Shiko Shiko en interview comme en concert : sans queue ni tête

Shiko Shiko, c'est 4 étudiants lillois qui font du post-punk pop-noisy-rock-plein de percussions-de synthés-le tout à la fois mélodieux-et bruitiste. Rencontre.

Shiko Shiko en interview comme en concert : sans queue ni tête

Je ne connaissais pas Shiko Shiko avant que Hakima (La Cave aux Poètes) m’en parle lorsque l’on s’est croisées aux Transmusicales de Rennes cette année. « Ils sont intenables, font n’importe quoi sur scène, leur musique part dans tous les sens mais réussit le pari de la mélodie. Il faut que tu écoutes. »

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Après les avoir raté à l’UBU (ils y jouaient pour les Trans), je me suis mise en tête de les découvrir. Mais 2 interviews, une nuit blanche et 3 Red Bull plus tard, je n’avais toujours pas eu le temps d’écouter ne serait-ce qu’une seule seconde de leurs morceaux. Hakima, que je recroise plus tard à l’espace presse, me convainc alors de les rencontrer : « Leur discographie, c’est une chose. Leurs personnalités, une autre. Rencontre-les ».

Voici donc un entretien « moins interview musicale que rencontre avec des mecs sympas », mi-discussion sans direction mi-portrait chinois. Je ne sais plus qui et qui parle, mais finalement, c’est exactement comme ça qu’il faut voir Shiko Shiko : 4 cerveaux déconneurs qui, ensemble, forment un même esprit. Mais un esprit particulièrement polarisé par le Japon. Vous allez voir pourquoi.

madmoiZelle : Salut les mecs. On va commencer par un aveu : je n’ai pas eu le temps de vous écouter. Ceci dit, j’ai été voir comment mes collègues de la presse musicale décrivent votre musique : post-punk, noisy pop, rock mutant. Comment vous qualifier autrement ?

Autosexualité. Décadence. Mutilation lombaire. Eurasie insulaire. Influencé par tout ce que l’on écoute ET le dernier livre de Mozart.

Vous écoutiez quoi, gamins ?

Queen. Jean-Michel Jarre. Tout sauf Jean-Louis Aubert, les grenouilles qui font des jingles publicitaires à la télé et les taupes en 3D qui chantent, quoi. VIVE LA FRANCE. Aux États-Unis, c’est déjà moins la merde : on apprend aux enfants à essayer d’écouter de tout, dès le plus jeune âge. Ici, nos gosses se mangent des cours de musique moisis.

Quelque chose à dire contre la flûte à bec ?

Nan mais la flûte à bec quoi, putain. Tuez-la.

L’instrument de musique dont tu n’entends plus jamais parler après…

– Ouais. Ça me fait penser à mon horrible prof de musique au collège. Avec elle, soit t’avais 0, soit t’avais 20.

– Mais ouais. Et puis on se mangeait du Jean-Jaques Goldman, merde. J’ai déjà eu l’occasion de jeter un oeil sur leur liste de programme possible, et y’avait des trucs bien plus intéressants que ce faux romantique à guitare ! Genre du Brel. Du Brassens.

– Moi j’ai eu du Michel Fugain. Ça allait encore.

– Moi j’ai eu Les Copains D’Abord. Mais pas leur chanson « la complainte des filles de joie », malheureusement. Pas drôle.

– Ahaha, « et il s’en est fallu de peu pour que cette putain ne fut ta mèèèère » !

Qu’est-ce qui vous plaît, chez Brassens ?

– Ce côté populaire. Défenseur. Sans te traiter directement de con, il arrive à te faire te sentir con. Juste avec ses histoires, des vrais contes de la vie quotidienne, très bien racontés. C’est du didactique, c’est très agréable. Le mec arrive à te remettre à ta place. Genre « OK OK fais le malin à insulter les filles de joie. Mais tu ne sais rien de leur parcours, de leur vie, de ce qui les a amené là, sur le trottoir. Alors doucement, mon gars. Cette prostituée, bah ça aurait pu être ta mère. » Bim.

– Ça me fait penser à cette imbuvable conversation, la dernière fois. J’essayais d’argumenter contre un mec qui me disait « Les putes, c’est comme les sportifs. Ils ont tous choisi leurs carrières ». 3h plus tard, rien n’avait changé. La discussion de sourds.

Vous mettez en avant un univers assez coloré, déjanté, presque « psychédélique » (même si le mot est galvaudé) et très hédoniste. Si vous étiez des gifs animés, vous seriez quoi ?

– Moi je serais la marmotte qui se retourne et qui fait « TINTINTIIIIN ».

– Moi, un robot mutant qui bouge dans tous les sens.

– Je serais la transformation de Sangoku en Super Saiyan.

– Merde, moi je sais pas.

Et le gif du groupe ?

Une explosion nucléaire de sushis.

Vous avez un truc avec le Japon, vous. Shiko Shiko qui veut dire « masturbation » en japonais, pour commencer.

– C’est une culture qui est vraiment à part, en fait. Le côté insulaire fait que le tout reste en vase clos. Ils sont dans leur monde, sans jamais verser dans la consanguinité. Je pourrais t’exposer toutes mes théories pseudo-intellectuelles sur le sujet, mais on m’accuserait encore de faire de la branlette intellectuelle.

