L’asexualité, qu’est-ce que c’est ?

L’asexualité, qu’est-ce que c’est ?
Brigitte Lebuysson se penche sur l'asexualité avec trois lectrices concernées : est-ce un problème, est-ce qu'il est possible de vivre en harmonie en étant asexuel-le et peut-on vivre une belle relation de couple sans ou avec peu de sexe ?

Il y a deux semaines jour pour jour, c’était la journée de l’asexualité. C’est alors que j’ai tilté : je ne m’étais encore jamais penchée sur la question alors que ça touche tout de même 1% de la population (selon une étude datant de 2004) et amène à tout un tas de questions. J’ai donc demandé à des lecteurs et lectrices concerné-e-s de me contacter pour en apprendre un peu plus sur le sujet et pour casser ensemble – espérons-le – les mythes et clichés qui entourent ce phénomène.

Mais avant toute chose, le point définition : l’asexualité désigne très largement le fait de ne pas ressentir de désir sexuel ou d’attirance sexuelle pour quelqu’un. Il serait maladroit de l’apparenter à l’abstinence, qui est un choix, puisque le terme désigne le fait de volontairement refuser l’acte sexuel. L’asexualité n’est pas un choix, on naît comme ça, sans le savoir avant qu’on le comprenne. Certains n’ont par ailleurs pas de préférence sexuelle, mais pas tous et ce n’est pas forcément une généralité. L’asexualité comprend des nuances symbolisées par le terme grey-a (rien à voir avec les fans de Grey’s Anatomy, donc), pour la gray-asexuality. Les gray-asexuals peuvent expérimenter, de manière irrégulière, une excitation sexuelle ou expérimentent une excitation sexuelle plus ou moins ténue. Dans les gray-asexuals, il y a aussi les demisexuals, qui peuvent être excité-e-s sexuellement s’ils ont développé des forts sentiments pour quelqu’un.

L’asexualité désigne simplement le fait de ne pas ou de ne presque pas avoir envie d’avoir des relations sexuelles avec autrui, de ne pas se sentir sexuellement attirée par autrui. Mais est-ce qu’être asexuel-le empêche d’avoir une vie de couple ? Est-ce qu’être asexuel-le signifie ne pas avoir besoin de pratiquer le sexe, d’une façon ou d’une autre ? Est-il facile d’être asexuel-le dans une société où le sexe est aussi présent ? Ce sont grosso modo les réponses auxquelles ont répondu quelques lectrices concernées qui nous permettront d’en apprendre un peu plus.

Apprendre qu’on est asexuel-le

Quand on voit son entourage commencer à avoir les hormones qui font des sauts de cabri, sortir avec des membres du sexe désiré, embrasser l’autre jusqu’à en avoir des filets de bave qui caressent le sol et envisager puis passer à l’acte sexuel, ça peut éventuellement éveiller quelque chose en nous. Quand on n’est pas dans la même situation, il peut arriver d’envier ses copines qui passent à l’acte et qui plaisent aux gens qui leur plaisent. Une sorte de jalousie car on ne vit pas les mêmes choses.

M., elle, n’était absolument pas envieuse. Quand elle a échangé son premier baiser, elle n’a pas été transcendée. Précisons tout de même que ne pas apprécier son premier baiser n’est pas un critère réservé aux asexuel-le-s : le mien, je l’ai vécu comme une limace se baladant sur ma bouche et j’ai rompu juste après pour ne pas avoir à recommencer avec cette personne. Pour autant, je ne suis ni grey-a, ni asexuelle. Mais c’est un peu par hasard qu’elle a mis un mot sur ce qu’elle était. Elle était déjà tombée amoureuse d’une fille et savait reconnaître et apprécier la beauté d’une personne – ce qui empêchait, en quelque sorte, de comprendre qu’elle était asexuelle, d’autant plus qu’elle n’avait pas connaissance de l’existence du terme et de ce qu’il implique alors qu’être asexuel-le n’empêche pas du tout de trouver quelqu’un beau :

« Je ne comprenais pas les filles qui couchaient avec des mecs comme ça, directement le premier soir, et je me disais « non mais moi il me faudra du temps, beaucoup de temps ». Je ne réalisais pas vraiment que j’éprouvais pas d’attraction physique pour les gens parce que j’étais sensible à leur beauté, que je pouvais porter des jugements esthétiques. [...]

Bref, je me suis dit que oui, je ne me voyais pas coucher avec quelqu’un, que même quand j’étais amoureuse d’une personne je pensais à un milliard d’activités qu’on pourrait partager mais que la partie « coucher ensemble » était en fait littérale : dormir avec quelqu’un. Rétrospectivement je comprenais mieux pourquoi lorsque je rêvassais sur telle personne j’utilisais la technique du fondu au noir quand j’en venais à me dire « oui et là on coucherait ensemble » et que je pensais JAMAIS RÉELLEMENT à cette partie-là, et que je voyais toujours ce moment comme une formalité. Le désir sexuel n’était pas là et n’avait jamais été là. »

Le déclic, qui lui a fait recouper tout ce qu’elle ressentait depuis plusieurs années, M. l’a eu en faisant un banal tour sur un forum à l’âge de 19 ans. Le commentaire qui a tout changé, c’était quelqu’un qui parlait d’asexualité et disait en substance « Je suis heureuse pour les autres quand ils peuvent coucher avec les personnes qu’ils veulent mais moi je m’en fiche totalement » : M. a alors recoupé et fait le rapprochement entre son absence de désir sexuel et le terme qui la désigne.

