La Great Ocean Road, entre perroquets et paradis — Carte postale d’Australie

Le périple australien de Sarah touche (déjà) à sa fin. Adieu Sydney, Brisbane, Melbourne ! Mais avant de rentrer à Paris, petit road-trip sur la fabuleuse Great Ocean Road...

La Great Ocean Road, entre perroquets et paradis — Carte postale d’Australie

C’est affolant comme on s’habitue vite au rythme de vie d’un backpacker en Australie. Se lever avec le soleil, sauter dans un short, filer faire un tour sur la plage pas encore brûlante et les vagues encore endormies, manger son Nutella matinal sur la terrasse, prendre le premier train pour se perdre dans les fougères géantes, faire la sieste avec les kangourous, regarder passer les lézards en sirotant un smoothie…

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Et puis un jour, il faut repartir. Comme ça. Parce qu’on ne savait pas, parce qu’on n’avait pas compris, que l’Australie, on y va, on y reste. Deux semaines en Australie ? Absurde. Les deux premières semaines de ta vie en Australie, oui !

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Et pourtant, je suis rentrée — pour toi, lectorat, pour déposer humblement ma prose malhabile à tes pieds. Un jour, je te parlerai du PVT que je serais partie faire entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Mais en attendant, viens : je t’emmène avec moi pour ma dernière journée d’aventure dans le Sud-Est Australien.

En route pour la Great Ocean Road

Ma dernière matinée australienne commence tôt : je me réveille avant le soleil, que je regarderai se lever péniblement en mangeant mon Nutella et en buvant mon thé. Aujourd’hui, je pars de Melbourne pour la Great Ocean Road, l’une des plus belles routes côtières du monde, en embarquant dans un minibus. Et comme la route est longue, le départ est prévu à 7h sur Flinders Street.

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J’ai prévu cette journée et réservé ma place avant même de prendre mon avion pour l’Australie. Les voyages organisés en bus sont très fréquents sur la Great Ocean Road, et les prix pour une journée varient entre 80 et 130$ AUD. La route est longue, mais pleine de promesses dans tous les guides que je peux éplucher. J’en frétille tellement d’impatience que j’en oublie que j’ai dormi 5h.

Je ne sais même pas à quelle heure je rentre à Melbourne, ce soir, mais je mise sur « super tard ». La route est longue : elle s’étend sur environ 250 km entre Torquay et Warrnambool, et il y a plein de choses à voir sur le chemin.

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D’ailleurs, quand j’arrive sur le lieu de rendez-vous, je commence à discuter avec des gens qui portent des sac à dos beaucoup plus gros que le mien. Contrairement à moi, ils partent pour plus d’une journée, et font étape sur la Great Ocean Road pour poursuivre ensuite jusqu’à Adelaïde.

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Si mon chauffeur n’était pas arrivé à ce moment-là avec son sourire de pub de dentifrice, je pense que je me serais embarquée en clandestine avec eux en mode « FUCK YEAH JE RENTRE JAMAIS ».

Une route côtière australienne de commémoration

Le voyage s’annonce bien : comme je ne me suis pas précipitée dans le minibus pour garder une place à mes potes, il n’y en a plus ! Je sais, ça n’a pas l’air génial comme ça, mais ça veut surtout dire que je me retrouve à la meilleure place, devant, à côté du chauffeur, avec une vue dégagée sur la route et de la place pour étendre mes jambes. Je ne manque pas de narguer mes compagnons de voyage en m’étendant longuement. Vous pensez.

Le chauffeur est cool, détendu, pas beaucoup plus âgé que moi. On discute voyages et tours du monde pour passer le temps, mais il parle souvent au micro pour nous raconter quelques anecdotes sur la Great Ocean Road.

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Par exemple, le saviez-vous ? Cette longue route qui suit la côte de l’État du Victoria, entre plages, falaises et passages rapides par des forêts profondes, est un gigantesque monument aux morts. Hé oui : sa construction a été planifiée à la fin de la Première Guerre mondiale, et a débuté en 1919, suivant la mobilisation d’environ 3000 soldats sur le projet. Cette route devait à la fois permettre de relier au reste du pays un État faiblement peuplé, et de rendre hommage, dans son édification, aux soldats tombés au combat.

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Cependant, même pour 3000 soldats payés et armés de pioches et d’explosifs, le projet était plus qu’ambitieux, et ce n’est qu’après bien des péripéties que la route rejoint Apollo Bay… en 1932. Le chauffeur ne nous raconte pas tout, parce que c’est trop long, mais on comprend que l’aventure de la Great Ocean Road n’a pas dû être facile.

D’autant qu’en 2015, la route est encore constamment retapée et il n’est pas rare que l’on doive attendre de longues minutes devant des travaux avant de pouvoir passer. Mais bon. Il fait beau, le cadre est magnifique, on a le temps, on s’en fout. Et puis surtout, ce sont des travaux, pas un accident.

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Ah, oui, parce qu’en fait, il y a beaucoup d’accidents sur la Great Ocean Road. Rapport que la route est trop longue pour être régulièrement retapée, qu’elle est assez accidentée par endroits, et que malgré ça et les falaises, il y en a encore pour rouler comme des malades.

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Bref, c’est beau, mais c’est quand même l’Australie : c’est dangereux aussi. Moi, là, tout de suite, ça me fait une belle jambe. Je suis tombée amoureuse de la vue depuis les hautes falaises menaçantes, et en rêve, j’y tombe déjà… Paris me semble si loin.

