Depuis quand faut-il être ESCORTÉE pour se faire avorter, bordel ?

L'avortement n'est pas interdit aux États-Unis, toutefois les femmes qui y ont recourt se font emmerder au point d'en appeler à des « escorts ». Mais... mais... mais... Kalindi n'en peut plus !

Depuis quand faut-il être ESCORTÉE pour se faire avorter, bordel ?

Si tu lis régulièrement madmoiZelle, tu sais peut-être que j’officie la plupart du temps dans les colonnes réservées au cinéma et aux séries.

Un métier qui m’autorise à donner mon avis sur des productions audiovisuelles, et d’être rémunérée pour ça.

Le pied non ?

Quand la fiction prédit la réalité

Oui mais voilà, j’ai de plus en plus de mal à me cantonner à ces colonnes, d’autant plus que ma conscience s’est éveillée depuis que je bosse ici.

À force d’avoir toute la journée la tête dans la presse, j’ai envie de donner de ma voix pour d’autres sujets, d’autres causes qui titillent mes convictions fondamentales.

Ce qui est aussi passionnant qu’effrayant, c’est que la fiction, qui fait partie intégrante de mon travail, puisque celui-ci consiste partiellement à la juger, rejoint parfois la réalité et vice et versa. 

Ce matin, Clémence Bodoc, notre rédactrice en cheffe adorée, m’a parlé d’une vidéo choquante, qui lui a fait redouter un retour franc à des valeurs archaïques.

Ce tweet, le voici :

Dedans, une femme se fait ESCORTER jusqu’à une clinique, le visage couvert par un manteau.

Autour d’elle, des militants anti-IVG profanent des menaces et brandissent des pancartes qui en appellent à Jésus ou sur lesquelles tu peux lire : « L’avortement, c’est du meurtre ».

NON MAIS STOP. 

Cette vidéo a été vue quelques 7,29 Millions de fois et les réactions des utilisateurs ne se sont pas fait attendre. Si tu scrolles un peu, tu peux y lire les témoignages de femmes et d’hommes en colère.

Leur colère est plus que compréhensible.

D’autant que cette vidéo a un affreux goût de déjà vu… mais dans des œuvres FICTIONNELLES.

Alors n’y aurait-il qu’un pas à franchir pour passer de la fiction à la réalité ?

The Handmaid’s Tale, une dystopie au goût tristement actuel

Personnellement, cette séquence m’évoque l’épisode de la Walk of Shame de Cersei dans la saison 5 de Game of Thrones. Dedans, l’anti-héroïne doit marcher nue au milieu de citoyens qui lui balancent insultes et objets à la gueule.

Si cette marche jusqu’à l’hôpital y ressemble, elle est encore plus semblable, en terme de problématiques, à la série dystopique et politique qui te fait frissonner depuis 2017 : The Handmaid’s Tale

Pourquoi regarder The Handmaid’s Tale alors que c’est déprimant ?

Pour rappel, cette série imagine une Amérique privée de sa démocratie.

La république de Gilead est désormais le nom d’un système politique qui s’apparente à une théocratie militaire. En gros, les lois tirent leur légitimité de textes religieux, et cet ordre public est maintenu par une caste armée.

Bref, l’humanité est menacée d’extinction. C’est pour la préserver de ce destin que la République de Gilead organise un système de reproduction… bien rodée. 

Les femmes fertiles deviennent des « Handmaids ».

Elles sont affectées aux Commandeurs, des hommes au statut social important, pendant une durée limitée, le temps « normalement » de tomber enceinte et de porter un enfant qui sera élevé ensuite par l’épouse dudit Commandeur, elle-même stérile.

Bref, les femmes sont devenues les esclaves sexuelles, et les esclaves tout court, d’hommes qui mettent un point d’honneur à les priver de tous les droits.

Pourquoi je te raconte tout ça ?

Une réalité effrayante et archaïque dans certains États américains

Mais parce qu’on est en plein dedans, avec cette vidéo. En plein dans un retour en arrière qui ne laisse rien présager de bon pour le futur.

Personnellement, j’en ai la chair de poule et ne peut pas réprimer des envies de violences. Même si je ne les mettrai jamais en application.

Il m’est important, à ce stade de l’article, de faire une rapide mise au point sur l’état de l’IVG aux Etats-Unis.

Je rappelle qu’en France, il est un droit pour TOUTES les femmes majeures ET mineures, et que l’intervention est intégralement remboursée par l’Assurance-maladie, à condition d’être effectuée par un médecin et de respecter des délais.

