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Musique

Rencontre avec Ehla, la chanteuse qui dépoussière la trentaine

25 avr 2020
Margaux a pu interviewer la chanteuse Ehla. Elle nous raconte son parcours pour réaliser son rêve : vivre de la musique, mais aussi de sa relation avec sa sœur Clara Luciani.

Ehla est une chanteuse, autrice et compositrice qui a sorti en février dernier son EP « Pas d’ici ». Je l’ai connue grâce à sa petite soeur, Clara Luciani, qui est elle aussi chanteuse.

En plus d’écouter ses chansons en boucle,  j’ai découvert sur son Instagram le titre « L‘Horloge » et le message qu’elle partage avec. Elle y parle du temps qui défile, de la vision de la société sur les femmes à ce sujet, de l’impact que cela peut avoir sur une carrière professionnelle et sur soi même.

 

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L’histoire m’a touchée et j’ai voulu en savoir plus sur elle en lui proposant une interview.

Ehla nous livre son parcours, son besoin de ne pas avoir de regrets, et la manière dont elle s’est détachée des barrières qu’elle s’imposait pour réaliser son rêve à 26 ans : vivre pleinement de sa passion, la musique.

Si trois mots pouvaient la caractériser, ils seraient « sensible », « déterminée » et « rigolote ». Je te laisse donc découvrir toute sa détermination et sa sensibilité à travers son histoire, en espérant qu’elle t’inspirera autant que moi.

Peux-tu te présenter à nos lectrices qui ne te connaissent peut-être pas encore ?

Je m’appelle Ehla, je suis chanteuse, autrice et compositrice. J’ai sorti un EP qui s’appelle « Pas d’ici » le 28 février dernier, mon premier projet indépendant dont je suis très fière !

Tu as grandi dans le Sud de la France et tu as déménagé à Paris à 26 ans pour te lancer pleinement dans la musique. J’imagine que tu avais peut-être déjà un travail et ta vie là bas. Quel a été l’élément déclencheur pour tout quitter ?

Je suis parisienne depuis bientôt 6 ans. J’ai décidé de quitter le Sud de la France car cela faisait plus de deux ans que je faisais pas mal d’aller-retours sur Paris, et j’ai très vite compris que tout se passait ici. J’ai toujours fait de la musique, mais ma timidité m’a longtemps empêchée de rêver d’une carrière dans ce domaine. Ce n’était alors qu’un hobby, et j’avais un job alimentaire à côté.

Il n’y a pas eu de réel élément déclencheur. Je dirais que je grandissais et que j’ai eu comme un électrochoc. Je ne voulais pas avoir de regrets plus tard, être passée à côté de ma vie, alors j’ai tout quitté : ma famille, mes amis, mon job et j’ai tout reconstruit.

Image d'erreur
Crédit photo Elodie Daguin

Ton EP « Pas d’ici » est sorti fin février, comment est-il né et comment te sens-tu depuis sa sortie ?

Cet EP a mis 2 ans à éclore. Je me suis battue ardemment car c’est un projet indépendant. Dans un premier temps j’ai écrit et sélectionné les titres, puis j’ai travaillé avec Angelo Foley et Enzo Serra pour les arrangements.

Par la suite j’ai monté une équipe : distributeur, manager, attaché de presse, réalisateurs, stylistes, photographe… des personnes formidables, qui m’ont aidée à mettre mes idées au clair et à avancer.

Je compare cette sortie a un réel « accouchement ». J’y ai mis toutes mes tripes, tout mon temps et rien ne m’a jamais autant ressemblé. Je suis très heureuse qu’il ait enfin vu le jour, je me suis occupée de toute la direction artistique de ce projet  (ce qui n’était pas une mince affaire) mais cela me permet d’avoir aujourd’hui 6 titres et quelques clips dont je suis extrêmement fière ! Il n’y a rien que je n’ai pas controlé, rien que je regrette et c’est ma plus jolie récompense.

Ta musique sonne très R&B/pop, tu la mélanges parfaitement avec des textes en français. On dit souvent que c’est un exercice délicat. Est ce qu’écrire en français est venu naturellement ?

Objectivement, je n’étais pas partie pour écrire en français à la base, je suis passionnée de Soul et de R&B. Cette musique là est complexe à faire sonner, groover, dans notre langue. Donc pendant longtemps j’ai chanté en anglais, puis petit à petit dans un souci d’authenticité et de sincérité, le français est arrivé ! Je me suis donnée ce challenge et ne l’ai jamais quitté depuis.