À la conquête des perroquets sans-gêne

Après quelques haltes et pause-pipi dans la nature sauvage (ou presque), on arrive à Kenneth River, où le chauffeur nous apprend qu’on peut « donner à manger aux oiseaux ». En bonne Française dont le comble de l’exotisme dans un parc revient à voir des pigeons forniquer, je me dis qu’il nous prend pour des poulets. On est peut-être des touristes, mais on ne parcourt pas des kilomètres pour nourrir les canards, mon lapin !

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Quand soudain, j’ai un perroquet sur la tête.

Non, ce n’est pas un kakapo qui souhaite s’accoupler avec ma tête. Juste un « loriquet » bien dodu qui malaxe de ses jolies serres bien portantes les restes de mon coup de soleil sur le crâne chopé à Brisbane. Je dis que « je tiens le temps d’une photo et puis ça dégage », mais en fait je n’ai pas mon mot à dire. Le perroquet s’en fout. Le perroquet fait ce qu’il veut. Et le perroquet quitte le simple perchoir que je suis pour aller bouffer des graines dans la main d’un touriste inconscient.

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C’est plus fort que moi, mais je suis vexée.

Histoire de ne pas approfondir ce syndrome de Stockholm naissant vis-à-vis de ces enfoirés de perroquets qui sautillent de tête en tête en retenant in-extremis leurs anus d’oiseaux cons, je m’écarte du groupe la tête haute. On m’a dit qu’il y avait des koalas bruns dans le coin. Je pars à la chasse aux koalas bruns.

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J’en vois quatre. Record battu. Retour aux piafs.

J’ai à peine le temps de constater que les perroquets aiment les chapeaux de paille, et qu’une pauvre femme est désormais condamnée à sentir le guano de loriquet le reste de la journée, qu’un brave homme me met des graines dans la main. « Tenez, tenez ! », me dit-il, et je détecte comme une vague odeur de caca d’oiseau mâtinée de crème solaire émanant de sa casquette. « Comme ça ils viendront sur votre main. »

Ni une, ni deux.

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Ouii, je suis très à l’aise, noon, ça ne fait pas mal…

Quand nous repartons, le chauffeur ouvre discrètement un grand nombre de fenêtres.

De la truie aux Douze Apôtres

Mine de rien, malgré la distance et les quelques travaux, on arrive assez rapidement à la prochaine grosse étape : Cape Otway. Jusqu’ici il faisait bon, un peu de brouillard recouvrait les montagnes, et puis au moment de se faire un barbecue devant le phare (les Australiens adorent les barbecues), le ciel se dégage d’un coup. Blam. 32°C dans ta face, comme ça.

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Au bout de deux semaines en Australie, ce changement ne me surprend pas, mais on nous apprend que nous avons de la chance, et que la météo le long de l’océan est souvent très capricieuse. J’avoue que ça m’arrange. J’avais un peu perdu le réflexe « imperméable dans le sac ».

Le reste du voyage se fait donc dans un cadre de rêve. Ciel immaculé, sable fin et vagues cristallines, falaises comme dessinées au milieu de paysages de carte postale, qui pourtant ne se ressemblent jamais. La route est complètement différente d’un tournant à un autre,et chaque arrêt me rappelle tour à tour mes paysages méditerranéens et les plages tropicales.

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Le blues me prend. Je ne veux pas partir. Et puis le chauffeur me raconte que les Douze Apôtres (The Twelve Apostles), célèbre formation rocheuses que l’on s’apprête à découvrir, s’appelait la « La Truie et les porcelets » avant (The Sow and the Piglets). Je trouve très intéressante la manière dont on est passé d’une ribambelle de cochons aux apôtres du Christ.

Mais enfin… Il faut bien admettre que l’endroit mérite mieux.

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La route continue au-delà des Douze Apôtres, au moins jusqu’à Port Fairy, qui a un si joli nom. Tellement de plages sauvages que seuls les surfeurs, les vrais, aiment affronter. Mais pour nous, c’est l’heure de rentrer… et pour moi, la fin du voyage.

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C’est bête. On fait une halte dans une petite ville dont j’ai oublié le nom, on se pose à une terrasse pour manger des nouilles chinoises tandis que la chaleur de la journée retombe, ça sent l’été et je me sens bien. Je ne suis pas triste de rentrer, parce que ces moments vont se changer en souvenirs qui peuvent illuminer les journées les plus grises. Je reviendrai. I’ll be back, comme disait l’autre.

Et même que la prochaine fois, je passerai par la Nouvelle-Zélande, et que c’est un kakapo qui me montera sur la tête.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Riddlesashimi
    Riddlesashimi, Le 16 mars 2015 à 17h20

    coucou quelle chance c'est mon rêve l'Australie avec la Nouvelle-Zélande!
    juste une petite précision les deux perruches que tu nous montre dans tes photos ne sont pas des loriquets mais des perruches royales, la verte verte est la femelle et celle avec le beau poitrail rouge est le mâle, king parrot en anglais dans le texte. le loriquet est beaucoup beaucoup plus coloré encore et plus petit... mais surtout faut pas trop lui donner de graines car le loriquet est un nectarivore et lui donner des graines endommage ses pinceaux qu'il a sur sa mignonne langue... A Sydney tu peux aussi intéragir avec de nombreux cacatoès à crête jaune, dont un certain nombre possède des tag de plastique jaune sur le haut d'une aile, des tags numérotés, ils font partie d'une étude à long terme sur les déplacements des populations férales de cacatoès. il y a même une appli mobile pour les prendre en photo et envoyer la localisation aux chercheurs, chaque cacatoès à un numéro ET un nom... certains sont de véritables petites stars locales!

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