17 filles vs Juno : le match

La sortie de 17 Filles, où 17 ados décident de tomber enceintes en même temps, ramène forcément à l'autre film qui parle de la grossesse adolescente, Juno. Comparatif.

17 filles vs Juno : le match

Elles ont 16 ans et une grossesse sur les bras : une anecdote qui inspire le cinéma.

Petit comparatif entre 2 films qui mettent en scène ces adolescentes enceintes, et envoient bouler les idées reçues, loin des reportages neuneus dans ta télé sur les « filles-mères ».

À ma gauche, Juno, petit film américain de Jason Reitman, sorti en 2008 et Oscar du meilleur scénario. À ma droite, 17 filles, premier long-métrage des françaises Delphine et Muriel Coulin, sorti le 14 décembre 2011.

Le Club des Gros Bides

Crédibilité de l’histoire

17 petites nanas qui décident d’être enceintes en même temps (et y parviennent), ça paraît trop gros pour être vrai. Mais pas plus gros qu’une seule qui cherche le couple idéal à qui refiler son nourrisson comme un bouquet de fleurs. Diablo Cody, la scénariste un peu barrée de Juno affirme que son personnage est semi-autobiographique. L’histoire de 17 filles, bien capillotractée, s’inspire d’un fait divers paru dans Libération en 2008 : un pacte conclu par des adolescentes de Gloucester dans le Massachusetts. Trop puissant t’as vu. Dommage que les deux réalisatrices se servent de cet argument pour donner du poids à 17 filles en le répétant partout, y compris au début du film.

Par la force des choses, le premier point revient à 17 filles.

La grossesse

Dans les deux cas, elle part d’un accident. Après le test du « + rose », les héroïnes décident de garder le bébé — la question de l’avortement est à peine effleurée dans Juno et carrément absente de 17 filles. Juno l’assume comme une différence, et pense d’abord au bonheur du nouveau-né. Pour Camille, qui incite ses 16 copines à l’imiter, la grossesse est le symbole de sa propre émancipation. Les filles croient contrôler leur corps et leur vie future. L’idée est un peu naïve, voire saugrenue. On se demande ce qu’en penseraient les mouvements féministes qui ont longtemps réclamé la contraception comme moyen de libération.

Seule ou en groupe, la grossesse reste source d’angoisse. C’est pourtant dans 17 filles qu’on la ressent le mieux : les corps sont filmés de si près qu’on croit les toucher.  Cette proximité a quelque chose de franchement dérangeant, parce qu’elle renforce le décalage entre les silhouettes d’ados et ces ventres de… femmes (en tout cas, dans l’inconscient collectif).

Le nouveau point va donc à 17 filles qui te met biiien mal à l’aise (au point de fixer ton nombril avec inquiétude après la séance).

Réactions de l’entourage

Soutenue par ses proches, Juno se fout pas mal de l’avis du reste du monde. Le film n’y va pas par 4 chemins pour parler douleurs gastriques et gonflements. On imagine que ça ne se passe pas aussi facilement dans la vraie vie.

17 filles est plus réaliste. Une belle scène de travelling sur une réunion de profs montre le désarroi ou la compassion des adultes. On cherche des coupables et des explications. Les parents s’énervent puis se résignent. Les mecs servent de faire-valoir à la bande des filles, qui vivent collées comme des tubes de superglue.

Reste l’utopie d’une vie en collectivité dont les filles voient vite les limites : s’assumer du jour au lendemain alors qu’on vit encore dans le cocon familial, c’est la galère Albert et tu l’apprends à tes dépens.

Le point (totalement subjectif cette fois-ci) est pour Juno et pour son optimisme qui frôle le conte de fée.

La vision de l’adolescence

Juno est marginale, cynique et décomplexée. Ce qui ne l’empêche pas de râler et bouder comme toutes les ados (ou presque).

Les 17 filles du film sont des Virgin Suicides en puissance : leur adolescence est un long naufrage. Des plans de filles mélancoliques qui fixent le plafond de leur chambre et le temps lugubre de la Bretagne font le reste. Apparemment, à Lorient, on s’ennuie grave, c’est trop amer la vie t’as vu.

Il faut reconnaître à 17 filles une certaine honnêteté sur ce coup-là : avoir 17 ans n’est pas une extase permanente (même si faire un bébé n’est pas la première idée qui te vient à l’esprit pour chasser la déprime, on est bien d’accord).

Entre mauvaise humeur et coup de blues, impossible de départager nos concurrents : 0 partout, balle au centre, elles sont relous.

De l’humour

C’est le point fort de Juno : un don pour dédramatiser toutes les situations (en particulier la sienne) avec une ironie mordante. Un moyen comme un autre de faire passer la pilule (pouet) ou d’occulter le problème ? Lorsque Vanessa demande à Juno si ses parents ne vont pas s’inquiéter de son absence, la jeune fille a cette réponse cynique : « Maintenant que j’suis tombée enceinte, qu’est-ce que je pourrais encore faire comme connerie, sérieusement ? »

Plus ingénues, les 17 filles naviguent entre pleurs de rage et rires hystériques. Camille, l’héroïne principale, raconte la blague du pingouin qui va au zoo. Si tu ne la connais pas, ne compte pas sur moi pour te la refaire, elle est naze.

Avantage à Juno cette fois-ci.

Bande-son

On finit avec un truc plus léger. Gros carton en 2008 pour Juno avec une compil’ qui donne la pêche : de la pop indé américaine avec Moldy Peaches et Belle & Sebastian, et des valeurs sûres comme The Kinks et The Velvet Underground. 17 filles se défend bien aussi avec sa B.O. pop-rock : Izia, Devendra Banhart et Patrice.

Verdict ? Ces 2 B.O. déchirent du périnée : 1 point partout.

Conclusion

Egalité parfaite pour ce match de bidous rebondis. Si les deux films ont l’avantage de ne pas (trop) juger les adolescentes, ils ont peut-être tendance à simplifier une situation complexe à gérer, et à faire passer la grossesse comme une simple grippe. Il est difficile de croire qu’on peut continuer à vivre comme si de rien était ou presque avec un polichinelle dans le tiroir. Voir les 17 filles fumer comme des pompiers laisse songeur. Est-ce qu’en brisant les tabous (big up Mustang), ces films ne finissent pas par banaliser le phénomène ? La question est posée, le débat est lancé, bam.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Nenette'
    Nenette', Le 6 juillet 2012 à 21h39

    Quand j'ai vu 17 filles je n'ai pû m'empêcher de me demander comment serait la santé des bébés, car les "mères" fument des joints et boivent trop d'alcool.. cela donne un mauvais exemple d'un de la grossesse et de 2 des ados (parce qu'ok on fume et on boit.. mais pas à toutes les fêtes, et surtout pas si on est enceintes.. ) j'ai trouvé ça débile et c'est un film qui n'apporte rien.. enfin après c'est mon avis :)

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