Pourquoi « Les Anges de la téléréalité » me fascinent

« Les Anges de la téléréalité », c'est l'émission préférée de Sophie-Pierre Pernaut. Fascinée, elle vous explique pourquoi elle en retire tant de plaisir.

Pourquoi « Les Anges de la téléréalité » me fascinent

J’étais quelqu’un de réfléchi, avec un esprit critique et un cerveau vif qui n’avait besoin que de 4h de sommeil pour se régénérer. J’étais heureuse et je n’avais peur de rien. Et puis un dimanche après-midi, par hasard, je suis tombée sur Les Anges de la téléréalité – ce jour-là, les épisodes de la semaine sont diffusés à la suite pour une plus grande efficacité lobotomiale. C’est alors que de gros soubresauts ont parcouru mon corps et que je me suis mise à baver un peu. J’ai compris dans un éclair de lucidité que je ne serai jamais plus la même tant j’étais fascinée par ce que j’étais en train de regarder. Depuis, tous les dimanches, j’ai un rituel : je m’installe avec de la nourriture trop riche et trop grasse devant ma télé et je m’assomme, fascinée par ce que je suis en train de regarder. Et je vais t’expliquer pourquoi.

Parce qu’ils savent entretenir le suspense

Les « Anges » comme ils se surnomment, sont incroyables : chaque fois qu’ils doivent raconter quelque chose face caméra, ils utilisent un ton des plus dramatiques, comme s’il s’était passé quelque chose de complètement fou alors qu’ils se contentent de relater leur morne journée. Avec les mêmes expressions du visage que j’utilise quand j’explique l’intrigue d’un film qui m’a passionnée, avec les mêmes intonations que je prends quand je résume le gros potin de l’année, ils nous tiennent en haleine sur des trucs aussi minimes qu’une partie de volley dans l’eau avec les dauphins ou que sais-je encore. Ils font tellement de pauses, d’hésitations, utilisent à tel point le « et là + silence » qu’il m’apparaît impossible de ne pas me dire « Bon allez, y en a un qui s’est fait bouffer par un requin, c’est OBLIGÉ ». Chaque fois, je tombe dans le panneau, je me dis qu’il va se passer un truc de dingue et mon souffle s’accélère sous le coup de la hâte de l’angoisse. Mais non. Non, car ce qui suit le « et là + silence », c’est « on est rentrés à la maison et Marie a décidé de faire à manger ».

Je me sens arnaquée sur la marchandise, mais je suis en même temps complètement admirative : si tu me mets dans la même pièce qu’eux, même si je raconte que Clive Owen m’a demandée en mariage sur le yacht d’Eddie Barclay en se faisant faire une pédicure par François Hollande, les gens auront plus tendance à les écouter lister les ingrédients nécessaires à la confection des oeufs brouillés.

Quand je viens de raconter une blague à Nabilla, mon modèle à jamais.

Parce que l’anglais

Il y a un truc tout con qui fait que je ne cesserai jamais de regarder Les Anges de la téléréalité : la barrière de la langue. Je sais pas ce qu’ils foutaient pendant les cours au collège (se mettaient-ils le doigt le nez jusqu’au sinus pour épater leurs camarades de classe ?), mais leur attention n’était certainement pas tournée vers le professeur. Et c’est d’autant plus drôle, parce que franchement, que serait l’émission sans le regard mort accompagné d’un sourire forcé des participants quand un autochtone leur parle anglais ? Rien ! Le programme perdrait tout son charme ! Il serait plus fade qu’un gâteau au yaourt, pour sûr.

Pour te le prouver, voici un joli moment de grâce avec Frédérique – la dame dont on ne sait pas trop ce qu’elle fait là parce qu’elle a l’âge d’être la mère de tous les participants à l’émission, mais la même mentalité qu’eux – qui, alors qu’elle n’a jamais parlé un mot d’anglais, se décide à traduire les propos d’un conducteur d’hydroglisseur. Comme ça, sans raison si ce n’est la production qui lui a probablement soumis l’idée mais me casse pas mon rêve :

Une habile manière de se protéger des agressions extérieures : si ça se trouve, elle a compris « spider » et elle a choisi de modifier le message lancé par l’expert (« soyez prudents ») pour le rendre plus mignon, pour préserver ses camarades d’une frayeur inévitable. Mais évidemment, Frédérique n’est pas la seule à parler anglais comme un caniche défoncé : à l’exception de deux ou trois personnes, les autres se débrouillent avec à peu près autant d’aisance, ce qui est mis en valeur par le fait qu’ils sont obligés de parler local lors de leurs rendez-vous « pro ».

