Je veux comprendre… l’affaire Trayvon Martin

Depuis un mois, la mort du jeune Trayvon Martin, tué par balles par un vigile de quartier en Floride, émeut les États-Unis. Retour sur cette affaire. Màj du 14 juillet 2013 — Dix-huit mois après les faits, George Zimmerman, le vigile qui a abattu Trayvon Martin en Floride en février 2012, a été déclaré non coupable. […]

Depuis un mois, la mort du jeune Trayvon Martin, tué par balles par un vigile de quartier en Floride, émeut les États-Unis. Retour sur cette affaire.

Màj du 14 juillet 2013 — Dix-huit mois après les faits, George Zimmerman, le vigile qui a abattu Trayvon Martin en Floride en février 2012, a été déclaré non coupable. Le jury a délibéré pendant 16 heures avant d’acquitter Zimmerman.

Cet acquittement suscite une vive émotion aux États-Unis. Lisez cet article sur Slate.fr « Trayvon Martin : George Zimmerman n’est pas coupable, mais la Floride, si »

Màj du 12 avril – Un mois et demi après la mort de Trayvon Martin, le tireur a été placé en détention et la justice américaine a engagé des poursuites contre lui pour « meurtre sans préméditation ».

George Zimmerman a créé un site web dans le but de récolter des fonds pour assurer sa défense. Sur la page d’accueil, on peut y lire un message de l’accusé :

« I am the real George Zimmerman,
On Sunday February 26th, I was involved in a life altering event which led me to become the subject of intense media coverage. As a result of the incident and subsequent media coverage, I have been forced to leave my home, my school, my employer, my family and ultimately, my entire life. This website’s sole purpose is to ensure my supporters they are receiving my full attention without any intermediaries. »

« Je suis le vrai George Zimmerman,
Le 26 février dernier, j’ai été impliqué dans un évènement mortel qui m’a améné à devenir le sujet d’une intense couverture médiatique. En raison de l’incident et de la couverture médiatique qui en résulte, j’ai été obligé de quitter ma maison, mon école, mon employeur, ma famille et, finalement, ma vie toute entière. L’unique but de ce site est d’assurer à mes soutiens qu’ils reçoivent toute mon attention sans aucun intermédiaire. »

Si George Zimmerman a changé d’avocats (ceux qui étaient chargés de le défendre jusque là ayant décidé hier de ne plus collaborer avec lui, expliquant que leur client était devenu injoignable), il invoque toujours la légitime défense pour justifier son geste.

(Source : Le Monde)

Le 4 avril – Le 26 février dernier, Trayvon Martin, 17 ans, un sweat à capuche sur le dos, rentre chez son père après être passé par l’épicerie pour acheter des bonbons et du thé glacé. George Zimmerman, un riverain, fait alors des rondes de surveillances après que son quartier a été l’objet de plusieurs cambriolages. Interpellé par l’allure du jeune garçon, le vigile d’un soir appelle alors la police pour signaler un individu au « comportement suspect ». Ignorant les recommandations de l’agent qui lui conseille de cesser la filature, George Zimmerman continue de suivre Trayvon, d’abord en voiture, puis à pied. Quelques instants plus tard, la police retrouve l’adolescent tué par balles et George Zimmerman saignant du nez, une blessure à la tête, justifiant son geste en invoquant la légitime défense.

Depuis ce jour, l’affaire n’en finit plus d’émouvoir, d’inquiéter et d’intriguer l’Amérique. Retour sur les points principaux.

La non-inculpation de George Zimmerman est une des raisons pour lesquelles la mort de Trayvon Martin enflamme le pays ; dimanche 1er avril dernier, 5000 manifestants ont réclamé l’arrestation de celui-ci à Miami. Sur internet, une pétition circule pour le même motif, réunissant au moment où je vous parle près de 2 225 000 signatures.

Pourquoi George Zimmerman n’a-t-il pas été inculpé ?

Ce sont les autorités qui ont décidé de ne pas garder George Zimmerman en détention après l’avoir arrêté quelques heures le soir de la mort de Trayvon Martin. Aucune charge n’a été retenue contre le vigile qui plaide la légitime défense. Il explique qu’il a décidé de battre en retraite après avoir suivi l’adolescent et que c’est en retournant à sa voiture que ce dernier aurait décidé de l’attaquer violemment. George Zimmerman n’aurait donc, selon lui-même, pas été l’élément déclencheur mais se serait contenté de riposter face à des attaques dont il était l’objet. Son avocat ajoute également que son client avait eu le nez cassé par Trayvon Martin et souffrait de contusions à la tête.

Dans cette vidéo dévoilée par la chaîne ABC News, nous pouvons voir George Zimmerman arrivant au poste de police environ une demi-heure après les faits. S’il a en effet une blessure à l’arrière de la tête, le nez, lui, semble intact. Cependant, comme le rappelle le juriste Jose Baez, la vidéo a été enregistrée bien après l’accident, une fois qu’il a été pris en charge par les secours et qu’il est en assez bonne condition pour se rendre au poste.

