Comment Marina Correia est devenue la première femme noire championne du monde de longboard dancing


Après cinq ans sur sa planche, Marina Correia, une jeune niçoise, est devenue la première femme noire championne du monde de longboard dancing. Itinéraire d'une réussite, par une gagneuse qui ne s'excuse jamais d'exister.

Comment Marina Correia est devenue la première femme noire championne du monde de longboard dancingPhoto Ruben Chiajese

Un sourire éclatant aux fossettes marquées, un look streetwear et surtout une maîtrise totale de sa longboard, agitée par des tricks plus nerveux les uns que les autres. C’est ce qui frappe lorsqu’on découvre Marina Correia, tout récemment sacrée championne du monde 2021 de longboard dancing.

La sportive de 23 ans nous raconte comment elle a découvert son sport, qui lui confère « un sentiment de puissance, de liberté » ; comment elle est devenue championne du monde alors qu’elle n’avait pas les moyens de participer à la compétition ; et comment elle a découvert, en annonçant sa victoire, que certains esprits restent fort étriqués…

Marina Correia, la révélation longboard

La jeune femme se souvient très bien de sa première longboard : c’était au printemps 2016, à la fin de ses années collège. Une petite révélation qui a vite mené à des sponsorings par des marques.

« Deux de mes copines roulaient en longboard, mais ne faisaient pas de tricks. Mon beau-père, que je considère comme mon père, m’a offert ma première planche : un cruiser, un skate qui est fait pour se déplacer, pas pour effectuer des figures.

Sauf qu’un élève a cassé ma planche. Alors un ami m’a prêtée la sienne, qui était une vraie longboard. C’est comme ça que j’ai commencé à m’entraîner et à faire des tricks. »

 

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« À force de faire des allers-retours entre la Promenade des Anglais et une boutique de skate niçoise, j’ai attiré l’attention de Max, un vendeur qui m’a dit que la marque Sector 9 allait venir présenter sa nouvelle collection.

Je me suis rendue à la présentation, j’ai essayé plusieurs planches, et à la fin les organisateurs m’ont dit : “On a un cadeau pour toi”. Ils m’ont laissée choisir ma board préférée, et peu après, Sector 9 est devenu mon premier sponsor ! On a travaillé ensemble pendant plusieurs années. J’ai récemment changé pour être maintenant sponsorisée par la griffe sud-coréenne 1Love Sk8. »

Lorsqu’on lui demande ce qu’elle ressent quand elle grimpe sur sa board, la voix de Marina se réchauffe encore. Son amour solaire pour son sport est communicatif.

« Dès que je suis sur ma board, et même dès que je l’ai avec moi, je me sens puissante. Je ressens de la liberté, de la joie, je comprends que j’ai trouvé ce qui me correspond. Je suis à l’aise avec ma planche et je l’emmène partout.

Savoir que je viens bientôt skater, ça suffit à me donner le sourire. Avec la longboard, je me sens libre, je fais ce que j’aime, et je suis moi-même ! »

Le longboard dancing, « un sport de meufs » ?

La technicité de Marina, ses tricks saccadés et ses enchaînements peuvent surprendre car ce n’est pas l’idée que les gens se font du longboard dancing. La sportive le regrette d’ailleurs quelque peu :

« On pense souvent à une fille en chaussettes hautes qui danse sur la planche, à une belle blonde sous le soleil… on a cette image d’un sport forcément élégant et aérien.

Certes, c’est un type de longboard dancing qui existe et tant mieux si plein de femmes s’y retrouvent ! Mais il ne faut pas oublier qu’on a chacune notre style et qu’il y a plein de façons de pratiquer ce sport. Moi, mon truc c’est d’aller vite, de prendre des risques, de sauter des marches ou des murets. »

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Dans notre podcast dédiée aux sportives, Conquérantes, des skateuses nous expliquaient qu’elles avaient dû savoir s’imposer dans le milieu très masculin des skate-parks. Pour Marina, en longboard, l’expérience est légèrement différente.

« Le longboard est un milieu plutôt mixte : on va trouver beaucoup plus de longboardeuses qui font du freestyle que de skateuses qui font du freestyle.