– Nan mais tout simplement, t’as déjà vu une pub pour une brosse à dent au Japon ? On dirait qu’on te vend un voyage intersidéral.

– Ou la pub pour le truc qui t’apprend à faire caca, lààà ! Ça commence par un dessin animé, et ça se termine en « toi aussi, achète cette petite machine à motiver à faire caca ! »

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– Le Japon, c’est un peu comme le Steampunk. Un truc qui évolue à côté. Rétrofuture. L’évolution des technologies à partir de l’époque victorienne. Genre Dark Vador, il aurait un costume en cuivre.

– Ouais, c’est un pays cinglé. Vraiment inspirant. Après, le seul truc que j’aurais à leur reprocher, c’est la putain de pression sociale dont le pays semble être victime. Après, tu t’étonnes que les iPhones japonais soient réglés de façon à ce que les photos prises à l’envers soient remarquées… (*)

(*) Afin de dissuader les amateurs de petites culottes et de photographies prises sous les jupes des filles, Apple a en effet installé un son très particulier lorsque son téléphone est utilisé tête en bas. Lorsque l’obturateur se déclenche pour prendre une photo, le bruitage se fait entendre, et ce, même quand le téléphone est réglé en mode silencieux, suite à une mise à jour réalisée par Apple. Source : pcimpact.com

Pour reparler de votre musique : on dit souvent que du chaos vous arrivez à faire sortie de la mélodie. Est-ce que c’est une démarche qui se retrouve dans tous vos morceaux, comme une espèce de point d’honneur / marque de fabrique ?

– Ce qui est sûr, c’est que ces mélodies ne sont jamais là par hasard. On ne les crée pas par inadvertance, elles ne s’émancipent pas indépendamment de notre musique, dans le sens où on les recherche. On écoute aussi énormément de musique classique. Les gens ont tendance à tout mettre dans des cases et penser que la musique classique est le genre musical le plus sage au monde. C’est faux, quand tu vois à quel point les constructions des morceaux classiques peuvent être complètement barrées. C’est ça que l’on recherche : ne pas obéir à un découpage classique des parties de nos morceaux. Tchaikovsky, c’est pareil.

– Tu te promènes dans la rue ou tu te promènes dans un champs. Des mélodies peuvent faire irruption dans ta tête. Ça n’a aucun sens, ça part de tous les côtés… et bah à la fin, ces mélodies juxtaposées peuvent donner lieu à des morceaux. Ils ont l’air déconstruits, mais la vérité c’est qu’ils sont très construits dans leur déconstruction. On ne se fait pas chier à chercher un refrain, en fait. On a la conviction que du bordel peut naître la mélodie.

Il paraît aussi que vous avez une démarche presque didactique auprès de votre public. Vos concerts commencent toujours par des rythmes mélodieux, puis une fois votre parterre amadoué, vous l’emmenez trouver la mélodie là où le bruit s’installe.

– Mélodie et chaos. C’est vrai que chaque chose a sa finalité…

– Attends, c’est quoi cette phrase de merde là !

– Ouais, toutes les pommes tombent des pommiers.

– Non, mais c’est vrai. Le public est pris par la main. On joue nos morceaux comme on raconte des histoires.

Bon, j’adore la bouffe. Alors vous seriez quoi, si vous étiez un plat ?

– Des pâtes et du fromage à raclette par dessus. Un peu de foie gras à côté, sinon. Ou un sandwich au foie gras. Y’en a à Paris dans certaines boulangeries.

– Un kebab. Gras et pas cher.

– Un burger maison. Avec du pain complet, des épaules de lard (encore mieux que le bacon)… Ça défonce.

Et si vous étiez un Tumblr ?

Devenir un Ninja gratuitement. Mon Tumblr préféré. Il reporte toutes les requêtes les plus débiles du monde. Genre « sodomie dans l’Hérault », ou « faire des crêpes sans farine ». C’est un Tumblr qui me rassure : on se pose tous des questions de merde qui resteront à jamais sans réponse.

– Moi, ce serait jtebaise.tumblr.com, ce Tumblr qui regroupe des photos de gens qui, de toute évidence, arborent des regards qui veulent dire « toi j’te baise ».

– Moi, ce serait un Tumblr sur le Blue Waffle. Je vous laisse découvrir ce que c’est… (ATTENTION certaines images peuvent heurter la sensibilité de certaines)

– Bon, moi je suis plus intello que les autres membres pipi-caca du groupe. Donc je répondrais : un Tumblr qui répondrait à la question « où se cache la 5e dimension ? »

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— Depuis cet entretien, il s’en est passé des choses, pour Shiko Shiko : ils ont été playlistés par Laurence Pierre sur France Inter, ils ont joué au Batofar à Paris, ils sortent des mixtapes… et sont programmés au prochain Printemps de Bourges. Bonne route, les garçons !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Tracy Jacks
    Tracy Jacks, Le 23 mars 2012 à 14h50

    Je les avais vus en première partie de Vampire Weekend y'a deux ans à l'Aéronef ! C'était cosmique.

    Par contre s'ils sont bel et bien lillois, je pense très sincèrement avoir eu la même prof de musique fan de Jean-Jacques, cette femme a traumatisé des générations et des générations d'élèves :yawn:

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