D., quant à elle, notait un certain manque de désir dans son couple : elle explique qu’elle vivait pourtant une relation avec un mec adorable alors qu’elle avait eu un intérêt pour le sexe théorique et pour la masturbation. Pourtant, une fois que le moment de passer à l’acte était venu, elle ressentait un manque d’intérêt notable. Et puis elle est tombée amoureuse d’une fille. « J’ai associé les deux », explique-t-elle. « J’ai pensé que je n’étais « que » lesbienne, j’ai rompu avec le garçon et j’ai classé l’affaire. Il s’est alors passé plusieurs années sans que je ressente le besoin d’être en couple réellement. Ou plus exactement, les relations sexuelles ne me manquaient pas et j’avais un peu l’angoisse que ça soit un problème à nouveau si je me mettais en couple, même avec une fille. Je n’y ai plus trop pensé car le problème ne s’est pas posé. »

C’est par la suite en regardant un épisode de la série Sherlock pendant l’hiver 2012 qu’elle a compris qu’elle était asexuelle : il n’est jamais dit clairement dans la série que le personnage principal l’est, mais, dans une scène, il est insinué qu’il n’a jamais eu de relation sexuelle. Après un bref tour sur Tumblr après l’épisode, elle est alors tombée sur le terme asexuel relié à Holmes :

« Je me suis dit « Asexuel ? C’est quoi, ça, déjà ? ». Il est assez rare que je ne connaisse pas un terme dans ce domaine, mais je n’avais effectivement jamais lu grand-chose sur le sujet. Wikipédia (oui, bon…) étant mon ami, me voilà partie à lire la définition dans les détails. Et ça a été une révélation. J’ai commencé à creuser. Plus je lisais, et plus je me reconnaissais dans ce qui était écrit. Depuis, j’en parle autour de moi, notamment à mes amis dans le milieu LGBT, afin de faire reconnaître l’existence des asexuels. »

sherlock Lasexualité, quest ce que cest ?Ceci n’est pas qu’une image pour faire plaisir aux Cumberbitches.

Les asexuel-le-s et la relation de couple

Dans ma petite tête, j’imaginais qu’un-e asexuel-le en couple avec un-e autre est la situation la plus avantageuse du monde, mais dites, faudrait voir à pas ranger tout le monde dans des cases. Comment les choses se passent-elles quand un des membres du couple est asexuel-le et l’autre non ? Est-ce que ça peut être une cause de rupture ? Est-ce qu’un décalage se crée de manière inévitable ?

Moins certaine de son asexualité (elle m’explique être à 80% sûre de l’être) R. a eu deux relations assez longues (une de trois ans, une de deux) : pour le premier, ça n’a pas joué dans leur rupture, mais pour le second oui (« Le deuxième est un coureur de jupons et il adore le sexe donc ça a été un élément important de notre rupture même si ce n’était pas tout »). Mais alors, comment ça se passait, est-ce qu’on peut parler de notion d’effort pour avoir des relations sexuelles quand son ex le souhaitait ? Dans son cas, plutôt, oui, même s’il y a un moment où c’était pour elle loin d’être désagréable :

« Oui, je le faisais parce que je voulais faire plaisir et que c’est la norme. « 2-3 fois par semaine pour un couple heureux », les chiffres mettent une pression dingue. Au moins mes deux ans de célibat ne sont pas du tout un calvaire ! Quand j’entends certaines filles ne pas supporter de ne pas coucher pendant un mois, cela me fait rire intérieurement.

C’est la même chose pour la masturbation, je me souviens que ça me plaît mais je dois me forcer pour commencer. Je dois me dire « Allez tu vas voir c’est cool ». Mais l’acte sexuel, quand c’est fini, je ne suis pas satisfaite. Je l’ai fait mais je ne ressens rien ni avant ni après. Mais au milieu c’est vraiment bien.

Voilà quand on lit ça on peut tout de suite penser « que je n’ai pas trouvé la bonne personne » ou « que j’ai peur de prendre du plaisir », ce n’est pas faux mais ce n’est pas totalement vrai non plus. J’en ai parlé à une amie homosexuelle et elle avait été comme ça jusqu’à rencontrer sa copine actuelle. Alors peut-être que cela m’arrivera un jour.

Le seul moment où ça me gêne d’être comme ça c’est de savoir que je suis différente et que peu de monde pourrait comprendre cette absence. C’est tout, après je suis heureuse comme ça et je peux aimer normalement, c’est seulement que le sexe ne prend pas 90% de ma vie ou de mon esprit. Parfois je me plais à penser que je peux aimer davantage l’autre vu que ce n’est pas sa performance sexuelle mais plutôt la personne qu’elle est qui saura ou non me séduire. »

On peut alors réaliser que notre société, plutôt très sexualisée, peut être en partie responsable de cette sensation de se sentir plus ou moins obligé-e d’avoir des relations quand on n’en a pas envie : ok, il est arrivé à la jeune femme d’éprouver du plaisir, mais il n’empêche qu’elle parle de normes et qu’il est vrai que l’asexualité, si elle n’est pas complètement tabou, est un peu oubliée dans les débats et discussions sur la sexualité. Ce qui est vraiment dommage : il suffirait d’en parler un peu plus pour que certaines personnes s’y reconnaissent.

D., elle, a eu une façon différente de gérer sa vie de couple, puisqu’elle est dans un autre cas de figure : elle est asexuelle, mais explique avoir une vie sexuelle théorique très riche et avoir appris à connaître son corps à travers la masturbation. Des fois, c’était bien, des fois pas, qu’elle ait ressenti une petite pointe de désir ou pas :

« Dans les faits, j’ai d’abord constaté un manque d’intérêt évident pour le sexe alors que j’étais en couple avec un homme charmant. Ça m’a paru bizarre, car j’ai toujours été intéressée par le sexe d’un point de vue théorique et même pratique (masturbation), avant d’avoir un âge décent pour pratiquer ce genre de choses. Je suis très renseignée, je n’ai pas vraiment de tabou, j’ai une vie sexuelle théorique très riche. Mais en pratique jusque là ça n’avait jamais été l’extase : au moment de passer à l’acte je n’étais pas très intéressée. Ça ne se passait pas forcément mal, au contraire parfois, mais je n’avais pas tellement de désir. Ça ne m’avait pas inquiétée jusque là car je n’étais pas amoureuse quand j’étais en couple. Mais là j’étais vraiment bien dans mon couple et monsieur était très câlin. J’ai alors réalisé que je n’étais ni très tactile, ni très intéressée par l’acte. Je n’étais pas vraiment à l’aise, je n’osais pas en parler car en dehors de cela j’étais vraiment bien avec lui mais quelque part j’espérais qu’il n’ait pas envie trop souvent de faire l’amour. »

Plus loin, elle raconte après sa rupture avoir ressenti un certain soulagement :