Mais les longboardeuses sont toujours considérées comme des filles qui ne savent pas faire de tricks, alors que si. Notre communauté n’est pas encore assez visible, elle a encore cette image très éloignée de la réalité d’une belle nana sur une planche…

Car il ne faut pas oublier que le corps des femmes est sexualisé partout. Y compris dans le milieu du longboard. Vous verrez beaucoup de filles dénudées mises en avant sur les réseaux. Certaines en jouent, dévoilent leur corps pour gagner en notoriété ; personnellement, je ne les juge pas. J’ai juste fait un choix différent. »

Marina Correia, championne du monde de longboard

C’est quand elle a annoncé son titre de championne du monde de longboard que Marina Correia a attiré l’attention. Et pourtant, elle a failli ne même pas participer à la compétition, faute d’argent !

« La compétition que j’ai remportée, c’est la SYCLD (So… You Can Longboard Dance?), qui se tient chaque année aux Pays-Bas, avec des grands noms du longboard impliqués en coulisses et en tant que candidats.

Sauf que la compétition ne prend pas en charge le trajet des participants et participantes. Il faut payer son billet, son logement… moi, clairement, j’avais pas les moyens.

Et là. 2020. La Covid-19. Face à la pandémie qui entravait les déplacements, la SYLCD s’est déroulée pour la première fois en ligne : tout le monde pouvait participer ! Il suffisait d’envoyer une vidéo d’une minute, sans montage, de sa performance. »

« On était six candidates en lice dans la catégorie « femmes sponsorisées » : une Brésilienne, une Taïwainaise, deux Russes, une Polonaises, et moi, la seule Française.

Le 26 décembre 2020, j’ai envoyé ma vidéo. Et le 10 janvier 2021, j’ai su que j’avais gagné !

En recevant le message, je ne vais pas mentir, je me suis mise à crier. J’y croyais pas, vu le niveau des autres filles, je ne m’attendais pas à être la meilleure des six. J’ai plutôt confiance en moi d’habitude, mais là, je me sens encore plus solide et reboostée. »

La jeune sportive attend maintenant de savoir ce qui sera son prix, car la compétition a été forcée de changer ses habitudes vu la situation sanitaire. Elle note tout de même qu’historiquement, les hommes recevaient 500€ (plus des cadeaux) et les femmes 250€ (plus des cadeaux), et espère que la balance s’équilibrera cette année.

Marina Correia, un modèle pour « les petites filles noires qui ne s’aiment pas »

Marina Correia retrace ses origines entre son père amérindien et sa mère capverdienne. Elle a revendiqué fièrement le fait d’être la première femme noire à devenir championne mondiale de longboard.

Cette « précision », c’était un élan de positivité pour la sportive, qui explique : « c’est une question de représentation, beaucoup de filles noires souffrent de ne pas être représentées — ça peut faire beaucoup de mal ». Mais certains ont insisté pour tenter de ternir son éclat.

« D’abord, il y a eu des gens qui ont dit des trucs comme “Franchement on s’en fout, personne ne connaît ton sport”. Puis les propos ont changé. On m’a rétorqué “Bravo, c’est bien pour ta victoire, mais sache que tu n’es pas noire”.

Ah bon. Parce que vraiment, promis, je suis noire, hein.

Je crois qu’il y a des gens qui ne savent pas que “métisse”, c’est pas une couleur de peau. On peut être métisse ET noire. On peut être lighstkin — avoir la peau claire — et être noire.

J’étais déçue parce que ces remarques m’ont été envoyées par des hommes et femmes noires qui me pointaient du doigt, me rabaissaient, m’humiliaient. C’est parfois allé très loin, j’envisage d’ailleurs de porter plainte.

Je ne vois pas comment les choses vont évoluer si nous, les personnes noires, on se tire dans les pattes comme ça. Moi, je veux passer un message à toutes les petites filles noires qui n’ont pas confiance en elles, je veux leur montrer qu’elles peuvent se lancer, réussir, qu’elles peuvent faire tout ce qu’elles veulent, peu importe leur couleur de peau, religion ou autre.

Mais voyons le bon côté des choses : j’ai reçu énormément de réactions positives, bien plus que d’insultes. La première journée, j’ai dû dire 200 fois “merci”, au moins ! Et tout ça m’a ouvert de belles opportunités. »

Sur cet ultime sujet, Marina Correia garde un prudent silence : il ne s’agirait pas de trahir des négociations en cours ! En tout cas, l’avenir s’annonce radieux pour la jeune longboardeuse qu’on vous conseille de suivre sur Instagram et Twitter pour ne rien rater de son ascension.

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Mymy Haegel

Mymy Haegel

Mymy est la rédactrice en chef de madmoiZelle. Elle est aussi dans la Brigade du Kif du super podcast Laisse-Moi Kiffer. Elle aime : avoir des opinions, les gens respectueux, et les spätzle.

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