Le télétravail est-il un ersatz de congé paternité ?


En attendant un allongement du congé paternité, le télétravail intensif (merci le Covid !) pourrait bien être une façon d’être plus présent pour son enfant et d’équilibrer les tâches dans le couple. Cinq jeunes pères témoignent.

Le télétravail est-il un ersatz de congé paternité ?« Baby Daddy » série

« C’est dur de se remettre au travail après le congé paternité : il y a cette toute petite cellule familiale qui se construit à trois, et on est le premier à “partir” », raconte Teddy, trentenaire parisien et heureux papa d’une petite fille de bientôt 1 an.

Pour faire la transition en douceur, Teddy et sa conjointe ont décidé qu’il poserait quelques jours de congé chaque semaine pour profiter encore un peu. Pendant deux mois, un jour sur deux, il exerçait son job de chef de projet dans l’informatique en télétravail.

Alors, certes, dans télétravail, il y a travail et tout jeune papa concerné sera bien obligé de passer quelques heures par jour devant son ordinateur. Mais tous ceux qui nous ont parlé estiment que ça leur a permis de passer plus de temps avec leur bébé.

Télétravail après le congé paternité = plus de temps avec le bébé

Comme Pierrick, technicien méthodes près de Mulhouse, qui s’installe à son ordinateur quand sa petite Adèle, 4 mois, dort encore :

« Comme je suis à la maison 3 jours par semaine, dès que le bébé se réveille, ma compagne Mélodie vient me dire bonjour avec elle et je vois les premiers sourires de la journée. Adèle est toute contente de me voir aussi ! ».

Être là en journée, ça lui permet de glaner ici et là quelques moments cools, quand bébé « discute », sourit, « explore ».

« Alors que le soir, elle pleure un peu plus et elle est toujours collée à sa maman parce qu’elle tète pour préparer la nuit ».

Pour Teddy, ça permet vraiment de « continuer à être là », même en travaillant :

« C’est arrivé que je travaille avec elle en porte-bébé, ou que j’aille la voir avec mon casque sur les oreilles, en écoutant une réunion qui s’éternisait. »

Et puis, même au bureau, il arrive qu’on procrastine ou qu’on doive attendre que l’activité soit un peu plus soutenue. Alors quand il était en télétravail, Albin, 36 ans, troquait les pauses à la machine à café contre des jeux et des sorties :

« Au printemps 2020, j’avais mon fils de 2 ans et ma petite qui venait de naître. Au boulot, c’était assez calme, alors j’organisais des jeux dans l’appart’, du genre « parcours du combattant », et je faisais des balades. »

« Je me demande comment les gens faisaient avant le télétravail »

Certains préfèrent néanmoins séparer très clairement le travail de la vie familiale. C’est ce que fait Alexis, commercial dans une société spécialisée dans l’analyse de données. Après son congé paternité, il était « plutôt content de reprendre le travail », même si c’était « plus dur pour [s]a femme ». Swann, 4 mois, va maintenant chez la nounou. Mais même quand il était là, Alexis restait « focus à 100% » pendant ses heures de travail.

« En revanche, le midi, je changeais les couches, j’aidais la maman, je remplissais mon rôle de papa quoi ! Et le soir, j’étais tout de suite avec mon enfant. Je n’avais pas de trajet, je pouvais lui faire prendre le bain tout de suite ».

Pour lui, rien que de s’épargner les transports, c’est un luxe :

« Je me demande même comment les gens faisaient avant le télétravail pour jongler vie familiale et professionnelle. Mon trajet me prend près d’une heure en tout. Et une heure dans une journée, quand on a un bébé, c’est beaucoup ! ».

Et quand on en a deux, comme Albin, la présence du second parent peut tout changer :

« Je gagne 1h30 de transport par jour, ce qui me permet d’être un bon soutien pour Charmaine, ma compagne. Dans les premiers mois du bébé, elle pouvait se reposer pendant que je jetais un œil sur la petite. Et ça, je n’avais pas pu le faire pour mon premier enfant à l’époque. »

Le télétravail en tant que jeune père change le rapport au boulot

À Paris, Teddy s’économise même 2 heures de transports quotidiens. Il constate que le télétravail en étant jeune papa a vraiment changé son rapport au boulot :

« On y gagne tellement en qualité de vie, en temps… Ma fille est maintenant à la crèche, mais quand elle était à la maison, j’investissais tout ce temps gagné avec elle. Quand je finissais une tâche en fin de journée, je n’allais pas reprendre quelque chose ».

« Alors qu’au bureau, avec ce penchant au présentéisme, parfois on est là, mais pour rien », renchérit Raphaël, consultant en gestion de patrimoine, à son compte et donc à la maison depuis 3 ans. Il trouve ça « super chouette » de profiter quand il veut de sa petite Aria, 4 mois :

« Pour rien au monde je ne retournerai au bureau, comme dans mon job précédent. Je passerais à côté des premières semaines de vie ».

En plus, contrairement aux travailleurs en présentiel, il passe sa pause de midi en famille, l’occasion pour lui de cuisiner, de mettre la main à la pâte.

Un vrai bonus pour Pierrick, qui en plus habite dans une maison dans un village très calme :

« Pendant la pause de midi, j’en profite vraiment ! Je mange à côté d’Adèle et après manger, on sort faire une balade avec le chien. Ça me fait une vraie pause en famille et ça me permet de créer du lien avec elle ».

Rompre la solitude du congé maternité grâce au télétravail

Cependant, les papas sont lucides sur le partage des tâches autour du bébé. En bossant 7 heures par jour (ou plus !), ils ne peuvent pas en faire autant que la maman en congé maternité. Comme le dit Teddy, ils changent « plutôt 2 couches par jour au lieu de 10 ! ».

Pierrick est conscient qu’il « n’en fait pas autant que [s]a conjointe », mais il essaye de la délester un peu en charge mentale. Le fait d’être dans les parages l’a aidé à prendre soin de son bébé :

« Je sais aussi bien différencier ses pleurs que sa maman. Surtout, le gros point positif, c’est que je suis allé à tous les rendez-vous médicaux d’Adèle, parce qu’on prend le premier créneau du matin et ensuite je rentre à la maison et je bosse. Je ne peux pas faire ça les jours où je suis en présentiel ».

Pouvoir soutenir la maman, c’est pour eux un des avantages des confinements. Teddy dit que ça l’a « bien arrangé » de devoir rester à la maison au printemps 2020, pile au moment de la naissance de sa fille :

« Toute la partie support est plus facile en télétravail : faire les courses, aller filer un coup de main, attraper un truc, mettre quelque chose à chauffer, éviter la catastrophe quand le bébé fait pipi partout sur la table à langer… Et s’il fait un bruit bizarre, si on ne le comprend pas, on peut se demander mutuellement : “Qu’est-ce que t’en penses ?” ».

Un congé paternité (encore) trop court

C’est surtout pendant les premières semaines, durant le congé paternité, que tous ces jeunes papas disent avoir appris les gestes, découvert les besoins d’un bébé, et ils regrettent tous qu’il soit si court. Pierrick estime que c’est parce qu’il a pu passer un mois complet avec son bébé, grâce aux congés de Noël qui ont suivi son congé pat’, qu’il a pu être aussi à l’aise que sa conjointe et « trouver [s]a place ».

En 2012, une étude norvégienne avait montré qu’avec un congé paternité de 12 semaines, les papas arrivaient mieux à décoder la communication non verbale de leur enfant et à davantage cerner ses émotions. En France, il va s’allonger dès juillet 2021 et passer de 11 jours à… 28. Champomy !

Deborah Liss

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