« Ça n’était pas la seule cause mais j’ai ressenti un soulagement quand on a rompu aussi à cause de cela. C’était vraiment compliqué. Je ne voyais pas mon copain très souvent mais je n’avais pas tellement envie de passer à l’acte. Parfois, je ressentais un peu de désir, mais cela restait très faible comparé à ce que je considère comme « normal » et c’était plus un besoin sexuel qu’une envie de faire l’amour avec lui. Après, ça n’était pas forcément mal dans les faits, mais ça m’a amenée à me poser des questions. J’avais l’impression d’être une vieille dans un couple marié où il n’y a plus de désir, à ne pas comprendre pourquoi il n’y en avait pas chez moi alors que j’étais bien en dehors de cela. »

Dans un C’est quoi ton porn spécial asexuel-le-s, Le Tag Parfait met en exergue cette différence d’appréciation de la sexualité. On peut y lire le témoignage de Paul, qui regarde parfois des pornos, a des relations avec sa copine, sans pour autant ressentir d’attirance sexuelle : « Je peux trouver un corps beau ou élégant, mais il ne m’attire pas sexuellement. Je ne ressens pas à l’intérieur de moi le désir de jouir de ce corps et avec ce corps ». D., raconte elle aussi être parfois excitée par du porno. Quand je lui ai demandé si certaines vidéos, par exemple, l’émoustillaient (je ne suis pas née en 1957, promis), elle a répondu que tout dépendait des asexuels et que c’était peut-être bien pour cette raison que le l’asexualité était si compliqué à définir :

« En fait, ça dépend vraiment des asexuels, d’après ce que j’ai compris, c’est pour ça que c’est assez compliqué à définir et que c’est sans doute aussi compliqué à comprendre pour soi (comprendre qu’on a des besoins sexuels, des envies sexuelles, mais pas envie de faire du sexe, c’est contradictoire). Je peux mater du porno et être excitée (et j’ai aucun problème à en parler, même entre potes, chuis assez open). J’ai des besoins sexuels (ça n’est pas le cas de tout le monde paraît) et je les comble moi-même (plus simple, pour moi ça reste mécanique tout cela).

La seule différence est que je ne vais pas me dire « Ah, il ou elle me plaît, super, faisons l’amour ». Quelqu’un peut me plaire, m’attirer même physiquement, mais je n’ai pas envie d’aller plus loin. Tout au plus, j’ai envie de le/la photographier, ça reste purement esthétique, comme quand je regarde un tableau, ce qui complexifie un poil les relations (avec un tableau, c’est plus facile). »

Une nouvelle preuve, donc, qu’asexualité ne rime pas forcément avec pas de sexe du tout : certain-e-s se masturbent, ont des relations sexuelles, s’imaginent en avoir, et d’autres non. Ces nuances donnent l’illusion de concept plus compliqué à comprendre pour les autres alors qu’au final, c’est très simple : après tout, parmi les personnes sexuées, il y a également des nuances dans notre relation au cul.

S’intéresser aux autres d’une nouvelle façon

Plus tôt dans l’article, je citais M. qui expliquait qu’elle avait plus tendance, en tombant amoureuse de quelqu’un quand elle ne savait pas encore qu’elle était asexuelle, à s’imaginer faire des milliers d’activités à faire avec l’autre en floutant la partie sexe. C’est d’ailleurs sur ce point que rebondit également Laci Green à la fin de sa vidéo sur l’asexualité. Dans une interview, David Jay, activiste asexuel, explique que les asexuel-le-s cherchent comment faire émotionnellement ce que les gens font avec le sexe.

Ce à quoi la vlogueuse réagit :

« Je crois que, en se demandant comment construire une relation, David et la communauté asexuelle mettent le doigt sur un truc qui concerne tous les êtres humains. J’imagine que la différence, c’est que les personnes sexuelles sont confrontées à ce problème moins frontalement que les asexuels. Peut-être parce que la question du sexe s’y substitue et en même temps nous détourne de cette autre question. »

M. est optimiste pour l’avenir sur le fait qu’être asexuelle ne l’empêchera pas de vivre une relation de couple épanouie et ne se sent pas vraiment peinée par son asexualité. La clé ? La communication. Et elle a raison, parce qu’on ne le répètera jamais assez : parler dans le couple (ou le trouple, ou que sais-je encore), c’est le meilleur moyen de régler les moindres soucis :

« Du coup dans l’ensemble cette situation ne me peine pas vraiment, mais c’est étrange de vivre en n’étant pas dans la norme. Je sais que la plupart des gens sont conscients que la société est hyper-sexualisée mais alors de mon point de vue d’asexuelle, il y a des moments où je sature de me voir rappeler tous les jours que je suis une minorité et c’est peut-être ça qui me gêne le plus. Parce que vraiment, le couple tout ça… je suis globalement confiante. Pas au point de me dire « l’amour réglera tout », mais à estimer qu’avec du dialogue, des compromis, ça peut marcher. »

Un point de vue que partage D. : forte de cette nouvelle connaissance d’elle-même (elle a compris son asexualité après sa dernière rupture), elle aborde son avenir sentimental avec davantage de sérénité :

« Je suis amoureuse de la même personne depuis des années et si je n’ai pas envie de sexe, j’ai suffisamment de recul sur notre non-relation-de-couple pour savoir que j’ai des envies affectives. L’avantage est que maintenant je me connais mieux (on dit « asexuelle romantique », ouaiiis je suis dans une case !) et donc si je me mets en couple un jour avec quelqu’un, je le ferai avec cette connaissance de moi. Du coup, l’angoisse n’est plus présente de la même façon, on pourra en parler et trouver nos codes à nous. »

Trouver des codes propres à chaque couple et s’inventer une sexualité qui est propre au couple : un conseil qu’on pourrait finalement appliquer à beaucoup de relations à deux ou à plus, finalement, asexualité ou pas.

