Les Motardes Furies en ont marre du sexisme dans le monde de la moto


Souvent perçues à travers le fantasme hypersexualisé de la « motarde sexy », les conductrices de moto manquent d'espaces où vivre leur passion et être elles-mêmes. Pour changer les choses, Astrid a créé un Moto Club féminin : les Motardes Furies.

Les Motardes Furies en ont marre du sexisme dans le monde de la motoSarah Arista / Unsplash

Les séries et films ne nous ont pas épargnées : penser à la moto, quand on est une non-initiée, c’est souvent imaginer le cliché d’un univers masculin, peuplé de barbus en blouson de cuir à la recherche d’adrénaline et de liberté.

Mais ne vous y trompez pas, les femmes sont de plus en plus nombreuses à conduire des deux roues ! En 2019, elles représentaient d’ailleurs 30% des candidates pour ce permis en France. Cependant, quand elles l’obtiennent, elles sont accueillies dans un milieu qui ne leur veut pas que du bien…

La figure de la « motarde sexy », sensuelle et dévêtue sur sa monture, est très présente dans l’imaginaire collectif et ne facilite pas la vie de celles qui rêvent de vitesse. Pour lutter contre ces projections et permettre aux femmes qui le souhaitent d’exister dans le monde de la moto sans être sexualisées à outrance, Astrid a créé Les Furies, groupe Facebook devenu association et moto club.

Les groupes Facebook, passage obligé des fans de moto

Astrid a 26 ans, et elle est passionnée par la moto et la liberté que sa conduite procure.

Après son permis, comme de coutume pour les motards et motardes, elle s’est mise en quête d’acolytes de route sur les nombreux groupes Facebook dédiés. Toutefois, elle raconte ne pas s’être sentie à l’aise avec l’ambiance qui régnait dans certains de ces espaces virtuels. Elle raconte :

« Quand j’ai débarqué dans le monde de la moto, je ne connaissais personne et ne savais pas trop où toquer. J’ai intégré des groupes de moto mixtes, à la recherche de personnes avec qui partager des balades, des sorties conduite…

Mais quand on est une femme dans ce milieu, on est pas toujours tranquille. Se présenter sur un groupe mixte peut vite évoluer en un essaim de dragueurs dans ses DM, alors qu’on est juste là pour rouler. Par ailleurs, de nombreux mèmes et autres messages circulent et véhiculent des clichés assez sexistes : l’humour à base de “ je préfère ma moto à ma femme”, des photos de femmes objectifiées, nues sur des bécanes, des messages dégradants sur les passagères à gros ou petits seins… »

Les femmes dans la moto, entre « femmes parapluies » et « bonhommes »

Elle décrit un milieu sportif où une vision de la femme assez misogyne perdure, malgré le ras-le-bol de nombre des conductrices et conducteurs.

« Le cliché de la motarde sexy est encore très présent : on montre des femmes en petite tenue, en cuir, posées sur une selle de moto dans des positions très cambrées. Sur les réseaux sociaux, ces images accumulent beaucoup de likes et sont très partagées.

D’ailleurs, c’est une image qui fait partie des évènements officiels. Dans les salons, pour présenter les motos, on fait appel à des femmes en tenues légères, comme si c’était une évidence. Il y a aussi des femmes “parapluies” qui tiennent des parapluies au-dessus athlètes lors de grandes compétitions, qu’il fasse beau ou qu’il pleuve. Au final, il y a très peu de personnes dans le milieu pour rappeler qu’une motarde, c’est plutôt quelqu’un qui va se couvrir avec beaucoup de couches de vêtements — pour sa propre sécurité ! »

À ces femmes à l’image très sexualisée et aux tenues peu praticables s’oppose l’idée que la moto est un sport « viril ». Celles qui décident d’afficher leur amour pour la moto en dehors des codes du sexy se retrouvent exposées à des commentaires qui dénigrent leur pratique. Virginie, membre des Furies le raconte, les commentaires étaient parfois peu amènes :

« Sur les pages mixtes, il y avait des mecs qui disaient “t’as rien à faire sur une moto”, “la moto est un monde viril”… »

Pour Astrid, cette dichotomie ne laisse que peu de place aux femmes espérant s’exprimer et être elles-mêmes.

« Les motardes sont vues comme soit très sexy, soit trop masculines, et on nous dit que nous sommes des “bonhommes”. Comment faire pour juste être soi ? »

Alors, elle a décidé de créer un groupe exclusivement féminin.

La naissance des Motardes Furies

S’il existe déjà des groupes de moto féminins, la jeune femme peine à y trouver son compte. Ce qu’elle recherche avant tout, ce sont des personnes avec qui échanger et partager des sorties, et des évènements. Elle décide alors, seule, de créer un groupe Facebook dédié aux motardes, nommé les Motardes Furies. Un nom évocateur, qu’elle a choisi avec soin.

« Je venais de voir Mad Max Fury Road, et dans ce film il y a ce groupe de femmes du désert très libres, qui roulent en moto. Ça m’a inspirée : je trouvais ça pas mal, de s’appeler les furies.

Les furies, ce sont aussi des figures mythologiques, des femmes qui emmènent les gens en enfer et qui font justice. Ce sont des figures affreuses, qui font peur, le contraire des nymphes. Il y a une anecdote qui raconte qu’au théâtre, quand on les représentait, les gens hurlaient. Ça m’a plu, cette idée de femme indépendante et badass. Et puis une furie, c’est un peu fou, ça va vite ! »

Des membres la rejoignent et très vite, le compte augmente, jusqu’à compter 700 motardes dans ses rangs. Parmi elles, il y a Sandra, trésorière de l’association, qui a rejoint le groupe par hasard, quelques jours seulement après avoir eu son permis.