Tu es issue d’une famille d’artistes dont ta sœur Clara Luciani. Comment ça se passe au quotidien ? Est-ce que vous travaillez ensemble sur les projets de l’une ou de l’autre ?

Ce qui est génial, c’est que Clara et moi sommes très différentes. Pendant l’adolescence, l’une était passionnée par les Beatles et Benjamin Biolay et l’autre par Lauryn Hill et Stevie Wonder. Aujourd’hui, ce qui nous rassemble dans la musique, c’est notre sensibilité, qui elle, est commune.

Alors dans nos rapports sur ce sujet, je dirais surtout que nous nous soutenons, que nous nous comprenons mutuellement. On connait assez les passages lumineux et sombres que ce milieu peut nous faire vivre et on est là l’une pour l’autre. Et c’est une grande force !

Peut-être qu’un jour nous ferons un titre ensemble, mais nos goûts sont si éloignés qu’il faudra trouver un terrain d’entente (rires). Je n’exclus rien, mais nos liens sont déjà si forts qu’ils nous suffisent amplement.

Est ce que l’âge est une pression que tu ressens encore tous les jours et comment fais-tu pour t’en défaire  ?

Lorsque j’avais 26 ans, j’ai commencé à vraiment faire de la musique mon métier, et à cette époque tout était assez nouveau finalement. J’étais encore fragile, extrêmement sensible et très intimidée par les « gens du milieu ». Un jour, l’un d’entre eux (un homme) m’a dit cette phrase : «  Tu devrais t’activer, dans 4 ans c’est fini pour toi ! Tu sais pour les femmes c’est pas pareil…»

Cette phrase m’a hantée. Sans vraiment m’en rendre compte, j’ai appréhendé les 30 ans comme si, passé cet âge, je n’aurais qu’une option : mettre mon ambition et mes rêves aux oubliettes. Heureusement, à bientôt 32 ans, tout me prouve le contraire. Mon projet n’a jamais autant interpellé la presse, je n’ai jamais été aussi épanouie qu’aujourd’hui et surtout je reçois chaque jour des messages tellement positifs et encourageants que cela suffit à faire taire les idiots.

Est-ce que tu sens que le regard de la société évolue dans le bon sens autour de toi ?

Oui, nous sommes dans une période où les gens se laissent moins duper par de fausses idées, réductrices et misogynes. Les femmes ont le droit d’avoir des rondeurs, les femmes ont le droit d’aimer les femmes, les femmes ont le droit de vieillir… Le chemin va être encore un peu long mais on évolue. Alors oui, je me sens en phase avec mon époque, et je suis prête à partager mon histoire pour rassurer les autres jeunes filles sur ce prétendu « âge limite ».

Je devais venir te voir au 1999 – une salle de concert parisienne – fin mai. Est-ce que la scène est importante pour toi ?

La scène est primordiale. J’adore créer et être en studio, mais les concerts c’est la cerise sur le gâteau… C’est étrange car je continue d’être très stressée quelques jours avant ces évènements ; mais à la seconde ou j’y suis, j’aimerais y être à jamais ! Je n’ai pas ressenti de sensations plus fortes que celle-la, on se sent en paix, invincible ! Et puis depuis peu, le public connait certaines de mes paroles, ça c’est dingue, ça me rend d’autant plus heureuse.

Comment te sens-tu durant ce confinement ?

Comme tout le monde. Un peu ébranlée, des jours avec, d’autres sans. J’ai cependant décidé de relâcher la pression. Je pense qu’il faut prendre en compte toute la bizarrerie de ce que l’on vit et ne pas être trop dur avec soi-même les jours où on est moins efficaces, moins créatifs.

Est-ce que cette période est propice à la création ? Et travailles-tu sur un album ?

C’est assez irrégulier, il y a des soirs ou ça vient tout seul où j’arrive à avancer, et puis des moments plus creux. J’ai déjà quelques titres auxquels je pense pour l’album mais je suis encore dans la phase ou j’approfondis la direction. Je veux prendre le temps, je veux que cet album reflète tout ce que j’ai traversé, tout ce que la vie m’a appris ces dernières années, qu’il soit intense tant au niveau des textes que des mélodies.

As-tu d’autres passions que la musique ?

L’art en général : la peinture, la photo, la mode (et aussi le chocolat)

Tes 3 chansons du moment ?

Underdog – d’Alicia Keys,  Five minutes de Her et Les fleurs – Clara Luciani

Clara Luciani - Les fleurs (live)

3 artistes qui t’inspirent ?

Michael Jackson, Alicia Keys et Stevie Wonder !

Découvre « Pas d’ici » sur toutes les plateformes de streaming audio

Spotify , Deezer, YouTube Music

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