Le site The Millions, spécialisé en littérature, a dévoilé son top 10 des grands classiques les plus difficiles à lire.
Depuis 2009, Emily Colette Wilkinson et Garth Risk Hallberg du site The Millions travaillent sur le sujet, enchaînant lecture sur lecture d’oeuvre compliquée à déchiffrer sur oeuvre impossible à comprendre. Cet été, après des mois et des mois de cerveaux qui fument, ces deux grands passionnés de littérature ont enfin atteint leur but : lister les dix livres les plus difficiles à lire de par leur syntaxe, ou leur vocabulaire, ou leur style d’écriture, ou leurs digressions, ou leur longueur. Ces pavés, les voici, avec un petit résumé si jamais vous voulez tenter de les dévorer sur la plage abandonnée, coquillages, crustacés et slips bariolés :

Les 5 choix d’Emily Colette Wilkinson
Le bois de la nuit, de Djuna Barnes : publié en 1936, Le bois de la nuit raconte l’histoire de Robin Vote, une femme qui épousera un baron qui ne s’intéresse qu’à son argent et vivra une relation amoureuse avec une autre personne du même sexe. Sachant qu’il ne fait que 180 pages, ça vaut peut-être le coup d’essayer de s’y mettre.
Le conte du tonneau, de Jonathan Swift : publié en 1704, Le conte du tonneau est le premier gros travail notable de l’auteur des Voyages de Gulliver et d’Une modeste proposition (un pamphlet ironique où il propose de manger des enfants (c’est très drôle (si))). Wikipedia me dit que c’est un mélange de digressions humoristiques et d’un conte narrant les aventures de trois frères. Boah. Dis comme ça, ça n’a pas l’air bien méchant, mais je vais faire confiance aux pros.
La phénoménologie de l’esprit de Hegel (1807). J’ai chopé un extrait qui va bien :
« Cependant, on ne peut pas dire pour autant que le faux constituerait un moment ou même une composante du vrai. Qu’en tout faux il y ait du vrai, – dans cette expression les deux ont valeur, comme l’huile et l’eau qui, sans pouvoir se mélanger, ne sont reliées que de façon extérieure. Précisément, eu égard à leur signification [qui est] de caractériser le moment de l’être-autre-parfait, il faut que leurs expressions ne se trouvent plus utilisées là où leur être-autre est sursumé. Tout ainsi que l’expression de l’unité du sujet et de [l']objet, du fini et de [l']infini, de l’être et [du] penser, etc., a cet aspect impropre qu’objet et sujet, etc., signifient ce qu’ils sont en dehors de leur unité, [et] donc dans l’unité ne sont pas visés selon ce que dit leur expression, pareillement justement le faux n’est plus, comme faux, un moment dans la vérité. »
Bon, ok. Mais sur 916 pages, faut s’accrocher.
La promenade au phare, de Virginia Woolf (1927) : J’ai beaucoup aimé Mrs Dalloway, que j’ai lu plusieurs fois pour être sûre d’avoir apprécié l’oeuvre à sa juste valeur, mais il est vrai qu’en lisant la première page de La promenade au phare à la bibliothèque universitaire en des temps anciens, j’ai vite eu fait de renoncer à l’emprunter. Virginia Woolf y use de son procédé de stream of consciousness (le courant de conscience) et, à moins d’être un lecteur très, très averti et très, très concentré, il y a des chances pour que le livre vous tombe des mains.
Clarisse Harlowe (1748) : Deuxième roman de Samuel Richardson, il est présenté sous la forme épistolaire. Emily Colette Wilkinson explique son choix par les 1500 pages du roman très fournies en profondeur psychologiques où les actions et les éléments perturbateurs sont, en comparaison, très faibles.
Les 5 choix de Garth Risk Hallberg
La veillée des Finnegan de James Joyce (1939) : Un livre qui mêle plusieurs langues et qui est réputé très, très difficile à lire jusqu’au bout. Philippe Lavergne, qui l’a traduit en français, a passé vingt ans à retranscrire le texte dans notre langue de Molière après avoir eu un coup de foudre pour cette oeuvre à l’âge de 17 ans. Je sais pas vous, mais ça m’aide à visualiser.
L’être et le temps, de Martin Heidegger (1927) : une oeuvre philosophique qui aurait partiellement influencé l’existentialisme et la déconstruction.
La Reine des fées, d’Edmund Spenser (1590) : un poème épique sur 6 livres.
The Making of Americans, de Gertrude Stein (1925) : un petit roman d’un peu plus de 1000 pages écrites par la mécène, féministe, auteure, poétesse et dramaturge (entre autres). Une fiction qui contient bon nombre de passages autobiographiques et de réflexions sur l’écriture de l’oeuvre en elle-même.
