Le nombre de féminicides commis en 2017, prise de conscience terrifiante et nécessaire

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Après avoir répertorié les féminicides tout au long de l'année, Titiou Lecoq fait le bilan.

Le nombre de féminicides commis en 2017, prise de conscience terrifiante et nécessaire

Mise à jour du 9 janvier 2018

Titiou Lecoq tient à jour depuis un an une liste des femmes assassinées par leurs conjoint ou ex-conjoint. Ce jour, elle publie dans Libération un article, pour rappeler la différence entre le fait divers, et le fait social.

Dans cet article, Titiou Lecoq établit le chiffre de 109 : c’est le nombre de noms présents sur sa liste.

« Mais ce chiffre seul ne veut rien dire. »

Elle rappelle qu’elle peut être passée à côté de certains cas, que dans ce décompte ne figurent pas les affaires dont l’issue est encore incertaine, qu’il ne rend pas compte non plus des survivantes aux tentatives d’assassinat.

Et que dire des victimes collatérales ? Des enfants assassinés en même temps que leur mère, des proches qui avaient apporté leur aide et leur soutien à la victime, ou même de quasi-inconnus ayant tenté de s’interposer et l’ayant payé de leur vie ?

De ceux et celles qui restent ?

Le bilan est lourd. Alors pour qu’il le soit de moins en moins, il existe en effet des solutions que Titiou Lecoq liste. Mais surtout, elle n’oublie pas de rappeler le contexte :

« Conseiller à une femme de « le quitter », ce n’est pas suffisant parce que le moment où elles décident de partir, c’est celui où elles mettent le plus en danger leur vie. »

Car effectivement, on ne tue pas par amour, par passion. Le contexte de rupture qui est celui de la majorité de ces féminicides est l’illustration du fait que ces hommes tuent pour qu’une femme qu’ils estimaient posséder ne s’émancipe pas.

« Or la possession, ce n’est pas de l’amour. C’est de la domination. »

Mise à jour du 30 juin 2017

Après l’insoutenable article de Slate sur les féminicides en France (lire ci-dessous), c’est à présent sur Libération que Titiou Lecoq parle de toutes ces femmes assassinées dans la quasi-indifférence générale.

Tous ces « faits divers », ces « crimes passionnels », ces « drames amoureux » enterrés dans la presse régionale, qui ont un point commun : une femme est morte. Souvent parce qu’elle ne voulait plus partager la vie d’un homme.

Les violences conjugales sont un meurtre de masse

C’est tout un dossier que Libération consacre aux violences conjugales, ce « meurtre de masse » comme le journal ose l’appeler.

Accessible sans abonnement, le terrifiant portrait des dizaines de femmes assassinées depuis ce 1er janvier 2017 : «Elle s’appelait Emilie, elle avait 34 ans» : une année de meurtres conjugaux.

L’horrible réalité défile au fur et à mesure de la lecture. Toutes ces histoires sordides, similaires, crues, injustes, violentes. Toutes ces femmes tuées par un homme, au nom de « l’amour ».

Tous ces coups de feu, de couteau, d’outils de boucher. Ces étranglements, ces viols, ces coups de poing, de pied. Au point de tuer.

Un autre article accessible est celui signé Sophie Gourion, créatrice du Tumblr Les Mots Tuent. Le titre est percutant : et si les journalistes arrêtaient d’être des serial killers ?

Cet écrit se focalise sur les euphémismes désignant les violences conjugales, les meurtres, les assassinats et les viols. Ce ne sont pas des actes « passionnels » ni des « dérapages ». Ce sont des crimes.

« Un proche d’une victime m’avait dit un jour au sujet d’un titre d’article problématique : «C’est comme si on la tuait une deuxième fois.» Journalistes et rédactions, ne devenez pas des serial-killers. »

J’ai eu la nausée en lisant ce dossier. J’ai eu envie de hurler, de pleurer, de lutter. Je me suis forcée, en me disant que ne pas les ignorer, c’était bien le seul hommage que je pouvais rendre à ces femmes assassinées.

Je vous recommande cette lecture, le cœur en bandoulière, malgré la douleur qu’elle génère.

Les féminicides en France mis en lumière

— Le 23 juin 2017

Le 12 juin, je prenais un train à destination de Paris. Le trajet a duré le double de temps par rapport à ce qui était prévu. « Un accident sur la ligne » contraignait le train dans lequel je me trouvais à faire un détour.

C’est ce qui avait été annoncé dans les haut-parleurs. En réalité, ce n’était pas un accident. Il s’agissait d’Émilie, assassinée par son ancien compagnon à 34 ans. Il l’avait attachée sur les rails et s’est suicidé au moment du passage du même train.

Émilie, Titiou Lecoq lui a consacré quelques lignes, dans un article paru sur Slate. Aux côtés de nombreuses autres femmes.

Un travail de fourmi pour documenter les féminicides

Ça fait des mois que Titiou Lecoq recense, notamment grâce à la presse quotidienne régionale (« PQR »), les cas de femmes assassinées. Et son constat est glaçant.

« En réalité, ce n’est pas une gifle ou un coup de pied qui aurait malencontreusement entraîné la mort. L’homicide involontaire est l’exception, il représente moins de 10% des cas.