« J’ai connu la moto par des connaissances masculines, et je n’ai jamais été confrontée à du sexisme, mais j’avais envie de voir ce que ça donnait en balade, des rencontres exclusivement féminines. J’avais envie de trouver un espace bienveillant, parce que j’étais débutante et que je n’avais pas envie de me retrouver au milieu de concours à celui qui ira le plus vite.

En tant que motardes, on est peu mises en avant dans notre milieu. Même si le nombre de filles qui conduisent des motos augmente, les préjugés sexistes sont encore bien présents. Bien sûr, chacune fait ce qu’elle veut de son corps. Mais si on tape “femme en moto” sur Google, on verra une femme dans une position sexy, et pas en tenue ou en train de rouler. Cette image sexualisée, le fantasme, c’est celle qui revient le plus. Mais nous, on n’est pas là pour faire joli. On veut rouler ! »

L’enthousiasme est clair : en l’espace de deux ans, le groupe s’est agrandi au point de passer d’un simple lieu de rencontre virtuel à un vrai Moto Club, ayant le statut d’association.

Courtesy of Les Motardes Furies

Un espace bienveillant, où les motardes sont en sécurité

Astrid, qui affirme faire un gros travail de modération, a une mission qui lui tient très à cœur : celle de faire en sorte qu’au sein des Furies, tout le monde se sente en sécurité. En effet, la route n’est pas un lieu particulièrement safe pour les motardes. Charlène, une adhérente très impliquée des Furies, raconte d’ailleurs :

« Quand je roule, je me fais souvent emmerder : même à 130km/h sur l’autoroute, on se fait klaxonner. Il arrive que des mecs en moto me suivent pour m’aborder, certains types qui ne connaissent rien à la moto viennent me voir pour m’en parler, je me fais parfois bousculer… »

Au sein du club, l’accent est donc mis sur la bienveillance, et notamment l’aide aux débutantes grâce à un système de « marrainage ». Les conductrices les plus expérimentées peuvent ainsi accompagner les débutantes dans l’obtention de leur permis, et leurs premières sorties sur la route ! Plusieurs jeunes motardes témoignent d’ailleurs de leur aisance à rejoindre le groupe, et à se sentir en sécurité lors des balades. Virginie le confirme, les choses se font assez naturellement :

« Moi, j’ai 11 ans de permis, mais il y a de tous les niveaux dans le groupe ! S’il y en a une qui veut aller plus vite, elle peut partir devant et attendre, il y en a qui attendent les débutantes et vérifient que tout se passe bien pour elles… On est là pour s’entraider, anciennes comme nouvelles. »

D’ailleurs, les balades organisées par le Moto Club sont ouvertes à toutes et à tous : même si elles sont organisées par et pour les furies, les invités en tout genre, passagers ou conducteurs, sont les bienvenus.

Un Moto Club qui voit grand

Après de premières balades en Île-de-France et un week-end à Honfleur, les envies de regroupement des Furies ont été stoppées net par le Covid et les confinements. Les restrictions sanitaires et les limites de déplacement à 10km ne font pas bon ménage avec les envies de vitesse des motardes…

Pour autant, les ambitions des Furies ne changent pas : elles veulent continuer à se rassembler, et ont des projets d’ampleur. Astrid raconte :

« À l’avenir, on aimerait créer un festival annuel qui mettrait les motardes à l’honneur. Ce serait un espace où chacune pourrait montrer l’étendue de ses talents : stunts, acrobaties… Les surplus de bénéfices seraient alors reversés à des associations militant pour les causes des femmes. »

En attendant, Astrid, Sandra, Charlène et Virginie racontent leur impatience. Les liens créés entre Furies sont forts, et la bienveillance dont elles font preuve les unes envers les autres leur manque.

« L’esprit des Furies, c’est de ne jamais dénigrer quelqu’un d’autre. On est là pour s’encourager, pour être une sorte de famille. On communique, on partage des choses… C’est hyper enrichissant non seulement en tant que motarde, mais aussi en tant que personne ! Il y a une grande diversité des profils, des milieux et des professions dans notre association. Mais elles pèsent toutes, chacune à leur façon, et elles ne se laissent pas faire. Ces femmes sont fascinantes, et elles ont enrichi ma vision du monde ! »

Raconte Astrid. Quant à l’image des motardes, la fondatrice du Moto Club se réjouit de la voir évoluer.

« On est super fières de Sarah Lezito, par exemple, la Française qui fait les cascades de Scarlett Johanson dans Avengers et qui fait du stunt. Avec des films comme Birds of prey, on se voit représentées petit à petit, et pas seulement comme des “parapluies”.

Heureusement, au sein du milieu, il y a beaucoup d’hommes bienveillants qui nous soutiennent et qui eux aussi, en ont marre de ces représentations misogynes. Nos idées sont légitimes, et nous pouvons faire évoluer le petit monde de la moto ! »

Pour Sandra aussi, l’optimisme est de mise.

« Dans mon entourage, quelqu’un m’a dit que notre Moto Club et notre projet étaient voués à faire un flop. Mais nous, on veut que les femmes soient mieux représentées dans le monde de la moto, et on fera ce qu’il faut pour que ça change ! Il nous faut juste des adhérentes pour nous accompagner. »

Alors si vous êtes passionnée par la moto ou que vous avez envie de vous lancer, n’hésitez pas à rejoindre les Furies !

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Aïda Djoupa

Aïda Djoupa


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Commentaires

Arzak

C'est vrai que la majeur partie des groupes de motos sur FB sont très "beauf" :erf:
C'est bien que de nouvelles choses soient faites !
 

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