Vis ma vie de belle-mère, épisode 2 : surprise, je suis devenue maman !


Il y a deux ans, cette Rockie nous avait raconté comment elle était devenue la belle-mère de deux petites filles. Depuis, elle est devenue maman et la fratrie s'est donc agrandie ! Elle nous raconte ses joies, mais aussi ses doutes au sein de sa famille recomposée.

Vis ma vie de belle-mère, épisode 2 : surprise, je suis devenue maman !

Il y a deux ans, j’ai écrit à Rockie un témoignage sur ma vie de toute jeune belle-mère. C’était naïf, plein d’amour pour ma nouvelle famille, et plein de doutes et de questionnements sur ma position vis-à-vis des deux charmantes créatures qu’étaient mes belles filles.

Deux ans après, où en sommes-nous ?

Mon conjoint et moi sommes toujours ensemble, et cette obstination amoureuse mérite d’être soulignée : malgré deux séparations, toutes deux ratées, nous n’avons jamais réussi à ne plus être amoureux. Tant mieux pour nous !

Quant à moi, je ne suis plus la belle-mère de deux charmantes enfants, mais plutôt de deux terribles ados. Et à trente ans, je n’étais clairement pas prête à cohabiter avec ces deux créatures de l’enfer qui demandent un investissement parental assez intense… Mais totalement différent de ce que demanderaient des enfants. Entre m’adapter ou me lamenter sur ma condition, le choix n’est pas toujours évident.

Si je devais réécrire mon premier témoignage aujourd’hui, il serait sûrement un peu moins tendre. J’oserais et assumerais plus facilement d’écrire la réalité : parfois ça me gave d’être belle-mère. Vraiment.

Bon sang, parfois je n’en peux tellement plus que je voudrais tout annuler ! Et dans le même temps, qu’est-ce que je les aime ces gamines, qu’est-ce que je suis fière d’elles ! C’est fou ce qu’elles peuvent apporter à ma vie. Bref, en vrai je n’ai pas tout à fait envie d’annuler ma belle-maternité.

Je le soulevais déjà dans mon premier témoignage, c’est toujours aussi difficile pour moi de faire preuve d’autorité. J’éprouve un mélange de « je n’ose pas être dans ce rôle » et de « l’autorité ce n’est pas naturel chez moi », mais je travaille là-dessus.

Surprise ! Je suis devenue maman…

Il y a un an et quelques mois, un grand conseil familial s’est tenu dans la cuisine à l’heure du goûter. Nous avons annoncé aux deux enfants (elles n’avaient pas encore accès au statut d’ado) qu’à l’issue de la rencontre fortement désirée d’un spermatozoïde et d’un ovule, un bébé mijotait dans mon utérus, pour le plus grand bonheur familial. Réaction de la belle fille n°1 : « ok, c’est cool pour vous, et sinon, on mange quoi ce soir ? ». Réaction de la belle-fille n°2 : « Non, vous mentez n’est-ce pas ? », suivi de larmes, encore des larmes, toujours des larmes, et ainsi de suite…

Mon petit cœur de belle-mère a accusé le coup difficilement, mais a vite ravalé ses larmes de déception. Étant donné que nous voulions absolument cet enfant, il a fallu se pencher un peu sur la question du bien-être familial.

Si l’enfant n°1 n’était pas très causante, l’enfant n°2 nous a assez rapidement parlé de ses angoisses. Tout d’abord, une énorme peur du changement, assez peu surprenante quand on considère que toutes les deux ont dû faire face au difficile changement qu’a été la séparation de leurs parents.

Notre équilibre à quatre une semaine sur deux leur convenait plutôt très bien, alors pourquoi tout bousculer ? Est-ce qu’on pourrait toujours faire des trucs cools ensemble ? Est-ce que l’on serait encore disponibles pour elles ? Est-ce qu’elles auraient le droit à toute l’attention qu’elles méritent et dont elles ont besoin ?

…et mes belles filles sont devenues grandes sœurs

Autant de questions légitimes et assez délicates pour nous adultes, si l’on veut être honnête. Car si l’amour se démultiplie, ce n’est pas le cas du temps, et je ne surprendrai personne, pas même deux enfants, en révélant qu’un bébé, ça en prend énormément. Spoiler alert : le bébé est né et en effet, on a carrément moins de temps. C’est presque plus difficile à vivre pour nous, les adultes.

Et puis, ce constat difficile pour ces deux enfants : leur père faisait un enfant… avec quelqu’un d’autre leur maman. Jamais la séparation de leurs deux parents n’avait été aussi définitive qu’à ce jour à leurs yeux. Que les filles m’apprécient ou non, cela leur faisait de la peine.

Les neuf mois de ma grossesse (à deux semaines près), nous ont laissé du temps pour nous préparer.

Nous n’avons pas rassuré les filles en un claquement de doigt. Nous avons surtout beaucoup parlé et leur avons laissé le temps d’assimiler ce qui se passait. Les filles ont eu le droit de mettre la main sur mon ventre qui bougeait. Elles ont senti leur petit frère avoir le hoquet et se retourner.

De l’importance de demander de l’aide

Nous nous sommes fait aider aussi, en faisant appel à une conseillère familiale. Je mets le doigt sur une évidence qu’on omet parfois de considérer à sa juste valeur : aller parfois voir une personne extérieure au noyau familial pour nous aider à exprimer ce qui a du mal à sortir, ça fait du bien, ça peut même sauver une famille.