Parce que l’audace

On ne peut pas dire que les « Anges » n’ont pas confiance en eux : ils débordent même carrément d’assurance. Je n’y vois pas d’inconvénients, j’ai au contraire tendance à admirer les gens qui savent s’apprécier à leur juste valeur. Leur problème, c’est que leur valeur, justement, ils ont tendance à la… surévaluer. Ce n’est pas forcément leur faute, bien sûr : tous les moyens sont mis en place pour qu’ils se sentent puissants, pour qu’ils aient l’impression de tenir le monde entre leurs mains plus ou moins manucurées. Le mec en chemise et veste qui leur trouve des rendez-vous « prestigieux », la villa tout confort dans laquelle on les installe, les shootings photo, l’enregistrement d’un hymne rien qu’à eux, le fait qu’ils soient payés pour dire des conneries à la télé, tout est fait pour qu’ils donnent l’impression d’oublier qu’il y a deux mois ils vendaient des churros sur la plage.

C’est ainsi que des gens se décident d’un coup à vouloir devenir acteur ou actrice aux États-Unis alors qu’ils ne parlent pas anglais et qu’ils n’ont jamais pris un seul cours de théâtre. C’est comme si moi, poussée par l’amour de mes proches et leur confiance en moi, je me sentais capable de devenir mannequin main alors que je me ronge les ongles et que j’ai les doigts en forme de Knacki : c’est peine perdue. J’ai plus de chance de finir dans un gang-bang avec Gerard Butler, Alicia Keys et le révérend Camden de 7 à la maison.

Alors derrière mon écran, quand Marie passe un casting pour jouer dans Amour gloire et beauté (oui), je m’étouffe dans mon rire, je l’avoue. Je sais que tout est fait pour que l’évènement soit un désastre, que l’affaire est scénarisée, mais je décède quand même. Mieux, je dirais que je décède pour cette raison justement : tu peux pas t’imaginer comme je suis impressionnée par la ruse des producteurs de l’émission qui lui font passer le casting trente minutes après avoir prévenue la candidate. C’est du génie. Résumons : elle ne parle pas mieux anglais qu’un gosse qui assiste à son premier cours, elle n’a jamais joué la comédie, elle ne connaît pas son texte et n’a pas eu le temps de se le faire traduire dans sa totalité. Et la fille, à aucun moment (AUCUN) elle dit « Bon, je pense que c’est perdu d’avance. J’vais peut-être pas y aller ». Le désastre est assuré, et la magie, pour le téléspectateur, opère :

Les Anges de la téléréalité me fascinent, oui : cette émission me met des paillettes dans les yeux et du brouillard dans la tête parce que je ne sais plus où donner du cerveau tant la frontière entre la crétinerie fictive ou spontanée est infime.

Les Anges est un programme tellement absurde, où les gens ont des réactions tellement disproportionnées et illogiques que je m’interdis la plupart du temps le droit de croire qu’ils sont naturels. Alors en attendant, je regarde ça comme une sitcom à l’humour jusqu’au-boutiste et quand ça ne me fait pas assez rire, je me dis que, peut-être, si ça se trouve, ils sont premier degré et je pars dans un fou rire nerveux comme quand on me fait croire que j’ai un étron de pigeon dans les cheveux. Et toi, t’es tombée dans le piège ou tu as encore réussi à garder ton intégrité mentale ?

Les gifs utilisés proviennent du Tumblr Réalité à la française

Pour du décryptage plus sérieux de la télé-réalité :

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Jonathan-harker
    Jonathan-harker, Le 6 mai 2013 à 0h26

    J'ai regardé  deux ou trois fois et j'ai tenu 15 minutes à chaque reprise. Au delà de la connerie nauséabonde de ce "programme tv" C'EST JUSTE MEGA CHIAAAAANT. Il ne se passe absolument rien mais genre rien de rien. La moitié du temps (enfin de ce que j'ai vu hein) ils font, ben rien justement au l'autre moitié ils commentent ce vide intersidéral.
    Exemple: plusieurs "anges"  descendent d'une voiture et paf une bimbo/un dindon déclare "alors on est descendu de la voiture", puis ils essaient d'ouvrir la porte, "on essaie d'ouvrir la porte", mais elle est fermée, "mais elle était fermée", alors ils réfléchissent pour savoir comment rentrer (ils parlent et tout), "alors on se demandait comment rentrer", puis paf idée: ils passent par la porte de derrière dans le jardin, "et alors Bimbo#42 a dit qu'on devrait essayer de passer par derrière" WAOUH

    Bref, j'avais besoin de partager ma consternation et mon ennui face à cette émission :)

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