La vie à la chinoise — Carte postale de Shanghai

Julie est partie un an à Shanghai se plonger dans la vie à la chinoise. Elle a découvert un quotidien particulier et parfois très, très surprenant.

La vie à la chinoise — Carte postale de Shanghai

Cette année, je suis partie m’exiler à Shanghai. Le savoir-vivre à la chinoise est une vraie manière de se forger une ouverture d’esprit — et avec toutes les choses que j’ai apprises, je vais revenir grandiiie !

Oui bon, peut-être pas à ce point, d’accord.

Crachats, rots et compagnie

On commence par un sujet sensible, comme ça c’est fait.

Je pense que vous avez tous entendu parler de Chinois et de crachats, de Chinois et de rots, de Chinois et… bref, vous me suivez.

Soyons honnêtes : oui, les Chinois crachent un peu, beaucoup, passionnément, à la folie et à n’importe quel moment de la journée. Je dois avouer que c’est un peu brutal, surtout les raclements de gorge bien bruyants annonçant la chose.

Du coup, au début tu fais la choquée à base de « Aaaaah, beurk, dégueu ! ». Et puis tu te dis que ce n’est pas bien de juger et qu’il faut apprendre à comprendre le pourquoi du comment.

En partant à l’étranger (et surtout en Chine) il faut se dire que tu vas découvrir une nouvelle culture totalement différente de la tienne, et que cela ne sert à rien de comparer les deux. Je me suis rendue compte qu’il est impossible de faire des comparaisons et d’établir des hiérarchies entre les cultures. Ce n’est pas possible, et surtout c’est bête !

Mais revenons aux crachats. En fait, dans la culture chinoise, un corps en bonne santé est un corps sans « impuretés ». Tout ce qui est mauvais et sale doit partir. Il faut donc cracher pour expulser les mauvaises glaires (miam miam)… et c’est un peu pareil pour tout le reste. Tout le monde dehors, rots, pets et autres joyeusetés !

Pour la petite anecdote, une fois je donnais un cours d’anglais à une de mes collègues chinoises. Lors de notre leçon, elle s’est mise à roter très bruyamment, puis, imperturbable, elle a repris le cours de ce qu’elle était en train de me dire. Sacrée expérience.

J’étais déboussolée, je ne comprenais VRAIMENT pas.

Et puis un jour, lors d’une conversation avec ma coloc d’origine chinoise sur le sujet, cette dernière m’a dit :

« Mais arrête de juger, c’est une question de culture, c’est tout ! C’est peut-être incompréhensible pour toi avec ta vision occidentale, tu trouves peut-être cela peu ragoûtant, mais encore une fois tu te bases sur tes principes occidentaux. Tu réfléchis avec ce qu’on t’a enseigné, ce que ta culture véhicule, mais ça ne veut pas dire que c’est toi qui a la bonne réponse ! ».

Et elle avait totalement raison.

Et puis entre nous, il y a plein de choses que nous faisons et que les Chinois ne comprennent pas forcément : ça marche dans les deux sens. C’est ça, la diversité des cultures ; c’est dur, c’est pas facile à comprendre, mais c’est beau (peace, love sur Terre tout ça, tout ça) !

Le métro, cette jungle humaine

Autre fait un peu difficile pour moi, jeune Française venant d’un petit pays finalement pas aussi peuplé que j’aurais pu le croire : le métro. Si tu penses que la ligne A du RER un lundi matin est l’enfer sur Terre, alors viens donc faire un tour dans le métro shanghaïen…

Tout le monde le sait : la Chine est un grand pays avec une énorme population. À Shanghai, cela prend tout son sens. Je crois que le métro fut la pire expérience de mon aventure là-bas.

Je t’aime beaucoup Shanghaï, mais ton métro je ne peux pas, je ne peux plus.

Il faut déjà oublier les places assises, et arrêter de croire que prendre le métro une heure plus tard ou une heure plus tôt changera quelque chose — malheureuse que je suis ! Non, il y aura TOUJOURS du monde dans la rame, TOUJOURS.

Il faut également apprivoiser la proximité et le contact physique, car autant de monde dans un endroit aussi confiné, ça veut dire qu’on est tous collés et que c’est super cool (ceci est ENTIÈREMENT ironique).

Si tu n’es pas une grande fan des pogos style concert de métal un samedi soir dans une salle bondée, alors ne viens pas, c’est mieux pour toi. Je ne peux pas en vouloir aux Chinois de batailler autant : si tu ne pousses pas, tu ne rentres pas. Il faut donc se battre tous les jours pour pouvoir poser un pied dans le wagon tel Rocky rentrant sur le ring.