Aux États-Unis, l’avortement n’est pas interdit, toutefois tout est mis en place pour BIEN CASSER LES OVAIRES des femmes qui veulent y avoir recourt. 

Par exemple, certaines règles ont été introduites dans un petit nombre d’États, comme l’interdiction de recourir à la méthode de « dilatation-extraction » en Arkansas, pourtant la plus commune et la plus fiable pour les avortements pratiqués entre 14 et 20 semaines.

Des lois similaires ont été mises en place au Texas compliquant toujours plus la tâche aux femmes voulant recourir à l’IVG.

Depuis l’élection de Trump en 2017, une menace semble de toute manière peser continuellement sur les droits des femmes, les fragilisant tout au plus, nous faisant flipper tout au moins.

Pour en savoir plus et tout comprendre jusque dans les moindres détails, je t’encourage à lire l’article complet d’Esther sur l’état du droit à l’avortement sous Trump. 

Certaines femmes en appellent à des « escorts » pour recourir à l’IVG

Désormais, comme tu peux le constater, certaines femmes ont recourt à des « escorts » en gilets oranges, qui les mènent à bon port.

ELLES SE FONT ESCORTER POUR RECOURIR À UN DROIT QUI CONCERNE LEUR VIE PRIVÉE.

Mais… mais… mais…

Elles se font shamer, harceler, menacer.

La solution que certaines ont donc choisi ? Se couvrir le visage et avancer lentement, aidées par des membres de l’association L.A FOR CHOICE qui entre autres fournit le service d’« escorts ».

Si tu te rends sur le site, tu pourras lire et mieux comprendre le travail de ces hommes et ces femmes qui donnent un peu de leur temps pour accompagner et protéger les femmes voulant procéder à une IVG.

Ecoute, je t’ai tout raconté de manière factuelle, mais j’ai besoin de te donner mon avis un minimum. 

Je n’en peux plus d’avoir chaque jour sous les yeux des preuves accablantes que certaines parties du monde mettent un point d’honneur à emmerder les femmes de toutes les manières possibles et imaginables.

De mon cousin méga misogyne jusqu’à Trump en passant par les anti-choix (ceux qui s’opposent à l’avortement aux US), je suis FATIGUÉE.

De la naïveté à la colère

Je t’avoue qu’au tout début de ma carrière chez madmoiZelle, je pensais franchement que mes collègues en rajoutaient avec le patriarcat, l’insécurité permanente, le harcèlement de rue, j’en passe et des meilleures.

Je n’avais jamais eu peur :

  • Du viol
  • De l’agression quelconque
  • D’être humiliée par un homme
  • D’être harcelée moralement etc

Le temps a passé et a eu raison de ma naïveté. Attention toutefois, je ne suis devenue ni alarmiste ni victime, mais j’ai simplement pris conscience de la fragilité de mes droits et de ma sécurité.

Car chaque jour des cas me parviennent qui vont dans le sens inverse de mon progressisme naturel. 

Je suis passée par toutes les étapes, depuis mon arrivée ici, du déni à la colère en passant par la lassitude. Les deux dernières se relaient souvent l’une l’autre.

Aujourd’hui, je ressens un peu des deux, mais surtout de la colère.

Si j’habitais aux États-Unis et que j’avais besoin d’avorter, je n’aurais pas recours aux « escorts » bien que j’admette complètement leur utilité, mais j’irais seule et affronterais ceux qui voudraient porter atteinte à mon droit.

Jamais je ne supporterai que l’on me dise quoi faire de mon corps, que l’on dirige mes envies et qu’on porte atteinte à mes droits.

Rien que de t’écrire ça, douce lectrice, j’en ai les poils qui se hérissent. 

Quand va t-on laisser les femmes tranquille ? Je vote pour maintenant, mais le monde et dans ce cas précis les États-Unis n’ont pas l’air d’accord avec moi.

Alors, qu’est-ce-qu’on fait ?

The Handmaid’s Tale est une dystopie, je le rappelle.

Toutefois, il arrive, comme je le disais plus haut, que la fiction rejoigne la réalité et vice et versa. Et si nos droit étaient, à peine gagnés, déjà en danger ? 

Et si notre réalité pouvait virer à la dystopie…

À lire aussi : « Je vois mon père avec un fusil, qui tient ma mère en joue »

Commentaires

princess_cass

Previously, on The Handmaid's Tale.. :sick:
 

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