Bien sûr, avant la mise à mort, il y a souvent eu des violences mais ces femmes ne meurent pas de coups. Elles meurent parce qu’on a décidé de les tuer. »

On perçoit la colère à travers ses mots, et honnêtement, je ne peux que la comprendre. D’autant plus quand on continue de voir le sujet si peu ou si mal traité.

L’effroyable banalité des féminicides

On voit s’égrainer au fur et à mesure les cas de féminicide, dans une effroyable banalité. Un seul d’entre eux est déjà trop, et l’accumulation rend le phénomène insupportable.

« En général, on tue sa femme chez elle. Parfois en présence des enfants. »

À partir de cette revue de presse quotidienne, on prend conscience de l’ampleur et du caractère récurrent de ces actes de « folie ». On réalise qu’il s’agit d’un phénomène systématique, pas seulement d’histoires singulières et privées.

« La folie, longue ou passagère, ne s’affranchit pas des règles du genre, ni des constructions sociales. Elle ne balaye pas tout sur son passage. Au contraire, elle révèle les biais les plus sombres de notre société. »

La suite, incroyablement poignante et nécessaire, à lire sur Slate.

À lire aussi : Les violences conjugales n’ont rien de « passionnel » : ce n’est pas l’amour qui tue

Esther

Esther est tombée dans la marmite de madmoiZelle quand elle était petite. Elle n’a pas grandi, mais elle a depuis développé de fortes convictions féministes. Au croisement de la rubrique actu et de la rubrique témoignages, elle passe de temps en temps une tête à l’étranger pour tendre son micro aux madmoiZelles du monde entier !

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Commentaires
  • Blue-summer-sky
    Blue-summer-sky, Le 9 janvier 2018 à 19h33

    J'avais déjà lu un article de ce genre sur un site web où une journaliste avait listé tous les meurtres de femmes par leur ex-conjoint en fonction des départements et régions françaises dans une volonté évidente de faire réagir. Ça m'avait rendu folle de rage et de dégoût de lire tous ces meurtres, rage et dégoût envers ces hommes qui guidé par un principe de possession de la femme se permettent de mettre fin à leur vie, et surtout cette indifférence, c'est à vomir, on en parle une semaine ou deux et puis c'est terminé, il y a bien quelques associations qui essaient de faire naître des débats mais leur voix ne se sont pas encore imposée sur le devant de la scène médiatique ou alors de façon éphémère, comme si personne ne se sentait concerné et ne prenait pas le temps d'entendre la souffrance, l'horreur derrière ces faits divers. Je n'arrive pas à comprendre ce silence, est ce parce que c'est vraiment trop difficile de prendre conscience qu'un homme est capable de tuer d'une façon parfois inhumaine son ex-compagne ? (Il y a des cas qui sont vraiment durs à lire je l'avoue au point où je me demande parfois si l'homme en question n'est pas possédé par une entité maléfique durant le passage à l'acte) Ou est-ce qu'on est tellement habitué à ça qu'on fait comme si ça faisait parti du décor ?

    J'ai eu l'opportunité d'entendre des témoignages de femmes de ma region qui ont survécu à des tentatives de meurtres très grave par leur ex lors d'une émission. Celle qui a témoigné sur le plateau avait été brûlé gravement sur tout le corps, son ex avait jeté de l'essence sur elle avant de «l'allumer» avec un briquet, son voisin l'avait sauvé, sinon elle serait morte, elle a été transféré d'urgence dans l'Hexagone pour subir une douzaine d'opérations lourdes pour retrouver une peau saine, son épiderme avait brûlé au point que les vêtements qu'elle portait sur elle ce jour là ne faisait plus qu'un avec sa peau, sous l'action de la chaleur ils avaient littéralement fondu.

    Une autre femme qui a témoigné dans un court reportage avait reçu une balle au niveau du crâne, son ex l'avait suivi sur son lieu de travail avant de l'agresser avec une arme à feu dans un parking, elle a subi aussi une opération lourde, elle est maintenant en fauteuil roulant et nécessite d'une aide auxiliaire dans la vie quotidienne et a de grandes difficultés à communiquer.

    Ces femmes avaient une vie professionnelle, familiale, personnelle qui a été balayé du jour au lendemain.

    Suite à ces témoignages, un représentant de la justice qui traite ces affaires dans des tribunaux avait commencé à expliquer les mesures préventives mises en place pour justement que les forces de l'ordre puissent intervenir afin d'empêcher une possible tentative de meurtre, mais visiblement ces mesures ne suffisent pas ou devraient être appliqué différemment. Parce que j'ai lu aussi d'autres témoignages de femmes qui passaient leur temps à déménager de ville en ville en se cachant d'adresse en adresse parce que leurs ex refusent d'accepter qu'elles puissent les quitter . C'est plus du harcèlement à ce stade, ils les pourchassent littéralement.

    Concernant les peines pour ce genre de crime, si le meurtrier en question ne s'est pas suicidé avec sa victime, honnêtement je ne peux imaginer une peine assez grande qui rendrait véritablement justice à ces femmes, qu'elles soient des survivantes de ces actes atroces ou qu'elles soient mortes, elles ont tous perdus quelque chose que la société ne pourra jamais leur rendre (leur vie, leur indépendance physique, leur corps si il y a été ravagé par des flammes...etc).

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