Lors de ton premier trajet, tu t’es dis que toi, t’es pas du genre qui pousse, ah non non non ; on ne t’a pas appris à te comporter de la sorte, quelle bande de malotrus ! Sauf que Milady se retrouve à laisser passer trois puis quatre métros et puis tiens, ça y est, elle est déjà en retard. Là tu comprends… et tu te mets à pousser.

Parce que bon, les Chinois ne se sont pas dit du jour au lendemain « Tiens tiens, et si on se poussait tous dans le métro toute la sainte journée, ahahah ce serait trop rigolo ». La vie est une jungle, et si tu veux survivre arriver à l’heure au bureau, c’est oeil pour oeil, dent pour dent… et surtout chacun pour soi.

Perdre la face : l’ultime peur d’un Chinois

Il y a un principe en Chine qui est super important : ne pas perdre la face. Perdre la face, c’est en gros être embarrassé vis-à-vis de quelqu’un, ce que tu ne peux vraiment pas te permettre, sinon honte à toi .

Je ne sais pas si cela vient des anciennes croyances et coutumes qui faisaient que chacun avait une place attribuée et qu’il fallait tenir son rang, mais en tout cas c’est quelque chose de très ancré.

ON NE BOUGE PAS.

Un Chinois ne contredira jamais ouvertement son interlocuteur, à moins que ce dernier ne soit un ami intime. On ne peut pas parler librement de politique, par exemple, et il est très mal vu de laver son linge sale en public. Hors de question d’avoir une dispute dans un endroit bondé (pourtant, moi j’aime bien ces disputes un peu théâtrales, pas vous ?). S’il y a un désaccord, il faut prendre sur soi et régler cela en tête-à-tête, à l’abri des regards.

Je trouve ce principe assez bon : je comprends qu’il soit plus respectueux pour les autres de faire ainsi, et qu’au final les disputes ne regardent que les personnes concernées et pas la Terre entière. Mais le revers de la médaille est qu’il est assez difficile de savoir ce que pense un-e Chinois-e. Si vous dites quelque chose qui déplaît par exemple, vous ne le saurez jamais vraiment ; on marche donc un peu sur des oeufs, mais c’est comme tout, on apprend à s’y faire.

Les Chinois et le romantisme

Ah, l’amour ! L’amour ! On pense que les Français sont LES romantiques en chef de la planète, mais c’est une grave erreur. Nous ne valons rien face aux Chinois.

On s’en aperçoit dès qu’on regarde un film ou une série chinoise. Il s’agit en général d’un drame ou d’une comédie romantique avec tout le packaging : on se rencontre, on se plaît, ouhlala c’est trop dur de s’aimer, mais au final c’est trop beau et on finit ensemble. Des histoires de ce genre  il y en a plein ; allez donc faire un tour sur Youku (le YouTube chinois) si vous le pouvez !

Il y a aussi les chansons. Je ne sais pas pourquoi, mais en Chine la tendance est aux chansons tristes dans lesquelles tu sens que le chanteur ou la chanteuse souffre et qu’il ou elle crie son amour et sa douleur au monde entier. Alors de temps en temps, en période de nostalgie, je peux me laisser tenter… mais tout le temps, les gars ? C’est un peu déprimant quand même !

Vraiment, les Chinois sont de grands romantiques. Une de leurs villes préférées ? Paris bien sûr ! Parce que comme on me l’a beaucoup dit ici, à Paris tout est si romantique ! Nous les Françaises, on passe notre temps à recevoir des roses rouges de la part de notre amoureux pendant qu’on se balade le long des quais, une baguette à la main et un béret sur la tête (les clichés, c’est universel).

Mais ce qui m’a le plus interpellée, c’est qu’en Chine (du moins à Shanghai), la règle veut que lorsqu’un couple sort se promener, l’homme se DOIT de tenir le sac de sa bien-aimée. Il n’est donc pas rare de voir sur l’épaule d’un Chinois un sac YSL ou Chanel. C’est étrange la première fois, mais au final, elles ont bien de la chance, parce qu’ils portent aussi leurs sacs de course !

La nourriture chinoise

Allez, on aborde un sujet un peu plus palpitant (surtout pour les papilles) : j’ai nommé la bouffe.

Mes enfants, oubliez de suite les nems, rouleaux de printemps et autres poulet sauce aigre-douce. Et si vous voulez vous y accrocher, filez au Vietnam, parce qu’en Chine ce sera « Circulez, il n’y a rien à voir ».