Pour notre part, la conseillère familiale nous a surtout permis de nous dire que l’on s’aimait très fort. Bizarrement, ce n’est pas toujours facile de le dire à des enfants qui ne sont pas les siens, et c’est pas non plus facile à dire à sa belle-mère.

Nous nous sommes promis de ne jamais oublier de communiquer si quelque chose n’allait pas très bien (ce qui peut être difficile !), et les enfants ont été peu à peu rassurées sur le nouveau rôle qui serait le leur. Un mélange de nouvelles responsabilités et de mignonnerie à venir, et puis un petit être qui allait encore plus souder notre famille.

Peu à peu, le petit frère s’est fait attendre avec de plus en plus d’impatience. Je me rappelle avec émotion de la sérénité de mes dernières semaines de grossesse, où je cuisinais des petits plats à congeler en écoutant des podcasts sur la maternité pendant que l’une jouait des comptines au piano et que l’autre cousait un doudou dinosaure.

L’arrivée du petit dernier

Et puis un jour, le petit frère est arrivé. Au milieu de la nuit, nous avons réveillé les filles pour leur annoncer que demain elles se lèveraient seules pour aller au collège, et qu’elles seraient grandes sœurs. Entre l’excitation de la naissance et l’annonce de la fermeture des collèges pour cause de coronavirus, la journée a été mémorable pour elles !

D’ailleurs, à cause du confinement, la rencontre des sœurs avec leur petit frère s’est faite un peu tardivement. J’avais assez peur des réactions des filles, mais finalement je n’ai que des beaux souvenirs. Les jolis cadeaux qu’elles avaient fabriqués elles-mêmes, les premières couches qu’elles ont changées, toutes les fois où mon fils s’est endormi dans leurs bras, les mots doux et plein d’amour qu’elles lui chuchotaient dans l’oreille..

Aujourd’hui mon fils a huit mois et il leur rend à 100% l’amour qu’elles lui portent. Il les accueille avec de sincères cris de joie et des bisous baveux. Vincent et moi faisons tout pour encourager ce lien et pour qu’il dure et se renforce avec l’âge. Nous imaginons notre fils boire sa première bière dans l’appartement d’une sœur devenue jeune adulte, tout excité un vendredi soir à la gare en attendant que son autre sœur sorte du train, ou encore partir en camping en Italie avec l’une ou l’autre.

Les joies de notre famille recomposée

Pour être franche, avoir deux ados à la maison, ca peut aussi être un vrai bol d’air. Quand on a besoin de parler d’autre chose que de la consistance des selles de bébé, de la durée cumulée ses siestes, ou de se sentir utile à autre chose que faire l’avion avec une petite cuillère, quel plaisir d’échanger avec elles !  Après avoir chanté « Dans sa maison un grand cerf » illustré en langue des signes, j’adore regarder un épisode de Friends ou acheter une jupe à carreaux sur Vinted avec elles.

À ces joies s’ajoutent parfois des situations qui me demandent plus que jamais d’être adaptable et peu jalouse. Comme quand la mère des filles me dit que mon fils, « c’est comme si c’était ma famille »  en le prenant dans ses bras… Avec mon autorisation, bien sûr.  Et après tout, je considère ses filles comme ma famille et vis avec elles une semaine sur deux, c’est de bonne guerre !

Dans ce tableau idyllique, ce rôle est parfois très difficile pour moi.

Malgré tout, je lutte contre mes insécurités

Malgré tous mes efforts pour lutter contre, mon insécurité affective est parfois exacerbée. Par la peur que mes belles-filles ne me volent l’amour de leur père ou celui de mon fils. Cette crainte, bien que ridicule, est très présente et m’empêche parfois de profiter de certains moments. Elle peut aussi me rendre susceptible à l’extrême.

Comme beaucoup d’autres jeunes mamans, j’ai parfois besoin de me ressourcer dans notre cocon à trois, d’avoir mon fils pour moi toute seule et d’être inondée des mots d’amour de son père. Et comment dire… quand pour cause de Covid 19 on se retrouve une semaine sur deux bien entassés à cinq sans possibilité de trop sortir, ou de confier le petit monstre aux grands-parents pour prendre du temps à deux, eh bien j’ai du mal. Et même si j’ai des belles-filles au top qui aident beaucoup, dans ces moments-là leur côté ado m’horripile au plus haut point et je veux juste fuir. 

Cerise sur le gâteau, je ne peux pas m’empêcher de me demander régulièrement avec anxiété si mon bébé est aussi aimé par son papa que ses sœurs au même âge, si c’est aussi bien avec moi… À chaque fois que Vincent ronchonne suite à une mauvaise nuit, qu’il est agacé de ne pas avoir le temps de faire ce qui lui plait ou que notre fils n’accepte que mes bras, je suis intérieurement en alerte maximale.

L’amour sous toutes ses formes

Je finirais cependant ce témoignage version 2.0 de ma vie de belle-mère par une note heureuse et pleine d’amour. Mon fils je l’aime, d’un amour instinctif, fusionnel, aveugle… D’un amour très maternel, qui est étourdissant de puissance. Mon fils, je l’aime sûrement plus que mes belles-filles. Mais j’ai aussi pris conscience que les filles, je les aime parce que je l’ai choisi, parce que je LES ai choisies.

C’est un amour moins évident, qui souffre parfois des remises en question et qui demande de vrais efforts. Je crois que choisir d’aimer, c’est tout aussi beau qu’aimer sans avoir le choix, et le plus beau cadeau qui m’a été donné c’est de pouvoir connaitre ces deux manières d’aimer.

Une madmoiZelle

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