Une nuit sous un tipi (indien)

En voyage de noces au Québec, on se dit avec ma dulcinée qu’une nuit sous le tipi pourrait avoir son charme et nous permettre de nous rassasier de dépaysement et d’aventure. Hu. – « Vous restez où ? » (ça veut dire en québécois « vous habitez où ? ». Faut le savoir, sinon tu réponds un truc qui […]

En voyage de noces au Québec, on se dit avec ma dulcinée qu’une nuit sous le tipi pourrait avoir son charme et nous permettre de nous rassasier de dépaysement et d’aventure. Hu.

– « Vous restez où ? » (ça veut dire en québécois « vous habitez où ? ». Faut le savoir, sinon tu réponds un truc qui va forcément lui faire penser que tu le prends pour un con. Et Vitale, vaut mieux pas qu’il croit ça.)
– « Lille, en France »
– « Ah oué, j’suis déjà venu. »
– « … » (yeux écarquillés)
– « Oué, à Décathlon Voyages. Tu connais ?
– (hallucinés) « Euuuh ué ué bien sûr »

C’est à ce moment précis que j’ai eu un fou-rire incontrôlable. Vitale, grande baraque de 2 mètres, est notre hôte ce soir. Amérindien, chasseur d’ours à ses heures, il nous accueille dans son village de tipis au-milieu-de-nulle-part, Québec.

En me voyant me marrer, le gaillard pense que je me fous de sa gueule. « Pourquoi tu rigoles ? » me demande-t-il avec sa grosse voix et son accent inimitable. Gni. Pataper. Va pas t’imaginer que je me fous de toi. Pas du tout. C’est juste ce retour en vitesse rapide arrière qui s’est passé dans ma p’tite tête à ce moment-là qui me fait rire.

(flashback à lire en imaginant que tout se déroule à toute vitesse hein… mise en scène quand tu nous tiens)

Il y a quelques jours, accompagné de ma chère et tendre, je fais 6000 kilomètres pour aller de Paris à Montréal. Après qu’on se soit posés 4 jours dans la métropole québécoise, on décide d’aller chercher un peu d’aventure en allant passer une nuit sous un tipi. On fait 500 bornes dans la journée, on se paume moultes fois, on finit par se retrouver sur un ferry pour traverser le fleuve St Laurent (on n’était pas du bon côté), on tourne à droite au kilomètre 150 de la Route 155, direction Lac Edouard. On fait 30 bornes de routes-montagnes russes (hum, rigolo 10 minutes, puis grosse envie de vomir), puis 10 autres kilomètres sur une route sortie tout droit de la Lune avec caillasse et rochers (et dérapages contrôles histoire de rigoler). On vient nous chercher en barque pour aller sur une île où nous attend le village de tipis, avec un gars qui, entre deux ours chassés, nous prépare un succulent ragoût… On se dit qu’arrivés là, on est suffisamment loin pour trouver ce qu’on est venus chercher : du dépaysement. Et en fait, non, pas du tout. Vitale, l’amérindien du fin fond du Québec, ben il est venu à Lille pour voir Décathlon Voyages. Manquerait plus qu’il se soit arrêté boire un verre chez Didier et Josiane, le café d’en face de chez moi pour que cette crise cardiaque m’achève. D’où ce constat : le monde est petit et l’aventure est super dure à aller chercher.

(fin de lecture à toute vitesse)

A part ce détail qui servira de morale à l’article, Vitale est un gars bien. Un hôte un peu bourru certes, mais avec la main sur le cœur. Il nous expliquera d’ailleurs comment chasser un ours (lui il dit « un nou », faut comprendre), truc qui va me servir une fois rentré à Lille, c’est certain. Pour ta culture, il faut savoir que l’ours est vraiment très con. Pas bête au sens bête, mais gourmand. Donc concon. Il a un pif qui renifle tout à 15 kilomètres, si bien que si tu laisses une bonne poutine avec du bacon sur le feu pendant 2-3 jours, tu peux te retrouver avec un « nou » dans ton jardin. Et là, Vitale dit que tu peux le nourrir une fois, mais que si tu ne le tues pas la première fois, il va revenir avec ses couverts et sa serviette. S’il trouve pas à manger, « l’ou » va tout péter. Donc vaut mieux le tuer.

Autre chose à savoir : dormir sous un tipi au Nord de Montréal, même au début du mois d’août, reste une aventure où il vaut mieux amener quelques ptites laines. Si tu as l’occasion d’aller chasser le castor, n’hésite pas à le dépecer, histoire de faire une couverture supplémentaire. Parce que CA CAILLE. Si comme moi, tu es chauve, pense à prendre un bonnet.

Heureusement, chaque tipi est muni d’un foyer où tu fais cramer quelques bûches avant d’aller dormir, histoire de pouvoir te réchauffer un peu les pieds (en ce qui me concerne, le crâne). Pas besoin de réveil pour te dire quand remettre une bûche, puisque dès que le feu se calme, tu sens nettement la différence de température.

Au petit matin, tu te réveilles alors que le lac est encore recouvert de brume. Tu vas faire pipi dans les buissons, pour être en totale communion avec la nature. Le soleil te chauffe le visage (oui, le visage…) et ton crâne se réchauffe tout doucement. Rah. L’aventure. Le dépaysement…

PS : par contre, les pancakes du p’tit déj étaient dégueu. Mais bon, c’est les risques du métier hein.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • P0lyph0nie
    P0lyph0nie, Le 14 janvier 2009 à 6h10

    hahaha! Je suis québécoise et je n'ai jamais dormi dans un tipi, je n'ai jamais conversé avec un indien et encore moins rencontré ''d'ou'' dans mon jardin (d'ailleurs je dis ours et non ou) Mais bon cet article m'a bien fait rire. Ça me fait toujours rire d'ailleurs la façon dont on nous perçoit de chez vous. Il y a des québécois qui s'expriment mieux que d'autres vous savez? J'ai l'impression que vous rencontrez toujours ceux qui ont le pire vocabulaire! Enfin bref... :biggrin:

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