L’affaire Bettencourt, ou la retraite tranquille

C’est l’histoire de la femme la plus riche de France. Liliane Bettencourt est au centre de l’attention des médias depuis une semaine, et pour cause : suite à la divulgation par le site Mediapart de conversations tenues dans son bureau entre mai 2009 et mai 2010, l’héritière de L’Oréal est accusée de fraudes fiscales. Trahisons familiales, […]

L’affaire Bettencourt, ou la retraite tranquille

C’est l’histoire de la femme la plus riche de France. Liliane Bettencourt est au centre de l’attention des médias depuis une semaine, et pour cause : suite à la divulgation par le site Mediapart de conversations tenues dans son bureau entre mai 2009 et mai 2010, l’héritière de L’Oréal est accusée de fraudes fiscales. Trahisons familiales, île aux Seychelles non-déclarée au fisc, fragilité psychologique, comptes en Suisse et ministre en difficulté sont les protagonistes de cette intrigue à retournements de situation multiples.

Un maître d’hôtel qui vous veut du bien

En mai 2009, le maître d’hôtel de la milliardaire décide de mettre son employeur sous écoute, persuadé que les conseillers et les amis de cette dernière abusaient de sa faiblesse. Un an plus tard, il transmet les bandes à la fille de l’héritière, Françoise Bettencourt-Meyers, qui s’empresse de les transmettre à la police. Conséquence directe : le 16 juin, le maître d’hôtel est placé en garde-à-vue six jours seulement après le passage de relais.

Les bandes remontent jusqu’à Mediapart, qui décide de faire un tri déontologique et de ne diffuser qu’une petite partie des 21h d’écoutes afin de ne pas empiéter sur la vie privée de la femme d’affaires la plus connue du moment, tri qui permettra à Edwy Plenel, directeur du site d’informations, de se défendre des accusations portées à son égard sur son blog, insistant sur le fait que seuls sont mis en ligne les « passages présentant un enjeu public ». Les extraits font le tour du world wide web. Le buzz est créé. Le scandale, prêt à éclater.

Les enregistrements révèlent en effet l’existence de deux comptes en Suisse, qui abriteraient environ 80 millions d’euros. Une conversation menée avec son gestionnaire de fortune et homme de confiance, Patrice de Maistre, envisagerait le transfert d’un des deux comptes à Singapour afin d’éviter que l’accord fiscal invitant les suisses à dénoncer les contribuables français soupçonnables de fraude ne les trahisse. Le reste du petit pécule serait envoyé en Uruguay, à Hong Kong ou à Singapour, pour plus d’exotisme.

Plus original, une île paradisiaque aux Seychelles se retrouve également sur le devant de la scène. L’île d’Arros, où l’héritière séjournerait plusieurs fois par an, serait abritée dans une fondation au Liechtenstein et non-déclarée au fisc. De plus, elle serait dorénavant la propriété de François-Marie Banier, le protégé de Mme Bettencourt. Ces quelques révélations pourraient faire l’objet de poursuites pénales pour fraude fiscale. Pourtant, le lundi 28 juin, Me Wilhelm, avocat de Patrice de Maistre, affirmait dans l’émission de Jean-Jacques Bourdin sur RMC que Liliane Bettencourt serait locataire de l’île depuis 1999, mais n’en connaîtrait pas le(s) propriétaire(s).

Une femme riche et âgée dans la tourmente

Dans le monde des affaires parisien, Liliane Bettencourt semblerait être connue pour sa générosité à toute épreuve envers son entourage. François-Marie Banier comparaitra d’ailleurs du 1er au 6 juillet pour abus de faiblesse après une plainte déposée il y a quelques mois par Françoise Bettencourt-Meyers. Le photographe, qui aurait en effet touché environ un milliard d’euros de l’actionnaire entre 1997 et 2007, serait un des pivots du scandale. Ce serait d’ailleurs dans le but de faire peser la balance de son côté à son procès que la fille unique de l’héritière aurait transmis les enregistrements à la police, d’après un entretien avec le Figaro Magazine.

De plus, la fragilité psychologique et la vulnérabilité de Liliane Bettencourt constatables dans les enregistrements permettraient de mettre sa fortune colossale sous tutelle. Exemple d’une conversation tenue avec son notaire, Jean-Michel Normand. (Source, Mediapart.fr) :

– Combien j’ai laissé à FMB, quelles proportions ?
– Légataire universel.
– C’est-à-dire ?
– Tout.
– Ah non.
– Si. C’est vous qui me l’avez dit.

Celui qu’on n’attendait pas là : un ministre du travail

Ou là où l’affaire prend un tournant vaudevillesque. Car il se trouve que la fortune de Liliane Bettencourt est plus ou moins gérée par une société privée répondant au doux nom de Clymène. Qu’une des salariées depuis 2007 de cette holding n’est autre que Florence Woerth. Que Florence Woerth est l’épouse de notre actuel ministre du Travail, et ancien ministre du Budget. Qu’une bonne partie des français auraient déjà été capables de se mettre aux rites vaudou pour le punir de sa réforme des retraites. Que certains iraient même jusqu’à le détester encore plus que Raymond Domenech. En bref, pour lui, c’était pas le moment.

Dans toutes les têtes, cette interrogation : Florence Woerth était-elle au courant de cette évasion fiscale, et surtout, en avait-elle touché mot à son époux ? Ce week-end, un nouveau rebondissement a fait entendre que la réponse pourrait être oui, puisque M. Banier aurait subi un contrôle fiscal commandé par M. Woerth peu de temps après l’arrivée de Mme Woerth dans la société, chose que le principal concerné a nié dimanche soir dans le Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI.

En outre, le parquet de Nanterre aurait alerté l’administration fiscale en janvier 2009 des possibilités de fraudes fiscales.

Si Liliane Bettencourt affirme vouloir ramener toutes les parcelles de sa fortune en France et que François Baroin a ordonné un contrôle fiscal en bonne et due forme, le dénouement de cette affaire ne semble pourtant pas être pour tout de suite. Rendez-vous le 1er juillet pour le début du procès de François-Marie Banier.

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