Women & Men, de James McElroy (1993) : un roman issu de la période post-moderniste. Garth Risk Hallberg dit de cette oeuvre : « C’est un livre étrange et merveilleux. Je ne peux pas attendre avant de me replonger dedans à nouveau ».
Et qu’en est-il pour toi ? Quels sont les livres que tu as trouvé les plus difficiles à terminer, et surtout, donne-nous ton palmarès : lesquels as-tu lu, lesquels as-tu tenté de lire, lesquels ne connais-tu même pas de nom ?








Le 18 août 2012 à 21:13
Haha ! Avec des copines, on s'amuse souvent à faire de la poésie comme Bonnefoy :
"Et sur la barque
Sur la colline verdoyante
papillon"
C'est un de nos running-gag favori. Je n'ai jamais compris ce mec. Notre prof à l'époque nous mettait dans le CDI, on devait s'allonger et dire des mots en l'air et c'est comme ça qu'on a étudié Yves Bonnefoy… Je crois qu'elle ne comprenait pas non plus ce mec.
Je trouve ça dingue, parce que l'écriture de l'auteur s'adapte aux situations. Le style devient pataud, plein de vide et inintéressant, comme la vie d'Humbert Humbert. Je trouve ce bouquin formidable par ces changements de style, justement, cette façon de manier l'écriture.. J'adore ce livre aussi, tout comme Belle du Seigneur, je les défendrais corps et âme.
Tolstoï, dans le genre livres difficiles, il se place bien. J'ai tenté Guerre et Paix, pas réussi, j'ai essayé Anna Karenine, pas réussi non plus..
Le 18 août 2012 à 21:25
Haha ma prof nous avait fait écouter le Cd dans lequel Monsieur Bonnefoy lui même lisait ses poèmes, il avait une voix d'outre tombe ca faisait trop peur, donc après on passait notre temps à hurler : "c'était la maison nataaaaaaaale"
Le 19 août 2012 à 01:07
Pour moi le livre le plus dur à lire, ça doit être "Finnegans Wake" de Joyce.Tous les livres avec pour toile de fond la reconstruction du langage sont assez terribles.
Je me souviens du "Livre" de Pierre Guyotat aussi. Mon prof de lettres en prépa nous donnait des pages de ce livre à recopier en punition.
Sinon, la poésie de Mallarmé est assez épaisse aussi. Je dois rester 1h sur chaque poème quand j'en lis.
Edit:J'avais eu un mal fou avec les "Mémoires d'Outre-Tombe" aussi, mais pas à cause du livre en lui même, c'était juste que j'étais en phase dépressive aiguë quand j'avais dû le lire à l'époque, et le bouquin me donnait envie de me pendre.
Le 19 août 2012 à 01:13
Mon petit coeur de littéraire se brise à chaque titre que je lis dans vos commentaires - pourtant je n'ai pas lu tout ce que vous citez, mais j'ai la croyance naïve que chaque livre doit être aiméJe pense surtout qu'il y a des livres qui doivent être accompagnés d'explication, qu'il est difficile d'appréhender seul (je ne dis pas que c'est impossible, mais c'est plus rare). Et du coup j'aurais du mal à dire "J'ai détesté ce livre" (sauf si c'est vraiment un problème d'histoire ou de style profondément mauvais), j'ai plutôt tendance à penser que je ne l'ai pas compris, que ce n'était peut-être pas le bon moment pour le lire, que je n'ai pas l'éclairage nécessaire dessus.
Le bouquin le plus difficile que j'ai eu à lire était La route des Flandres de Claude Simon (en gros dans la lignée des Woolf et Joyce, sans ponctuation), il n'empêche qu'avec les cours appropriés, je garde une profonde admiration pour ce livre qui a sans aucun doute changé ma vision de la littérature.
(Oh et @Sword, si jamais un jour tu décides de relire L'homme qui rit, sache qu'il est entièrement compréhensible même en sautant les chapitres purement historiques. Ma prof d'HK -pourtant sacrément puriste- nous avait "autorisé" à le faire, ce qui nous a grandement facilité la tâche
Voilà j'ai envie de défendre tous les livres en fait
Et pour finir ce post de litténazi, je suis absolument pour qu'on donne des classiques à étudier au bac, où pour moi tout le monde a atteint l'âge d'étudier correctement les textes (à défaut de les apprécier). Ca n'empêche pas les professeurs des années précédentes de donner des pistes d'entrée dans la littérature plus accessibles. Mais je trouve ça absolument essentiel, même si c'est pénible sur le coup, même si peut-être une majorité y restera hermétique, même si une partie n'y pensera plus après cette année-là. Parce qu'il y aura dans le lot des gens que ces textes marqueront profondément, au point de les influencer dans leurs choix futurs peut-être, en tout cas resteront dans un coin de leur mémoire, et c'est une chose formidable que d'avoir ces morceaux de génie littéraire enfouis dans un coin de son cerveau. Vraiment.