L’asexualité n’a rien d’anormal, donc : le terme concerne une toute petite minorité de personnes plus ou moins, selon le degré, désintéressées de l’acte sexuel. C’est ça qu’il faut comprendre : ce n’est pas parce qu’une majorité prédomine sur un point précis comme le sexe qu’elle est LA norme ; elle est simplement plus représentée en terme de chiffres. Évidemment, il est difficile pour des personnes sexuées, au premier abord, de concevoir qu’on puisse ne pas éprouver de désir, ou très peu. En fait, le concept de ne pas désirer autrui nous rappelle combien il est primordial d’écouter celui ou celle qui ne vit pas la sexualité de la même façon que nous, de lui donner la parole et de comprendre que nous ne sommes pas tous égaux. Comme certaines aiment se prendre des fessées et d’autres non (par exemple), certains ressentent du désir pour autrui, d’autres pas. Et c’est aussi simple que ça.

Pour en savoir plus :

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  • Juddy_Abbott
    Juddy_Abbott, Le lundi 13 mai 2013 à 16h13

    D'après ma petite expérience, je crois que tout ce que vous avez discuté jusque là dépend de la personne. Il est difficile de trancher bien évidemment si l'asexualité est innée ou acquise, psychologique ou plutôt hormonale ou autres. À un certain moment, j'ai eu l'impression que tout le monde était devenu "Mlle Expert près de chez vous"...

    Juste pour dire que chacune est différente, chacune son expérience, chacune sa façon de vivre sa sexualité et les feelings qui en découlent ou pas. On est toutes d'accord que dans une société aussi sexualisée que la notre, manifester un certain écart par rapport à la norme, assumer son manque /absence de désir est un parcours de combattant. Les étiquettes n'en manquent pas, et je parle en connaissance de cause. Déjà on ne comprends pas pourquoi on est pas dans la norme, la pression sociale se fait ressentir, et des fois c'est un cercle vicieux.

    En ce qui me concerne, j'ai toujours eu des crash depuis l'age de 11 ans (des fois j'ai de longues période de silence, personne dans mon champs de vision quoi).

     Je ne sais pas si je suis vraiment tombée amoureuse, mais, j'ai été "obsédée" par des mecs. Pourtant, je n'arrivais pas a ressentir ce désir, et je ne me suis jamais posée la question, car à ce moment là ce n'était que des mecs passagers. La vrai big question est survenue après. Quand j'ai commencé a sortir avec mon ex, j'ai craqué fort dès le début, j'avais 0 expérience  donc, tout le tralala lié au dating m'était inconnu.  Au début, j'ai tellement eu peur, car en l'embrassant je n'ai absolument rien ressenti, hautes expectatives, je dirais plutôt.Après c0est vrai que j'ai commencé a apprécier la chose mais deux minutes plutard, c'est le vide total. J’étais comme un robot. 0 feeling. Pire, j'avais des crises de panique a chaque fois que je le voyais, je ne pouvais contrôler mes états d’âme.  C'est comme si j’étais tellement amoureuse/impressionnée/ou je ne me le croyais pas trop, que tout ce que je ressentais, je dirais cette boule dans le ventre, m'en était insupportable, tellement insupportable que ça me rendait malade au point de vomir ( et pas qu'avec ce mec, avec deux autres, dans la rue, quand on partage le même lit, quand il m'envoie un texto en disant qu'il passe me voir, quand on se ballade ..etc)

    Ok, vous me diriez, ben déjà tu ressens quelque chose, oui, mais c'est vraiment pas un désir sexuel, je ne saurais le définir  peut être un mélange de peur et d'autres sentiment que je ne comprends pas. Une fois plus tranquille, je n'arrive toujours pas à ressentir cette envie... le mec est bien évidemment super excité, mais pas moi. Physiquement, il m'attire d'une certaine façon, je suis prête à me laisser aller, à me découvrir mais ça n'arrive pas, je n'y peux rien, peut être c'est juste question de temps... mais des fois j'ai l'impression que je suis tellement frigide, que j'ai besoin d'un peu plus de temps pour approvisionner ce désir & sentiments que je ne retrouve pas.

    Je ne suis pas une coincée, je suis assez jolie, et je suis assez bien dans ma peau malgré mes problèmes liés à la nourriture. Si un mec m’intéresse  je vais droit au but, je parle avec lui, j'adore séduire, mais le moment venu, quand on sait que le mec va t'embrasser, alors là, je ne peux pas, dans ma tête y'a une voix qui me dit, tu peux pas faire ça, tu ressens rien, aucun désir, aucun besoin... et je vous assure que cela m'est arrivé avec pas mal de mecs pour qui j'ai eu un big crush.

    Tout cela pour dire, que cela dépend de la personne. Ma psy ne savait quoi me dire, elle croit que j'ai une faible libido. Des fois je lui donne raison, mais par moment, je ne sais vraiment pas ce qui cloche ou pas. Je dirais que c'est peut être du à une éducation un peu trop stricte, à mes mésaventures lors mon adolescence, au stress, au blocage... mais des fois, je me déconnecte de mes petits problèmes et je dis aujourd'hui je prendrai mon pied, je m'en fiche,  je me laisserai aller, je vais me concentrer sur mon plaisir (inexistant ou absent), je veux ressentir ce désir, je le dirai en anglais, je veux me sentir TURNED ON... mais en vain, je ne ressens pas ce désir. Du coup, j'ai laissé tomber le truc, j'ai décidé de ne me plus forcer pour ressentir quoi que ce soit... c'est frustrant, mais c'est comme ça.
    Je ne pourrais me coller une étiquette, tiens, t'es asexuelle. Je suis arrivée à la conclusion que c'est au temps d'en décider. C'est fatiguant de s'auto-psychanalyser et de devoir se justifier quand les copines parlent sexe...

    Donc voilà... Courage à toutes et à tous !

  • Amedeo
    Amedeo, Le lundi 13 mai 2013 à 16h35

    Bonne initiative cet article, mais j'aurais aimé qu'il sorte deux ans plus tôt (j'avais un devoir a rendre sur l'asexualité, ça m'aurait bien aidé tout ca!)
    Je relève une chose très intéressante: quand R. dit

    C’est la même chose pour la masturbation, je me souviens que ça me plaît mais je dois me forcer pour commencer. Je dois me dire « Allez tu vas voir c’est cool ». Mais l’acte sexuel, quand c’est fini, je ne suis pas satisfaite. Je l’ai fait mais je ne ressens rien ni avant ni après. Mais au milieu c’est vraiment bien.