La cuisine chinoise est en effet bien méconnue des occidentaux, mais la faute à qui ? N’est-il pas écrit « Restaurant chinois » au-dessus des devantures proposant ces mets que nous apprécions tant ? Et pourtant, un rouleau de printemps est aussi chinois que vous l’êtes !

Si vous venez à Shanghai, il n’y a pas UNE rue dans laquelle vous ne trouverez pas une échoppe vendant des dumplings. Ils sont partout, en forme de rond, de croissant, avec ou sans viande, avec ou sans sauce… bref, une infinité de choix s’offre à vous.

Rue de Shanghai, avec plein de trucs à manger tout le temps.

Ces petites douceurs sont excellentes mais faites attention ! Ce n’est peut être pas le meilleur plat à choisir lors d’un premier rendez-vous. En effet, la plupart d’entre eux sont remplis d’un jus – fort savoureux au demeurant – qui pourrait vous surprendre une fois vos baguettes plantées à l’intérieur (et accessoirement se renverser sur votre manteau, je peux en témoigner).

Une des choses magnifiques à Shanghai (et dans la plupart des villes chinoises), c’est que la plupart des restaurants sont ouverts très tard et que les marchands de rue sont présents toute la nuit !

Donc si tu rentres de soirée et que tu as faim, ou encore si un petit creux te tire de ton sommeil en pleine nuit et que tu n’as rien dans ton frigo, pas de souci : tu n’auras qu’à enfiler un vieux sweat et des baskets, et après avoir marché quelques minutes, tu tomberas sans problème sur ton petit vendeur de brochettes préféré qui sera prêt à sustenter ton estomac capricieux.

Il y en a pour tous les goûts, que vous soyiez accro aux légumes, carnivore, ou un peu des deux !

Bon par contre, il y a aussi des mets super étranges, comme le tofu-qui-pue et le concombre de mer.

Ah le tofu-qui-pue ! Que celui ayant mis les pieds en Chine et n’ayant jamais eu envie de vomir et de prendre ses jambes à son cou en respirant le fumet (ô combien horrible) de cet aliment me jette la première pierre !

Attention : ce que j’appelle ici tofu-qui-pue n’est pas une pure invention de mon subconscient d’occidentale débarquée en Asie. En chinois « ??? » veut littéralement dire tofu-qui-pue. Sauf que les Chinois sont assez courageux pour le manger, même avec l’odeur.

Je suis peut être une chochotte mais ce fut impossible pour moi, même avec toute la bonne volonté du monde. Un de mes collègues m’a dit que la clé était de le manger en se bouchant le nez, mais l’idée m’a paru un peu bizarre…

Passons au concombre de mer. Je suis obligée de mettre une photo pour que vous vous rendiez compte.

Ça donne envie, n’est-ce pas ? Et cette petite merveille coûte un bras. Apparemment (bon, vous allez dire que je ne suis pas très aventureuse, mais sachez quand même que j’ai mangé des scorpions un jour, et ouais madame !), c’est visqueux et pas vraiment goûteux, mais bon, y en a qui aiment.

À part ces spécialités, la cuisine chinoise est remplie de plats délicieux :

  • des aubergines
  • des oeufs-tomates
  • des pommes de terres à la chinoise
  • du canard laqué
  • du tofu (qui ne pue pas cette fois-ci)
  • du riz (bien entendu)
  • des nouilles chinoises (qui n’ont rien à voir avec les nouilles instantanées que vous achetez chez Carrefour mes amis)…

J’ai vraiment découvert une autre cuisine, aux antipodes de ce à quoi je m’attendais. Maintenant, quand je serai en France et que mes amis voudront m’emmener dans un restaurant « chinois », j’aurai tout le loisir de faire mon insupportable meuf-qui-a-vécu-un-an-à-l’étranger et de leur pondre une tirade bien chiante sur le fait que « Non mais là, on ne mange absolument pas chinois, les gars ! ».

J’ai hâte.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Geraldine93
    Geraldine93, Le 28 juillet 2014 à 23h52

    @julie.chung

    Nouvelle découverte sur Paris :
    La Taverne de Zhao
    Adresse : 49 Rue des Vinaigriers, 75010 Paris
    Téléphone :01 40 37 16 21

    Pas trop cher (plat unique <10€), ça a le goût de là-bas et c'est ce que revendique le propriétaire originaire de Xi'An avec des recettes typiques, familiales qui n'ont donc rien à voir avec les "restaurants chinois" à la française.

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