ces articles et surtout MERCI pour les détails techniques.
    Je suis exactement pareil que toi avec la musique, j'ai remarqué que courir avec c'est jouissif ok mais c'est plutôt mauvais pour le rythme, parce qu'on a tendance à naturellement essayer de s'y coller. Alors tout ce qui est pump-it-up, rapide, excitant... le jour où j'ai décidé de mettre des trucs tout doux voire de ne pas en écouter, je me suis rendue compte avoir plus d'endurance !
    Mon record est de 45mn à courir à quasi 100% sur du vallonné, après j'ai un peu lâché le morceau et les portions de courses ont été un peu plus restreintes (faut dire aussi je me suis "paumée" à la tombée de la nuit en forêt, et pour rentrer, les champs n'avaient pas été fauchés et les herbes m'arrivaient à la poitrine, c'est pas très pratique pour courir)

    Je commence à pouvoir courir 30mn de façon régulière et sans m'arrêter (toujours pas sur les routes ni le plat, chez moi c'est 100% nature), bientôt je vais tenter mes premiers dénivelés "sérieux" en attaquant les montagnes au dessus de ma tête, mais en attendant j'essaye de rester régulière:
    - un strict minimum (petit parcours vallonné de 20mn) dans les périodes de fatigue style règles
    - un peu plus et tendance à explorer plus loin / allonger le parcours quand ça va mieux
    Et la régularité m'a fait prendre un petit.... kilo et demi de muscles (je me suis fait la remarque l'autre jour en mettant une p'tite robe que mon cul était vaaachement rond et promis c'est pas les chips).

    Merci pour ces supers articles qui montrent que çaypossible !

    De bons conseils aussi par ici ! https://alpinemag.fr/trail-6-conseils-pour-bien-se-lancer/

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