    Du coup, si j'ai bien compris, dans ce cas, la personne asexuelle ressent du plaisir pendant l'acte, mais pas d'attirance avant ou de "détente" après. La nuance me semble importante tout de même. Je ne sais pas si un homo pourrait trouver agréable sur le moment de coucher avec un membre du sexe opposé . De même, est-ce qu'un hétéro trouverait du plaisir durant l'acte avec un membre du même sexe?
    Aussi, comment "physiologiquement" coucher avec quelqu'un sans qu'il n'y ai excitation ou désir de passer à l'acte? Pas d'érection ou de lubrification? ou il faut une stimulation poussée pour que ca arrive?

    Mais quelque chose me dérange tout de même dans ce témoignage:


    C’est tout, après je suis heureuse comme ça et je peux aimer normalement, c’est seulement que le sexe ne prend pas 90% de ma vie ou de mon esprit. Parfois je me plais à penser que je peux aimer davantage l’autre vu que ce n’est pas sa performance sexuelle mais plutôt la personne qu’elle est qui saura ou non me séduire.

     Un hétéro et un homo peuvent autant aimer qu'un asexuel sans forcément se référer à sa performance sexuelle comme critère de séduction, et on ne pense pas 90% du temps au sexe (enfin moi si mais bon :-p ) je crois que c'est un peu caricatural. Les sexuels ne sont pas tous des gros queutards avides de sexe non plus, ce n'est pas l'un ou l'autre, l'asexuel ou l'hyper-sexuel. Il y a des milliers de nuances. J'aime a penser que c'est la personne qui me séduit et pas sa performance sexuelle.

  • GreyA
    GreyA, Le lundi 13 mai 2013 à 17h06

    amedeo;4114432C’est tout
     Un hétéro et un homo peuvent autant aimer qu'un asexuel sans forcément se référer à sa performance sexuelle comme critère de séduction, et on ne pense pas 90% du temps au sexe (enfin moi si mais bon :-p ) je crois que c'est un peu caricatural. Les sexuels ne sont pas tous des gros queutards avides de sexe non plus, ce n'est pas l'un ou l'autre, l'asexuel ou l'hyper-sexuel. Il y a des milliers de nuances. J'aime a penser que c'est la personne qui me séduit et pas sa performance sexuelle.
    C'est un problème avec certains aces qui a des relans de slut-shaming. Il y a une notion de pureté ou de supériorité de l'asexuelle chez certaines personnes qui est très dérangeante et qu'il est nécessaire d'interpeler car ça dessert tout le monde.

    Je peux me tromper, mais je pense que ça vient du fait que malgré cette idée globale que la société est hypersexualisée et libérée sexuellement, la sacralisation de l'amour platonique et de la chasteté demeurre, comme si le sexe était une entrave à l'amour.

    EDIT : Pour la question sur le plaisir ou la détente, ça varie nettement d'une personne à l'autre, comme chez les hétéro/homo/bi/pans.

    Personnellement, je trouve que la masturbation est une activité agréable et récréative, mais je ne ressens effectivement pas de désir pour l'autre (en phase ace, ce qui constitue pour le moment la majorité de ma vie) et ne fantasme sur personne en particulier.

    J'ai cru comprendre que certaines personnes dites "sexuelles" (je n'aime pas ce terme fourre-tout qui s'oppose à l'asexualité, mais je ne sais pas s'il y en a un autre) ont peu de libido, n'aiment pas tellement le sexe ou trouvent que la masturbation c'est chiant.

    Donc au final, c'est vraiment individuel. :-)

    Ce qui fait notre richesse, à tous, quelque soit nos étiquettes, c'est la variaté de nos sensations et de nos expériences personnelles. Malgré les effets de communautarismes (qui sont dangereux), avoir une sexualité en point commun ne façonnera pas l'expérience des gens et chacun aura quelque chose de différent à raconter.

    D'ailleurs, pour revenir à la tendance "slut-shaming" de certains asexuels, on a aussi le mythe de la pureté asexuelle chez certains qui poussent à écarter les ace ayant une libido, les grey, les aces ayant des rapports sexuels et ceux se masturbant pour les considérer comme "faux asexuels" et c'est dommage.

    EDIT: OMG ! J'ai écrit "variaté" et je pars dans un délire sur le caviar avarié.

  • Rokdun
    Rokdun, Le mardi 14 mai 2013 à 17h14

    amedeo;4114432
    (...)
    Je relève une chose très intéressante: quand R. dit

    C’est la même chose pour la masturbation, je me souviens que ça me plaît mais je dois me forcer pour commencer. Je dois me dire « Allez tu vas voir c’est cool ». Mais l’acte sexuel, quand c’est fini, je ne suis pas satisfaite. Je l’ai fait mais je ne ressens rien ni avant ni après. Mais au milieu c’est vraiment bien.


    Du coup, si j'ai bien compris, dans ce cas, la personne asexuelle ressent du plaisir pendant l'acte, mais pas d'attirance avant ou de "détente" après. La nuance me semble importante tout de même.
    Ma femme est dans ce cas (du moins pour la première moitié). Elle n'a pas de désir sexuel (et n'en a jamais eu), si bien que je dois "l'amadouer" ou "l'apprivoiser" pour qu'elle prenne du plaisir, mais attention, je ne la force pas ni rien, je me contente d'être très tendre, de lui faire des bisous, tout ça (je vais pas vous faire un dessin)...

    Dès qu'elle est excitée, elle accepte que je lui donne du plaisir ; mais au départ elle dit toujours quelque chose du genre "je veux bien te faire plaisir mais moi ça va, j'en ai pas envie". Et effectivement, 8 ou 9 fois sur 10, elle ne sera pas excitée et mes tentatives ne feront que... la chatouiller. Dans ce cas je n'insiste pas !

    En revanche, après, elle est détendue et satisfaite :-) (et moi aussi !)

    PS : et je le rappelle, je ne la force pas, et d'ailleurs elle vient d'aprouver ce message.

  • Moule
    Moule, Le mardi 14 mai 2013 à 22h54

    HEU EXKUSER MOI :lunette:

    Sherlock a une érection dans "The great game". A la vue de Moriarty.
    Oui madame.

