Nouvelles mesures contre les féminicides : le gouvernement se réveille-t-il enfin ?


Face aux dysfonctionnements en cascade qui ont provoqué le meurtre de Chahinez Daoud à Mérignac, le gouvernement prend des mesures.

Nouvelles mesures contre les féminicides : le gouvernement se réveille-t-il enfin ?Maëlle Le Corre

Un « véritable système d’impunité ». C’est le constat sans appel du Haut Conseil à l’Égalité (HCE) concernant les auteurs de violences conjugales. Nous vous en parlions ce 9 juin, notamment avec ces chiffres qui font froid dans le dos : pour 210.000 femmes victimes de violences conjugales, 33.000 auteurs font l’objet de poursuites judiciaires. Quelque chose ne tourne pas rond.

Dans la foulée du rapport du HCE, c’est un autre document qui vient confirmer que des actions concrètes doivent être urgemment proposées pour lutter de façon concrète contre les violences conjugales et les féminicides.

Ces défaillances qui ont engendré le meurtre de Chahinez Daoud

Les conclusions des missions d’inspection de l’inspection générale de la justice et de l’inspection générale de l’administration suite au féminicide perpétré à Mérignac le 4 mai dernier ont été remises au gouvernement.

Elles montrent comment toute une série de défaillances successives a abouti au meurtre de Chahinez Daoud, 31 ans et maman de trois enfants, tuée par son conjoint : « des défauts de communication entre la police et la justice, une mauvaise évaluation de la dangerosité de l’auteur, un défaut de protection de la victime » — qui par exemple, n’avait pas été prévenue que son conjoint avait été remis en liberté, résume Libération.

Chahinez Daoud serait-elle toujours en vie si le système avait fonctionné correctement ? Ou existe-t-il encore trop de trous dans la raquette pour que les victimes ne risquent plus de se retrouver face à leurs agresseurs ?

De nouvelles mesures contre les violences sexistes

De nouvelles mesures devraient être mises en place dans les mois à venir, comme la mise à disposition de 3.000 téléphones grave danger d’ici début 2022. C’est aussi une meilleure circulation de l’information qui doit être mise en œuvre avec la fusion des fichiers de la police et de la justice.

Invitée sur RTL, Élisabeth Moreno a par ailleurs confirmé la mise en place d’un fichier des auteurs de violences conjugales, partagé entre la police et la justice.

Le gouvernement envisage aussi un renforcement du contrôle et de la détention d’armes. Selon la Fondation des femmes, un tiers des féminicides sont commis par arme à feu — car non, la confiscation n’est pas systématique quand on est reconnu coupable de violences conjugales. Ce n’est que depuis février dernier que cela a été requis par le ministre de l’Intérieur.

La dernière pirouette d’Emmanuel Macron sur les violences sexistes

Interviewé cette après-midi sur BFM et RMC, Emmanuel Macron s’est risqué à un cheminement de pensée pour le moins alambiqué, pour ne pas dire acrobatique et gênant, commençant par « C’est pas grave de recevoir une gifle quand on va vers une foule […] c’est l’imprévu, ça peut arriver à tout moment. »

C’est probablement là qu’il aurait fallu s’arrêter, s’en tenir à cette fanfaronnade qui sonne comme un « oui oui je me prends des baffes, mais j’ai la peau dure, je suis Président ». Mais non.

« Il y a eu des moments de très fortes tensions dans notre pays, de violence, que j’ai eu à vivre comme président au moment de la crise des gilets jaunes. […] La vraie violence, c’est celle que subissent les femmes qui meurent sous les coups de leurs compagnons, et de leurs maris, encore trop. »  

Emmanuel Macron est donc capable de passer du coq à l’âne sans sourciller, des gilets jaunes aux violences conjugales, et surtout de déplacer le curseur de la « vraie violence » où bon lui semble.

Et alors que l’auteur de la fameuse gifle vient tout juste d’être condamné à dix-huit mois de prison dont quatre mois ferme, on s’interroge encore plus sur la rapidité bien huilée de la justice pour certains et sa lenteur brinquebalante pour d’autres…

À la lumière de cette condamnation bien vite prononcée, l’inquiétude et l’indignation d’Emmanuel Macron pour les victimes de violences conjugales sonnent encore plus faux.

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Maëlle Le Corre

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Commentaires

BravoCharlie

@Mymy Haegel oui, je l'ai vu (j'avais lu l'article avant) mais j'avais un doute tant le sujet de la gifle prenait de la place par rapport au sujet des féminicides (après, ça ne me dérange pas du tout j'avais vraiment l'impression d'avoir raté un truc). Je comprends le commentaire d'actu et du coup je trouve ça juste dommage que ça occulte la partie sur les féminicides.
 

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