Cette thèse d’une rixe initiée par Trayvon Martin est contredite par Richard Kurtz, directeur du funérarium qui a préparé les obsèques de l’adolescent et a expliqué à la chaîne CBS News qu’il n’y avait aucune trace d’altercation sur son corps (blessure par balle mise à part).

Si George Zimmerman n’est pas en prison, c’est également « grâce à » Stand your ground, une loi qui « assouplit les conditions d’exercice de la légitime défense » comme l’explique Le Monde. En Floride, la loi stipule que :

 « Toute personne qui n’est pas engagée dans une action illégale et que se trouve menacée en un lieu où elle a le droit de se trouver a le droit de demeurer sur place et de répondre à la force par la force, incluant la force mortelle si elle estime raisonnable d’y avoir recours afin d’éviter de subir elle-même la mort ou de graves blessures pour soi ou pour autrui, ou pour éviter la commission d’un délit aggravé ».

(Source : Marianne2)

La mort de Trayvon Martin dans de telles circonstances jette de l’huile sur le feu entre les supporters de Stand your ground et ses détracteurs qui y voient un « permis de tuer ». La loi en question en en vigueur en Floride depuis 2005, année où elle a été votée avec le soutien de la National Rifle Association, un lobby d’armes à feu très influent aux Etats-Unis.

Un crime raciste ?

La question se pose de savoir si Trayvon Martin a été tué pour des motifs purement racistes ou non. Les enregistrements de l’appel de George Zimmerman à la police pour signaler un individu suspect sont actuellement analysés de près car il y serait entendu en train de proférer des insultes racistes. En outre, le fait d’être noir et de porter un sweat à capuche a-t-il suffi à Trayon Martin pour être considéré comme un individu au « comportement suspect » par George Zimmerman ?

Si le père du vigile a adressé une lettre ouverte aux médias, écrivant « the media portrayal of George as a racist could not be further from the truth » (« le portrait dans les médias qui a décrit mon fils comme quelqu’un de raciste ne pourrait pas être plus éloigné de la vérité »),  le doute reste néanmoins entier sur la cause des actes de George Zimmerman.

Comme pour confirmer les inquiétudes des citoyens américains, l’immigrée irakienne Shaima Alawadi a été agressée violemment à son domicile et est décédée des suites de ses blessures à l’hôpital un mois après le meurtre de Trayvon Martin. A ses côtés, ses agresseurs auraient laissé un mot sur lequel on pouvait lire :

« Ceci est notre pays, pas le vôtre, vous êtes des terroristes ». 

Une affaire qui enflamme les esprits

Depuis la mort de Trayvon Martin, de nombreuses manifestations dénonçant le « profilage racial » dont l’adolescent a fait l’objet ont été organisées, rassemblant des milliers de personnes. Des personnalités se sont également mobilisées : Al Sharpton et Jesse Jackson, deux révérends, leaders du mouvement des droits civiques, sont présents aux manifestations et appellent eux aussi à l’arrestation de George Zimmerman.

De son côté, le New Black Panther (une organisation politique de défense des droits des noirs) est allé jusqu’à proposer une récompense de 10 000$ pour la capture du vigile responsable de la mort de Trayvon Martin. Une décision de laquelle la famille de l’adolescent s’est désolidarisée.  

Les médias, de leur côté, ont pris l’affaire à bras le corps pour mener leur petite enquête dans la course aux scoops. Paroxysme de la mobilisation nationale : Barack Obama est intervenu, s’associant aux parents de l’adolescent dans leur douleur et appelant à l’ouverture d’une enquête complète sur l’affaire.

Une enquête qui a été ouverte par le ministère de la Justice et par le F.B.I. plus de trois semaines après la mort de Trayvon Martin. Le 10 avril prochain, un grand jury devrait se réunir pour décider s’il y a assez de charges pour poursuivre George Zimmerman en justice.

La mort de Trayvon Martin n’est plus qu’un tragique fait divers : à quelques mois de la Présidentielle américaine, relançant de plus belle le débat sur la légitime défense aux Etats-Unis, elle est en passe de devenir un véritable enjeu politique.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Justinesmn
    Justinesmn, Le 15 juillet 2013 à 13h32

    salvia;3058565
    Par contre, cela m'étonne que le président lui-même n'ai aucun poids sur ce genre d'affaire.

    Pour le coup moi ça ne m'étonne pas plus que ça, c'est simplement la séparation des pouvoirs, la justice est indépendante de l'exécutif (même si en pratique aux usa c'est discutable avec les juges qui sont élus..), c'est pas le rôle d'un président de s’immiscer dans une affaire judiciaire, même dans des cas très sensibles comme celui-là

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