    Même que la ligne exacte c'est :
    [​IMG][​IMG]

    et que Sherlock répond "both".

    Voilà voilà retournez vaquer à vos occupations. :cretin:

  • ZoeBonhomme
    ZoeBonhomme, Le mercredi 15 mai 2013 à 00h02

    Je sais bien que j'ai dépassé la date de péremption pour réagir dans ce forum (& lire Madmoizelle) mais permettez moi le témoignage d'une femme de quarante ans.
    Cet article m'a gênée. Ce n'est pas l'a-sexualité en en elle même — il me semble évident qu'il y a des petits appétits sexuels comme des gros — mais le témoignage de la jeune femme de 19 ans : comment à 19 ans peut-on se poser la question de l'a-sexualité alors que l'on n'a pas encore découvert toutes les potentialités de son corps ?
    Il me parait normal d'éprouver peu de désir à l'âge de dix neuf ans. Pour qu'il y ai désir, il faut savoir ce que l'on désire. Or le corps change, évolue, surtout le corps de la femme. Le corps d'une femme, c'est un work in progress. C'est entre trente et quarante ans que la femme est la plus épanouie sexuellement, parce qu'elle connait son corps, sait dire ce qu'elle aime et ce qu'elle n'aime pas, de nouvelles zones érogènes sont apparues avec l'âge…… Et puis il y a des ententes sexuelles qui se font ou ne se font pas. Et ce sont les plaisirs inouïs, éblouissants, que l'on rencontre qui créent et développent le désir.
    A 19 ans, j'étais une jeune vierge effarouchée, inhibée, incapable de parler à un garçon, sans désir car non désirée et mes orgasmes les plus prodigieux je les ai connus après 30 ans.
    Si je tenais à intervenir dans ce forum, c'est que l'idée que des jeunes femmes de 19 ans lisant cet article puissent se dire "C'est donc cela ? si j'ai si peu de désir, c'est que je dois être a-sexuelle !" me navrait profondément.  On va se retrouver avec une épidémie d'a-sexuelles…

    Nous ne sommes pas toutes faite sur le même moule, bien entendu et rien ne justifie que l'on s'impose des relations sexuelles sans désir, mais peut-on se dire a-sexuel avant quarante ans ?

    Et puis comment peut-on parler d'amour sans parler du cocktail hormonal ocytocine-dopamine-endorphines ? L'amour sans le sexe, cela s'appelle… l'amitié.

  • GreyA
    GreyA, Le mercredi 15 mai 2013 à 01h20

    zoebonhomme;4118700
    Cet article m'a gênée. Ce n'est pas l'a-sexualité en en elle même — il me semble évident qu'il y a des petits appétits sexuels comme des gros —
    C'est pas une question d'appétit, c'est une question de désir sexuel pour un genre ou un autre. Asexuel, en gros, c'est le contraire de bisexuel.

    L'appétit sexuel, ça varie d'une personne à l'autre quelque soit son orientation sexuelle.

    Il y a des madz non ace qui ont témoigné ici parce qu'elles ont une libido faible. Moi je suis demi et j'ai une libido normale à forte.

    mais le témoignage de la jeune femme de 19 ans : comment à 19 ans peut-on se poser la question de l'a-sexualité alors que l'on n'a pas encore découvert toutes les potentialités de son corps ?

    A 19 ans, on n'est plus un enfant non plus. On a généralement passé son adolescence à se développer et à se rendre compte où en était notre désir par rapport à celui des autres.

    Je ne dis pas que c'est définitif (parce que clairement, l'orientation sexuelle, c'est pas une chose figée chez tout le monde), mais à 19 ans, on est largement capable de prendre du recul et de se poser des questions par rapport à sa propre sexualité.

    Et on n'a certainement pas besoin de goûter au sexe ou à l'orgasme pour savoir qu'on est ace ou non. Des tas d'asexuels ont des rapports sexuels, se masturbent ou ont des orgasmes, certains avouent s'être forcés à l'adolescence pour faire comme tout le monde, d'autres avoir été curieux comme ils ont été curieux pour apprendre la cuisine ou faire du saut à l'elastique parce qu'il n'y a pas que le désir de l'autre qui peut motiver.

    Bref, à 19 ans, si on peut dire qu'on n'a pas envie de coucher avec les personnes du même sexe ou du sexe opposé sans avoir essayé, on peut aussi se dire asexuel.

    Il me parait normal d'éprouver peu de désir à l'âge de dix neuf ans. Pour qu'il y ai désir, il faut savoir ce que l'on désire.

    A 19 ans, on peut savoir ce que l'on désire et on peut savoir ce que l'on ne désire pas. On peut être paumé à 13 ans, 20 ans, 40 ans ou 70 ans. C'est une question individuelle.

    Or le corps change, évolue, surtout le corps de la femme. Le corps d'une femme, c'est un work in progress. C'est entre trente et quarante ans que la femme est la plus épanouie sexuellement, parce qu'elle connait son corps, sait dire ce qu'elle aime et ce qu'elle n'aime pas, de nouvelles zones érogènes sont apparues avec l'âge……

    Le plaisir et les zones érogènes n'ont aucun rapport avec l'asexualité.

    L'activité sexuelle non plus (un prête abstinent mais qui sait qu'il est hétéro, c'est autant possible qu'un mec actif qui sait qu'il est ace).

    Et au passage, y a pas que le corps qui peut changer constamment : l'orientation sexuelle, la libido, tout ça ça bouge, mais ça ne veut pas dire que l'étiquette passée était fausse. Je sais que notre sexualité est jugée fixe par beaucoup de personnes, c'est pour ça qu'il y a un problème d'occulation de la bisexualité et de l'asexualité, mais c'est plus complexe que ça.

    A 19 ans, j'étais une jeune vierge effarouchée, inhibée, incapable de parler à un garçon, sans désir car non désirée et mes orgasmes les plus prodigieux je les ai connus après 30 ans.

    C'est bien, mais ce n'est pas le cas de tout le monde.  Et on peut désirer sans être désirée, être vierge sans être effarouchée, ne pas être vierge et ne pas avoir de désir finalement, etc.

