Comment le théâtre m’a aidée à prendre confiance en moi

Sarah avait une peur panique du regard des autres. Et puis elle a suivi des cours de théâtre, et a enfin pris confiance en elle.

Comment le théâtre m’a aidée à prendre confiance en moi

Je me souviens avoir toujours lu sur mes bulletins scolaires « Des capacités mais il faut prendre confiance en vous… ». Des remarques d’ailleurs on ne peut plus constructive…

Mais passons ; en effet j’ai toujours cruellement manqué de confiance en moi. J’étais hyper gentille et réservée, mais dès qu’il fallait que je m’exprime c’était la panique à bord. Dans ma tête ça fusait dans tous les sens à coups de « Et si tu disais une grosse connerie, tout le monde va se moquer de toi… », et je piquais des fards toute seule rien qu’en pensant à la suite des événements.

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Surtout, j’avais horreur que l’on me regarde, le regard des gens était une des choses qui me faisait le plus peur. Sauf qu’il n’est pas franchement possible de l’éviter au quotidien…

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Une lueur d’espoir

Tout ceci s’est un peu arrangé quand j’ai commencé à prendre mon indépendance et pendant mon année ERASMUS, mais c’était encore quelque chose de très difficile.

Après mes études j’ai pris la décision de faire un service civique, c’est à ce moment-là que tout a basculé. J’ai rencontré deux étudiants en art dramatique au conservatoire de Paris. Quelque chose m’attirait chez eux ; maintenant je sais tout simplement que c’était leur liberté qui me faisait envie. Je les admirais de danser sur les quais du métro ou tout simplement avoir des conversations hyper facilement avec les gens.

Après nous être liés d’amitié, on a tous les trois décidé de réaliser un documentaire sur notre service civique.

Nous avions décidé de mettre des témoignages de personnes dont nous nous occupions, mais aussi de faire des petits interludes pour alléger le film. C’est à ce moment-là que j’ai joué pour la première fois, et magie… je me suis tout bonnement éclatée. Pour la première fois de ma vie je jouais une autre personne, tout ce que je faisais était sur le compte d’un personnage et j’osais tout. Je m’assumais enfin.

À ce moment-là, je me suis dit qu’il fallait absolument que je fasse du théâtre.

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Se lancer

L’année d’après je suis donc partie à mon premier cours de théâtre avec la boule au ventre, une intense envie de vomir et tout ce qui s’ensuit au niveau digestif (oui oui, tout ceci est très glamour). Lorsque je suis arrivée près du théâtre, je me suis demandée ce que j’allais faire.

J’ai dû rester dix bonnes minutes devant ce foutu théâtre à me poser toutes les questions possibles et inimaginables. J’avais mal partout, jamais je n’avais été aussi tendue. J’avais même fait une crise d’angoisse la veille.

J’ai fini par réussir à passer la porte, et je me suis retrouvée devant une dizaine d’élèves et la prof. Nous étions tous morts de stress, mais la prof nous a tout de suite mis à l’aise : elle nous a prévenu que si elle entendait une seule moquerie, son auteur serait renvoyé du cours. Ça m’a rassurée.

Ce premier cours a été très dur, ce furent deux heures intenses devant une bonne dizaine de personnes. Pourtant, sans même m’en rendre compte, petit à petit, je me suis détendue, et je suis sortie du cours épuisée, mais tellement légère ! Ça a été un grand déclic, sûrement le déclic décisif dans ma vie.

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Les cours de théâtre

Mais alors, que s’est-il passé pendant ce cours ? Le déroulement d’un cours diffère d’un prof à l’autre, mais pour nous il y a trois grandes parties :

  • L’échauffement de la voix, de la mémoire et du corps avec des exercices et des mouvements (des phrases à dire très vite par exemple).
  • Des improvisations, préparées ou non, basées sur des personnages, une histoire, une situation. Si elles sont préparées, nous avons trois minutes pour préparer un début, une fin et le caractère des personnages.
  • Le travail de scènes de théâtre, d’un texte et tout ce qui va avec.

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Dès janvier-février, on commence à préparer une pièce pour la présenter en fin d’année.

L’aspect troupe est très important, et a grandement contribué à mon attrait pour le théâtre et ma métamorphose. Nous étions tous des débutants, et nous étions tous venus seul•e•s, il n’y avait pas de groupe. Tout le monde était très stressé, très mal à l’aise. Nous avons pu construire quelque chose ensemble.

Après le premier cours, nous nous sommes tout naturellement réunis et nous avons discuté de nos motivations. Et depuis, nous nous voyons trois ou quatre fois par semaine. Car on partage beaucoup avec les autres apprentis comédiens : quand on fait les impros, on dévoile des choses intimes, et on crée des liens très forts. Et il faut être solidaires et s’entraider pour que cela fonctionne, dans les impros comme dans une pièce.

Une solution (presque) miracle

Beaucoup dans la troupe sont venus faire du théâtre pour vaincre une timidité, et pour tout le monde, l’évolution a été incroyable.

Je conseillerais donc le théâtre aux personnes qui souffrent de leur timidité, du regard des autres, mais je pense cependant qu’il faut qu’elles aient envie de se confronter à leurs difficultés. Il a fallu que je me sente prête, j’étais très décidée quand je me suis présentée devant le théâtre – ou du moins autant que je pouvais l’être.

C’est la même chose pour d’autres personnes de mon cours : ils pensaient au théâtre depuis deux ou trois ans sans oser se lancer. Il faut vraiment être prêt•e à le faire.

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Et maintenant ?

Cela fait maintenant deux ans que je fais du théâtre. Moi qui avais au début une toute petite voix que l’on entendait à peine, aujourd’hui certaines personnes me font remarquer que je parle trop fort. Moi qui avais une posture merdique, le dos voûté en permanence, je me tiens aujourd’hui bien droite et je suis moi aussi capable de danser avec mes amis sur le quai du métro ou de parler à des inconnus.

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Le théâtre est définitivement aujourd’hui mon moyen d’expression, je ne pourrai plus jamais arrêter de jouer. Lors de ma première fois sur scène j’ai passé un cap : quatre vingt-dix personnes m’ont regardée et n’ont regardé que moi. Lorsque je suis sortie de scène, un poids énorme est parti, j’avais vaincu pour de bon ma plus grande phobie.

Maintenant je n’ai plus peur de faire ce que j’aime et du regard des autres, je ne me dis plus que si je fais ou dis telle ou telle chose je risque d’être nulle. Maintenant je fonce et je m’en fous – et pour moi, la liberté est là.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Ceriize-bleue
    Ceriize-bleue, Le 2 février 2015 à 15h34

    @marion-perso C'est exactement ça !! En fait c'est "facile" de jouer, parce que concrètement c'est pas nous qui sommes jugés sur scène, les spectateurs voient avant tout le personnage.
    Alors que dans la réalité on a peur d'être jugée, de dire/ faire une bourde, parce que dans ce cas là ça nous atteint directement !
    Pendant les présentations j'essaye toujours de me dire que je suis dans la peau d'un personnage, ou alors de faire des jeux et démonstrations dans lesquels je me sens plus à l'aise.

    Du coup tu me rassures aussi :rire:

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