Le 19 août 2012 à 11:13
Il est très bien Notre-Dame de Paris mais il y a des chapitres archi chiants où il décrit l'architecture et l'aménagement de Paris, j'ai du les passer pour pas abandonner ma lecture!
Mais sinon le reste se lit bien.
Le 19 août 2012 à 18:16
Eh ben je suis absolument pas fan de cet exercice de style. J'ai bien pigé que la lourdeur du style était là pour démontrer à quel point le personnage se sent seul, vide mais ça m'a rendu la lecture franchement désagréable.
Le 21 août 2012 à 12:09
Un livre que beaucoup de personne a aimé l'élégance du hérisson j'ai pas pu le terminer tellement il y avait de mot que je ne comprenais pas mais l'histoire en elle même est simple mais c'est les mots qui m'ont rebuté.Le 22 août 2012 à 19:40
Moi j'ai adoré le style d'écriture, mais arrivée à la moitié du livre, comme pour @Attilalahune le thème devenait trop insoutenable, trop malsain pour moi. Mais je vais le relire un jour, j'ai vu le film sans problème ça devrait aller maintenant haha.
@Rebecco : pour Alice aux pays des merveilles tu es peut-être tombée sur une traduction moyenne ? Je me souviens l'avoir lu une fois, j'ai détesté, puis j'ai pris une édition avec la trad et les illus originales, et là je me suis délectée des jeux de mots, symboliques et autres, j'ai pu apprécier l'inventivité langagière de Caroll (prochaine étape, le lire en VO !)
De Gaulle →
Mais Jaccottet →
+1 ça c'est vrai
Le 30 août 2012 à 18:51
Le livre le plus difficile à lire que j'ai jamais vu, c'est sans aucun doute "Le déclin de l'Occident" de Oswald Spengler (en deux volumes)Aller, je vous tape un extrait rien que pour vous faire plaisir et que vous partagiez ma souffrance (j'ai essayé de le lire 4 fois, j'ai jamais été plus loin que la moitié du premier volume …)
Il n'y a nulle opposition entre l'arithmétique et la géométrie (sauf dans la mathématique élémentaire, sous l'impression de laquelle sans doute la plupart des philosophes depuis Schopenhauer traitent ces questions). Comme l'a montré suffisamment le premier chapitre de ce livre, chaque espèce de nombre, grandeur euclidienne ou fonction analytique, ressortit entièrement à l'étendu et au devenu. Et laquelle donc des deux sciences comprendrait les fonctions cyclométriques, le principe du binôme, les surfaces de Riemann et la théorie des groupes ? Le schéma de Kant était déjà réfuté par Euler et d'Alembert avant d'avoir été mis sur pied, et seule leur ignorance de la mathématique de leur temps - en opposition radicale avec Descartes, Pascal, Leibniz, qui avaient tiré des profondeurs même de leur philosophie la mathématique de leur temps - pouvait conduire des philosophes postkantiens à admettre à peu près sans critique la croyance laïque à un rapport de temps et de l'arithmétique. Mais il n'existe aucun contact entre le devenir et un domaine quelconque de la mathématique. Même la conviction profondément fondée de Newton, en qui se cachait un excellent philosophe, selon laquelle il tiendrait en mains immédiatement dans le principe du calcul différentiel (des fluxions) le problème du devenir, donc du temps, - d'ailleurs de façon beaucoup plus subtile que Kant - même cette conviction était impossible à maintenir, malgré le nombre de ses adeptes encore aujourd'hui. Dans la genèse des fluxions newtonniennes, le problème métaphysique du mouvement avait joué un grand rôle. Mais depuis que Weierstrasse a montré l'existence de fonctions constantes qui ne peuvent être différenciées qu'en partie ou pas du tout, cette entreprise, une des plus profonde qui aient jamais été tentées pour résoudre le problème du temps par la mathématique, est tombée en ruine.
Et comme dirait Perceval : 'C'est pas faux"
(précisons que c'est un des paragraphes les plus courts du livre)
Le 13 septembre 2012 à 00:54
Pour moi ce serait Ulyssede James Joyce (j'en suis à la moitié depuis deux ans, à chaque fois que je tournais une page, impossible de me rappeler la précédente…) etLa condition humaine de Malraux (toujours lâché au bout d'une vingtaine de pages, recommencé cinq fois…).Je les ai mis de côté du coup, me disant que j'y reviendrais un jour.
C'est embêtant parce que Malraux j'ai vraiment envie de le lire, c'était le livre de chevet d'une des madmoizelles. Elle en avait parlé il y a un bail et m'avait donné envie.
Le début de ces deux romans s'est imprimé en moi (à force de les lire et relire ça rentre), allez, on y croit, j'y arriverai !