     Si je tenais à intervenir dans ce forum, c'est que l'idée que des jeunes femmes de 19 ans lisant cet article puissent se dire "C'est donc cela ? si j'ai si peu de désir, c'est que je dois être a-sexuelle !" me navrait profondément.  On va se retrouver avec une épidémie d'a-sexuelles...

    Bon, bah je suis carrément choquée par la dernière phrase. Une épidémie ? On recommence avec les peurs d'invasion et de mode ? Comme on l'a fait pour la question homosexuelle et bisexuelle ?

    C'est différent, on l'explique, on en parle DONC des jeunes vont se croire à tort faisant partie de ce groupe et s'enfermer dans une catégorie qui ne leur convient pas ?

    J'y crois moyen (notamment parce que ces étiquettes minoritaires ne sont pas bien vues et que le premier réflexe est plutôt de les rejeter). Et ce n'est pas un drame non plus que les gens se questionnent.


    Nous ne sommes pas toutes faite sur le même moule, bien entendu et rien ne justifie que l'on s'impose des relations sexuelles sans désir, mais peut-on se dire a-sexuel avant quarante ans ?

    Oui. Sérieusement, on dit la même chose aux personnes qui ont le malheur de se dire homosexuels parfois. "T'es encore jeune." "Est-ce que t'as testé pour en être sûr ?" "Tu vas peut-être encore changer." Et ça continue jusque dans la vingtaine, c'est pas qu'aux jeunes de 12 ans.

    On peut se dire asexuel à 16 ans comme on peut se dire asexuel à 50 ans. Et comme je l'ai dit : il n'est aucunement obligatoire de faire de la sexualité une chose figée. On peut évoluer dans un sens ou dans l'autre, ça n'invalide pas l'étiquette passée.

    Et puis comment peut-on parler d'amour sans parler du cocktail hormonal ocytocine-dopamine-endorphines ? L'amour sans le sexe, cela s'appelle… l'amitié.

    Non, ça s'appelle le companionate love (en gros : un compagnon). Ca peut effectivement exister entre amis (rare), mais c'est plus fréquemment présent chez les couples (par ailleurs, l'amitié est une forme d'amour).

    (Ah oui, c'est pas réellement les hormones de l'amour, juste les hormones du sexe.)

    Certains asexuels parlent de "compagnon" ou de "partenaire" pour cette raison particulière : ce n'est pas de l'amitié ordinaire qu'ils recherchent, mais ça ne correspond pas à l'amour tel qu'il est vu par les non-asexuels.


    Bref, on est encore dans cette fameuse idée que pour être asexuel, il faut soit avoir testé, soit être suffisamment âgé pour pouvoir en parler. Ces arguments reviennent horriblement régulièrement. Pour toutes les minorités sexuelles.

    Donc résumons :
    -oui, on peut se réveler tardivement,
    -oui, ça peut être une phase,
    -oui, ça peut être un blocage,
    -oui, on peut se tromper.

    Mais aussi :
    -ca peut durer toute la vie,
    -le fait de changer n'invalide pas l'expérience précédente,
    -si t'as pas 8ans, personne n'a de raison de douter de ce que tu ressens vis à vis de ta sexualité,
    -en parler, c'est rendre visible le groupe et dire aux gens : "c'est possible" pour déculpabiliser les asexuels, pas risquer de convertir des personnes paumées dans leur sexualité,
    -se poser des questions sur sa sexualité, se dire qu'on pourrait être ace ou autre, c'est pas grave ni figé dans le marbre,
    -personne n'a le droit de jouer les polices des étiquettes.

  • ZoeBonhomme
    ZoeBonhomme, Le vendredi 17 mai 2013 à 13h13

    [quote defaultattr=]-personne n'a le droit de jouer les polices des étiquettes.[/quote]
    Heureuse de vous l'entendre dire !

    Imaginons Mademoiselle Lambda : entre 19 & 25 ans elle éprouve peu de désir, se dit "Ah, je dois être a-sexuelle !". Entre 25 et 27 ans, elle a une relation torride avec une femme, et se dit "Ah, je doit être lesbienne !". A 27 elle a une relation torride avec un homme et se dit "Finalement, j'étais hétérosexuelle !". A 30 elle fait des enfants avec cet homme. Bim, plus de désir : "Finalement, j'étais bien a-sexuelle !".
    A quoi lui ont servi ces étiquettes ? N'aurait-il pas été plus simple de se dire que ce sont de simples fluctuations du désir, tout à fait naturelle dans la vie d'un individu ?

    Par ailleurs deux remarques concernant votre réponse :
    [ol]
    [li]L'ocytocine, les endorphine, la dopamine sont des hormones qui ne sont pas liées uniquement à sexualité, puisque, par exemple, l'ocytocine est déclenchée, entre autre, à l'accouchement. [/li]
    [li]"Epidémie" était pris dans le sens figuré, et c'était une blague…[/li]
    [/ol]

  • GreyA
    GreyA, Le vendredi 17 mai 2013 à 15h43

    zoebonhomme;4124088
    -personne n'a le droit de jouer les polices des étiquettes.
    Heureuse de vous l'entendre dire !

    Imaginons Mademoiselle Lambda : entre 19 & 25 ans elle éprouve peu de désir, se dit "Ah, je dois être a-sexuelle !". Entre 25 et 27 ans, elle a une relation torride avec une femme, et se dit "Ah, je doit être lesbienne !". A 27 elle a une relation torride avec un homme et se dit "Finalement, j'étais hétérosexuelle !". A 30 elle fait des enfants avec cet homme. Bim, plus de désir : "Finalement, j'étais bien a-sexuelle !".
    A quoi lui ont servi ces étiquettes ? N'aurait-il pas été plus simple de se dire que ce sont de simples fluctuations du désir, tout à fait naturelle dans la vie d'un individu ?

    Par ailleurs deux remarques concernant votre réponse :
    [ol]
    [li]L'ocytocine, les endorphine, la dopamine sont des hormones qui ne sont pas liées uniquement à sexualité, puisque, par exemple, l'ocytocine est déclenchée, entre autre, à l'accouchement. [/li]
    [li]"Epidémie" était pris dans le sens figuré, et c'était une blague… [/li]
    [/ol]
    J'ai déjà expliqué pourquoi, bien que la sexualité soit fluide, c'était trop facile de dire, dans un monde hétéronormé qui considère que les gens sont par défaut hétérosexuels et hétéroromantiques, que les étiquettes ne servaient à rien et qu'il suffit de dire "bof, ça peut changer".

    Comme je l'ai dit, ce n'est pas pour rien que ce ne sont pas les hétérosexuels hétéroromantiques qui doivent faire leur coming out.

    La nécessité des étiquettes, transitoires ou non, viennent en grosse partie de la répression que vivent les minorités qui ont besoin de revendiquer ces étiquettes.

    C'est vous qui jouez les polices des étiquettes en venant dire qu'il faut se méfier de l'étiquette asexuelle tant qu'on n'est pas suffisamment âgé pour le dire, par ailleurs (ou tout simplement qu'en fait, on devrait pas s'en coller). Et c'est ce que je vous reproche.

    L'étiquette, je me répète, ce n'est pas un dogme ni une chose fixe, on s'en fout de l'étiquette que la personne se colle tant qu'elle n'est pas réfractaire aux changements possibles (ou non), et peu de personnes asexuelles (qui se sentent souvent anormales à cause de la culture dominante) vivent mal le fait de changer. Ce sont d'ailleurs des sujets qui revienent fréquemment dans les communautés asexuelles et grey puisque certains ont changé et certains, comme moi, sont proches de l'asexualité sans être asexuels.

    Il y a beaucoup de réflexion sur la sexualité et sa fluidité chez les asexuels et les bisexuels car ils ne rentrent pas dans le cadre établi de la monosexualité.

    Vous ne comprenez pas à quoi servent ces étiquettes parce que vous n'en avez pas spécialement besoin, mais pour certains il est utile de pouvoir mettre un nom sur ce qu'ils ressentent et l'expliquer aux gens qui ne resssentent pas la même chose surtout dans une société aussi normative que la nôtre.

    Je me répète donc : ce n'est pas parce qu'on parle d'étiquettes ou qu'on s'en donne qu'on ne parle pas de fluidité ni de variations naturelles au cours de notre vie (mais on ne nie pas non plus la possibilité que cela ne change pas).

    Et évidemment, on a aussi le droit de ne pas se mettre d'étiquette sans avoir à subir la pression sociale (voir : le cas de Mika avant ses coming out successifs qui font également preuve de biphobie, mais passons) si on ne ressent pas le besoin de se coller une étiquette.

    Ici, ce n'est pas la nécessité de l'étiquette qui est revendiquée, c'est le droit de se coller l'étiquette qui nous correspond à un moment donné si on le désire sans que personne ne vienne nous dire : "Tu es trop jeune", "Tu changeras peut-être" ou "Tu es sûre ?".

    1- Je n'ai fait que reprendre votre remarque sur le cocktail d'hormones sexuelles puisque vous vous en êtes servie pour dénigrer les relations asexuelles en parlant d'amitié (et votre phrase était dénigrante). C'est vous qui avez commencé à évoquer le sexe, je ne voyais pas l'utilité de parler du rôle de l'ocytocine (qui est une hormone complexe) dans l'accouchement et le lien mère-enfant, c'était totalement hors sujet.

    2- Les "blagues" sur les épidémies de minorités, je ne trouve plus cela drôle. C'est inutilement agressif pour les personnes qui les lisent, en particulier quand rien dans le message ne laisse sous-entendre que c'est une blague.

  • Kinda
    Kinda, Le lundi 20 mai 2013 à 20h03

    zoebonhomme;4124088
    -personne n'a le droit de jouer les polices des étiquettes.
    Heureuse de vous l'entendre dire !

    Imaginons Mademoiselle Lambda : entre 19 & 25 ans elle éprouve peu de désir, se dit "Ah, je dois être a-sexuelle !". Entre 25 et 27 ans, elle a une relation torride avec une femme, et se dit "Ah, je doit être lesbienne !". A 27 elle a une relation torride avec un homme et se dit "Finalement, j'étais hétérosexuelle !". A 30 elle fait des enfants avec cet homme. Bim, plus de désir : "Finalement, j'étais bien a-sexuelle !".
    A quoi lui ont servi ces étiquettes ? N'aurait-il pas été plus simple de se dire que ce sont de simples fluctuations du désir, tout à fait naturelle dans la vie d'un individu ?

    Par ailleurs deux remarques concernant votre réponse :
    [ol]
    [li]L'ocytocine, les endorphine, la dopamine sont des hormones qui ne sont pas liées uniquement à sexualité, puisque, par exemple, l'ocytocine est déclenchée, entre autre, à l'accouchement. [/li]
    [li]"Epidémie" était pris dans le sens figuré, et c'était une blague…[/li]
    [/ol]
    Je comprends bien la logique mais, personnellement,cet article m'a bien aidé. Peut-être que vous n'avez pas besoin d'étiquette mais savoir que ça existe et que d'autres gens sont dans son cas ça aide vraiment...
    Avant de découvrir que je suis probablement grey asexual ("probablement" parce qu'en plus je n'ai pas de plaisir, et je ne sais même pas si des gens sont dans le même cas, quel chance!), je me disais qu'il n'était pas possible de ne pas avoir de désir sexuel, que tous le monde en a. Je me disais que je devais me forcé parce que si personne n'est dans ce cas ça veut dire que quelque chose cloche chez moi et c'est parce que je n'ai pas suffisamment essayé... alors je me forçait parce ce désir et ce plaisir doivent venir, parce que le sexe c'est naturel, que tout le monde veut et aime le sexe et que chez moi ça ne va pas parce que je n'y mets pas assez de bonne volonté...

    Tout ça pour finir par être ronger par la honte de ne pas réussir à être comme les autres, ronger par la jalousie envers tout ces gens "normaux" et a me dire que je ne peut pas être en couple parce que personne n'accepterait une personne aussi étrange que moi...

    Alors dans mon cas, découvrir que je ne suis pas une frigide incapable et la seule dans ce cas, ça aide. Je ne pense pas que les gens se lève un matin en se disant je vais être asexuel, ni forcément être induit en erreur... ils y aura juste plus de gens qui se sentiront moins mal dans leur peaux en se rendant compte qu'il ne sont pas anormal...

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